CHAPITRE III
moral, dans lequel j’étais plongé depuis la mort de ma femme : et puis, que de fois elle m’a forcé à aller chercher au pied de vos autels et devant la statue de votre sainte Mère, un peu d’espérance et beaucoup de consolations! La douleur me poussait vers vous ! C’était elle qui m’avait attiré dans la voie de la vérité et de la piété ; et maintenant encore l’inquiétude me tenait en haleine, et alimentait mon amour par l’espérance et par la crainte. Vous le savez, Sagesse infinie; léger comme je le suis, j’avais besoin d’un aiguillon qui m’empêchât de vous oublier ; il me fallait de la douleur pour vous rester fidèle. Cette maladie a été pour moi une source de bénédictions, en me montrant qu'il n’y a de bonheur que dans la foi et dans le détachement des choses d’ici-bas.
Cependant, le 10 février approchait. C’était le premier anniversaire de la mort de ma femme , et j’éprouvais un grand désir de me rapprocher de vous, ô mon Dieu ! par la sainte communion ; car j’étais enfin chrétien. Certes, j’avais déjà plus que des doutes sur la vérité de l’Eglise à laquelle j’appartenais encore, mais je n’étais pas entièrement catholique, et, après bien des incertitudes, je crus pouvoir faire mes dévotions dans la chapelle de l’ambassade russe ; inconséquence grave , sans doute, mais que vous m’avez pardonnée depuis, je l’espère, ô Dieu de bonté ! — Je communiquai mon
RETOUR
projet au prince Gagarinqui se décida à communier avec moi. Nous allâmes donc à la sainte table, dans celte église où vous daignez encore rester captif, ô mon humble et glorieux Sauveur ! Nous étions en ce moment pleins de ferveur et de bonne volonté. La vérité était notre seul but, notre unique désir , et nous nous sentions prêts à tout sacrifier pour l’obtenir. « O mon Dieu! vous disais-je, mon « âme est dans le trouble, mais vous pouvez me « sauver. Dites-moi ce que je dois faire, indiquez- « moi par un moyen quelconque la voie que je dois « suivre, donnez-moi un signe, montrez-moi votre « vérité. Mais, n’êtes-vous pas vous-même cette « vérité adorable que je cherche et que j’implore? « Puis-je donc trouver un meilleur moyen de l’ob- « tenir qu’en m’unissant à vous dans votre sacre- « ment? Oui, en recevant dans quelques instants « votre corps et votre âme , votre humanité et vo- « tre divinité, je vais m’unir étroitement à vous, à «< cette vérité adorable que je veux et que je cher- « che ! Je la reconnaîtrai, je l’aurai, et il me sera « facile de ne plus vous quitter, de vous suivre tou- « jours. Oh ! je crois que j’ai raison d’aller vers « vous , puisque vous seul pouvez m’indiquer le « chemin que je dois suivre ; vous ne pouvez pas « me tromper. » — Le prince Gagarin avait la même pensée que moi : nous étions prêts à suivre vos inspirations, c’est-à-dire à rester dans l’Eglise