CHAPITRE III
au moins consolant de se dire que le dernier acte officiel qui a eu lieu entre les deux Eglises, est l’acte du concile de Florence au xv* siècle, un acte de réconciliation et d’amour (1). Cependant les Grecs se révoltèrent de nouveau, et la Russie suivit plus tard leurs erreurs. Mais, quoi qu’elle en dise, elle a été catholique, puisqu’elle embrassale christianisme dans l’intervalle qui sépare le schisme de Photius de celui de Michel Cérulaire, et elle est restée sous la dépendance du saint-siège plus longtemps que la Grèce. Du reste, cinq conciles œcuméniques, et tous les Pères grecs et latins qui ont traité ex professo le mystère de la Trinité; ceux mêmes dont Photius invoque l’autorité, en un mot, toute la tradition a cru que le Saint-Esprit procède du Père et du Fils (2).
Voilà, Seigneur, ce que me disaient l’histoire et la foi ; et c’est du fond de mon âme que je vous remercie de m’avoir éclairé sur un point si important. Néanmoins, je voulus examiner ce dogme sous le point de vue philosophique, et ma raison fut convaincue, autant que cela est possible quand il s’agit d’un mystère.
(!) Le 8 juin 1 439, à Florence, sous le pontificat d’Eugène IV, les Pères grecs, hormis Marc d’Ephèse, souscrivirent au dogme de la procession du Saint-Esprit, du Père et du Fils, et chantèrent le symbole avec l’addition du Filioque.
(2) Voir l'Histoire de Photius , de l’abbé Jager.
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Tout le monde comprend que , dans la sainte Trinité, la volonté, l’amour, le Saint-Esprit, procède de l’Être, de la Puissance, c’est-à-dire du Père; car on ne conçoit pas la volonté sans l’Être. Mais on comprend aussi que la volonté ne peut procéder de l’Être sans le concours de son intelligence, de sa pensée, en un mot, du Fils, du Verbe éternel. Celui-ci est engendré, sans aucun concours ; et sur ce point les deux Eglises sont d’accord. Mais pour le Saint-Esprit, les Grecs séparés, on le sait, prétendent n’admettre sa procession que du Père : et pourtant, n’est-il pas clair que, pour que cette troisième personne procède, il faut que le Père ait le concours de son Fils, que l’Être ait le concours de sa pensée, car l’être intelligent sans elle ne peut se concevoir? On comprend aussi que le Saint-Esprit ne peut pas procéder du Fils seul, car l’intelligence sans l’Être n’existe pas, comme nous l’avons dit tout à l’heure; il faut donc qu’il procède du Père et du Fils.
La troisième personne de la sainte Trinité est donc une relation mutuelle, unique, réelle, éternelle du Père et du Fils, leur lien d’amour. Du moi qui est, et du moi pensée, doit procéder le moi amour. L’acte positif de la volonté consiste à aimer; le Saint-Esprit est donc l’amour du Père et du Fils; et comme la volonté n’agit qu’après l’intelligence, il est clair que le Saint-Esprit est la troisièmepersonne.
El comment, en effet, ne comprendrais-je pas, ô mon Dieu! que, si vous n’aimiez pas votre Fils auquel vous communiquez toute votre nature, vous ne vous rendriez pas toute la justice que vous vous devez, et que si votre Fils ne pouvait vous rendre ce même amour, il se trouverait par là même dans un état d’infériorité qui détruirait toute notion de sa consubstantialité avec vous? L’Esprit-Saint donc, amour substantiel, unique des deux personnes, ne peut pas ne pas procéder également de l’une et de l’autre sans que leur égalité, leur consubstantialité soit détruite, sans que le mystère de la Trinité disparaisse, sans retomber, en un mot, dans l’arianisme, contre lequel' précisément les évêques de l’Eglise d’Espagne, pour faire une profession plus explicite de la vérité, ajoutèrent le Filioque que l’Eglise adopta.
Du reste, le synode russe ne nie pas formellement ce dogme ; et quoique ses théologiens ne l’admettent pas, il est remarquable que ce même synode en 1839 n’a pas demandé aux malheureux grecsunis, que l’on a arrachés de force à l’Eglise, une rétractation, une nouvelle profession de foi sur ce point si important! Certes, je ne veux pas supposer que le synode ignore ce qu’il doit en croire, et j’aime mieux penser qu’il existe de sa part un simple malentendu, comme je l’ai dit plus haut.
Ah ! Seigneur, si jamais j’avais le bonheur de lire
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cette page àun de mes compatriotes, qui, de bonne foi, cherchât la vérité, peut-être lui viendrait-il la pensée d’examiner à fond sa croyance. Et si alors, de plus en plus touché de votre grâce, il vous demandait de lui faire connaître la vérité tout entière, cette perle précieuse pour laquelle on est heureux de tout sacrifier; ah! Seigneur, ne la cachez pas à ses yeux ! Qu’il la voie, qu’il la saisisse, qu’il l’emporte, qu’il la conserve dans son cœur comme dans un tabernacle, et qu’il lui rende le même culte d’amour que nous rendons à la sainte hostie; car alors il vous aura trouvé vous-même, ô mon Dieu!