‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 152 sur 203 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

buvais à longs traits dans la coupe du plaisir, et j’étais malheureux; le monde me nommait riche, et je me trouvais pauvre; on me croyait libre, et je me sentais esclave; mais maintenant que j’ai prononcé les trois vœux solennels qui m’ont cloué pour toujours sur la croix ; maintenant que je ne possède rien et que j’ai juré de renoncer à toute volonté, à tout plaisir, j’ai trouvé la richesse, la liberté et le bonheur : la richesse, dans cette plénitude de sentiments dont mon cœur déborde et qui m’élèvent et m’unissent à mon Dieu ; la liberté, dans la conformité de ma volonté avec la sienne; le bonheur enfin, dans la fuite du plaisir, dans le sacrifice des instincts de la nature aux inspirations de la grâce et dans ce calme que me donne la conviction intime, ferme, inébranlable, d’avoir accompli mon devoir.

O calme du cœur que Dieu seul peut donner, conviction, paix et bonheur, trésor et jouissances de l’âme, je ne vous avais jamais connus !

Je me suis monté la tête, m’a-t-on dit, je me suis exalté. — Mais, est-ce à mon âge que l’on s’exalte pour renoncer à tout ce qui flatte la nature et pour embrasser une vie austère; et résiste-t-on longtemps à cette épreuve, quand ce n’est pas Dieu qui appelle ? Je suis un fanatique, un fou; mais le fanatisme préserve-t-il du péché, la folie rapprochet-elle de Dieu? J’ai voulu faire parler de moi, j’ai

de l’ambition, je désire les honneurs ecclésiastiques ! Mais aurais-je choisi une congrégation religieuse dans laquelle on prête le serment solennel de ne jamais accepter ces dignités à moins d’un ordre exprès du Pape? O vous qui me condamnez, craignez d’être du nombre de ceux dont saint Paul a dit : « L’homme de la terre n’est pas capable des choses qui sont de l’esprit de Dieu ; elles lui paraissent une folie, et il ne peut les comprendre, parce que c’est par une lumière spirituelle qu’on doit en juger. »

Cette réponse est suffisante pour tout homme dont le cœur est droit. S’il est chrétien en esprit et en vérité, il me comprendra; sinon, qu’il ne juge pas des choses auxquelles les sens et la raison humaine ne peuvent atteindre. Non, les illusions, en définitive, ne consolent pas, et le fanatisme ne rend pas heureux. On m’opposera peut-être les sacrifices et les expiations des fausses religions. Que prouvent-ils? Rien, si ce n’est que l’homme a besoin d’expier, de se sacrifier et de souffrir, et que celte vérité reçoit son application, même au sein des plus grossières et des plus brutales erreurs. Ah! s’il ne s’agissait que de moi, je n’essayerais certes pas de prouver la réalité de ma vocation; et, fort du témoignage de ma conscience, je me contenterais de me taire et d’être méconnu. Mais il s’agit de ces prêtres vénérables qui m’ont reçu

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