‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 3 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

me voici seul avec vous ; je veux pendant quelques instants oublier tout ce qui n’est pas vous, le monde, les hommes, mes souvenirs les plus chers; je veux tout oublier pour ne penser qu’à votre présence. Dans ce moment, vous êtes seul pour moi ; c’est vous seul que j’aime, que je vois, que je connais. Ah ! puissé-je me perdre et m’anéantir dans la contemplation de votre existence! Seul avec vous, pourrais-je chercher à vous cacher ce qui se passe en moi? Non, ce serait une folie. A moi-même, je puis bien quelquefois voiler les désirs de mon cœur ef couvrir d’un faux semblant d’humilité les exigences de mon amour-propre; mais à vous, Seigneur....? Vous êtes partout, vous êtes en moi, et vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même. Vous savez donc que si j’écris l’histoire de ma vie spirituelle, c’est parce que j’éprouve un besoin irrésistible de vous honorer, de vous glorifier, de vous bénir, de vous prier; c’est parce que j’éprouve le besoin de vous aimer, de vous dire que je vous aime, que je vous aime de toute mon âme et que je ne voudrais aimer que vous ; oui, c’est pour cela que je viens à vous, que je viens au foyer de la chaleur et de la clarté, au soleil de la sagesse et de l’amour. Mais s’il y avait dans mon désir de l’orgueil et de la témérité, oh ! dites-le-moi, mon Dieu, et je m’arrêterai. Et pourtant, il faut bien que je vous loue; je dois vous

ÉGAREMENT

louer, et comment vous louer, si ce n’est en retraçant à ma mémoire les bienfaits dont vous m’avez comblé? Ce ne sont néanmoins pas mes confessions que j’écris : plus d’une fois j’ai déroulé aux pieds de vos ministres le triste tableau de ma conscience. 0 Seigneur, je me repens, mais mon repentir est si faible ! donnez-moi donc des larmes, donnez-moi plus de douleur. Une vie de souffrances suflirait-elle pour expier même une offense légère, quand l’offensé est la perfection elle-même? Mais je m’arrête, et je me demande si je puis vous avoir offensé : la perfection, l’infini peut-il être offensé? Oui, mon Dieu, oui certainement je vous ai offensé, précisément parce que vous êtes la perfection : je vous ai offensé, parce que j’ai fait le mal, vous étant le bien ; je vous ai offensé, parce qu’abusant de la liberté que vous m’aviez donnée comme instrument de vertu et de bonheur, j’ai empêché par mon action l’avénement de votre règne en moi, parce que j’ai souillé l’image divine que vous vous étiez plu à y graver. Ah! j’ai mérité mille fois les châtiments les plus rigoureux ; mais votre amour m’a épargné, votre amour qui, tandis que je m’abandonnais à l’ignorance et aux passions, veillait sur moi et préparait mon cœur à s’ouvrir à vous. Le paralytique auquel vous ordonnâtes de marcher, l’aveugle à qui vous ouvrîtes les yeux, le larron, quand vous lui promettiez la béatitude éternelle, auraient-ils

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