CHAPITRE III
russe ou à la quitter. Cette communion était pour nous une dernière épreuve , un dernier appel à la vérité. Eh bien ! vous nous avez exaucés, Seigneur, malgré tout ce qu’il y avait dans notre action de contraire aux vrais principes; car, depuis ce tempslà, nos irrésolutions cessèrent; vous nous illuminâtes tous deux d’une manière merveilleuse; nous n’eûmes plus de doutes , et nous fûmes fermement décidés à devenir catholiques. En un mot, cette communion a été ma dernière communion dans l’Eglise grecque. Ce furent de beaux jours ! Mon ami , plus digne que moi , fut comblé de plus de grâces, il entra plus tôt que moi dans l’Eglise , et prit en même temps la sainte résolution de se donner tout à vous sous la glorieuse bannière de saint Ignace de Loyola.
Le prince Galitzin avait dû quitter Berne et s’était réfugié à Paris. Il était venu à moi, plein de zèle et de charité. Le prince Gagarin ne le connaissait pas encore, mais ils devinrent bientôt amis. Nous étions en carême ; et, tous les jours, je les accompagnais à Notre-Dame, et dans bien d’autres églises pour
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entendre des sermons où la vérité catholique nous était clairement expliquée.
O Seigneur, de quelle joie mon cœur se trouvait inondé, lorsque le soir , après un magnifique discours du R. P. de Ravignan, je sentais profondément que la vérité est une, et que l’Eglise catholique en est l’unique dépositaire; avec quelle ferveur je priais, et que de larmes il m’arrivait de répandre ! Je l’avais enfin réalisé ce rêve de mon cœur; il était devant moi ce but idéal de mon existence, le bonheur; ce but vers lequel j’avais toujours cru courir, et dont je m’étais sans cesse éloigné : je le voyais, il était à moi, je pouvais l’atteindre, il n’y avait qu’un pas à franchir, et ce pas, je me sentais non-seulement le courage de le faire, mais je sentais que je le ferais avec enthousiasme: oui, avec enthousiasme ; car sans enthousiasme on ne fait rien de grand; et quoi de plus grand que d’embrasser la vérité ?
O mon Dieu! que les jouissances dont vous inondiez mon cœur durent être grandes , puisqu’elles y répandirent le calme que , depuis plus d’un an , il m’avait été impossible de goûter, puisqu’elles me donnèrent la force de supporter cette douloureuse maladie de ma fille , puisqu’elles m'inspirèrent le courage de vous dire, en vous bénissant : « Si vous la voulez, elle est à vous ! »
Et pourtant une chose me tourmentait : je croyais