‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 151 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

resseux, où la réalité enfin apparaît dans sa nudité, d’ordinaire si hideuse et si triste. Oui, l’expérience est faite et pour moi la réalité est belle. Voyageur ou pèlerin, arrivé au terme, au sommet de la montagne, à ce sanctuaire que je contemplais et désirais de loin, je regarde aujourd’hui d’un œil serein les profondes vallées qui s’étendent à mes pieds et s’éloignent, peu à peu, dans l’ombre. Depuis dix-sept ans, j’ai monté de vérité en vérité, de clarté en clarté; et j’ai trouvé le lieu de mon repos dans la vie religieuse, sur ces sommets bénis qui s’élèvent au-dessus de la région des tempêtes, et où je réchauffe mon âme aux rayons de l’éternel soleil. Pour moi la réalité est belle, et je ne demande plus de rêves ; tous mes rêves se sont accomplis, tous mes désirs se sont réalisés. Content du présent, espérant mieux de l’avenir, je ne soupire point après le passé. Je remercie Dieu d’un bonheur dont je me sens indigne, et cueillant avec abondance les fruits de l’automne, je ne regrette nullement les fleurs fanées du printemps.

Et comment ne m’estimerais-je point heureux?

J’ai été choisi du sein de millions de Grecs séparés pour faire partie du nombre, hélas! si restreint de Russes qui se sont convertis ; nombre qui ira en augmentant, sans doute, carNotre-Seigneur l’a dit : Il n’y aura qu’un troupeau et qu’un pasteur, Oui, il l’a dit; ne craignez donc point, mes chers

frères, vous que la vérité a touchés et changés comme moi, ne craignez point, petit troupeau : le règne de la justice viendra aussi pour nous. Nous sommes les prémices de cette union que tout chrétien doit désirer et qui s’effectuera. Ne craignez point; nos peines et nos prières trouveront grâce devant Dieu : la Russie sera catholique. Oui, comment ne serais-je point heureux, puisque j’ai été choisi pour appartenir à une de ces familles, comparativement si peu nombreuses , que Dieu appelle à suivre les conseils évangéliques? Ah! quand je compare ma jeunesse si brillante et si vide à mon existence présente si modeste et si remplie, quand je compare ce que j’éprouvais dans les réunions du monde et dans ses salons dorés à ce que j’éprouve aujourd’hui dans le calme de ma pauvre cellule; oh! comme mon âme s’élève vers Dieu avec reconnaissance, comme je sens mon bonheur ! Quand je compare mes voyages à travers l’Europe avec les courses bénies qu’il m’est donné de faire à présent; quand je songe qu’au lieu de l’uniforme de hussard dont j’étais si fier dans ma jeunesse, je porte l’austère robe des Barnabites; qu’au lieu d’assister aux fêtes bruyantes du monde, je prends part aux fêles de nos églises, et que le banquet quotidien de l’Eucharistie a remplacé pour moi de frivoles ou de coupables banquets, oh! je le répète, que je sens mon bonheur ! Alors, je

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