CHAPITRE PREMIER
pu décrire leur reconnaissance? Et moi, je voudrais tenter de vous exprimer la mienne ! Ah ! j’étais tout à la fois aveugle et paralytique, mon âme était couverte d’ulcères.... et vous avez paru, et vous m’avez ouvert les yeux, et vous m’avez dit de marcher, et vous m’avez promis le bonheur éternel si je le voulais!... Et pourtant, vous n’aviez pas besoin de moi, mon Dieu, vous n’aviez pas besoin de mon culte. Mais non, je me trompe, vous aviez besoin de moi, car vous êtes amour ; vous aviez besoin de moi, bien plus que la mère n’a besoin de son enfant; vous aviez besoin de moi, puisque vous m’avez porté sur vos épaules jusque dans la divine bergerie... L’amour a besoin de ce qu’il aime; le Créateur a besoin de sa créature; la perfection, l’infini a besoin de tout ce qui est imparfait, de tout ce qui est fini pour le préparer par l’amour à participer un jour dans le ciel au parfait et à l’infini.
L’histoire de la vie morale d’un homme ne peut être que l’histoire des rapports qui ont existé entre son âme et vous, ô mon Dieu ! et quoi de plus beau que l’étude qui a pour but l’action de votre intelli-
ÉGAREMENT
gence sur l’intelligence humaine? Aussi, quelle que soit la position d’un homme dans la société ou par rapport à vous, s’il veut s’arrêter, pour ainsi dire, pendant quelque temps dans son existence et se bien recueillir; s’il veut repasser, dans sa mémoire, les années qui se sont écoulées pour lui, les circonstances dans lesquelles il s’est trouvé et les événements auxquels sa vie a été mêlée, il devra, sans doute, plein d’admiration et de gratitude, se prosterner, vous adorer et vous bénir ; car il verra, planant sur toute sa vie, une puissance qui n’est cachée que pour l’œil du corps, une puissance dont l’action incessante agit tout entière sur lui, et dont la loi est amour. Oui, Seigneur, votre amour infini et votre activité se concentrent, pour ainsi dire, afin de se consacrer tout entiers à chacun de nous. Il verra, pour ainsi dire, des fils secrets unissant tous les événements de sa vie pour les faire tendre vers un même but, vers le bien et le bonheur ; et tous ces fils, il les verra dirigés par une main toute-puissante, par vous, ô mon Dieu ! Voilà ce qu’il devra admirer; et puis, s’il vousaméconnu, s’il a été pécheur, oh ! que de larmes il versera, et combien il se haïra lui-même! Que d’instruments de salut négligés, que d’avertissements méprisés, que de grâces foulées aux pieds!... quel aveuglement!... et puis les regrets et les remords... « Si j’avais voulu j se dira-t-il, j’aurais marché, comme tant d’autres.