‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 40 sur 203 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

j’ignorais que ce Verbe divin est caché dans chaque cérémonie, dans chaque tableau, dans chaque son de l’orgue ; la prière me paraissait une pratique puérile, inconséquente, et je souriais de pitié au seul mot de foi Ah ! Seigneur, votre grâce n’a-

vait pas encore converti mon cœur ; mon âme n’avait pas conscience d’elle-même; elle s’était matérialisée, elle était morte ; il fallait la ressusciter, et vous seul pouviez le faire, ô mon Sauveur !

Que d’hommes, s’ils lisaient ces pages, en riraient comme j’en aurais ri moi-même autrefois; et ce serait naturel; car pour comprendre la foi, il faut l’avoir ; pour l’avoir, il faut et qu’elle nous soit donnée et que nous sachions l’accepter.... Nous n’avons rien de nous-mêmes... Oui, la foi est un don, un don gratuit de votre bonté, Seigneur.. . Ma raison, mon cœur, mon expérience, votre Église, tout me le dit. La foi est un don, un don gratuit et sublime, mais un don que jamais vous ne refusez quand on le demande, c’est donc aussi un acte de la volonté dirigée par la grâce. Oh! que l’homme est petit et grand à la fois, et que votre sagesse est

ÊGAKEMENT.

immense! De quelque côté que je me tourne dans Fintérieur de mon âme, je m’étonne et j’admire : la foi nous mène à la vertu, nous mène au bonheur... La vertu, c’est le bonheur... De notre plus grande passion, ô mon Dieu! vous faites donc une vertu ; et du désir du bonheur vous nous faites un mérite. Immense et divine invention !

Certes, si vous aimer n’était pas aimer et pratiquer le bien, si vous aimer n’était pas être humble, certes, il y aurait de quoi s’enorgueillir de pouvoir vous aimer, de pouvoir s’unir à vous ; car vous aimer, c’est n’aimer que vous, c’est sentir que vous êtes la puissance, que vous êtes la vie, que sans vous nous nepouvons être, nous ne pouvons aimer. Oui, sans vous nous sommes morts, mais aussitôt que vous paraissez, tout s’anime et se meut dans l’âme; le Verbe rompt le silence et remplit le vide.

Oh! qu’ils sentirent cette vérité, vos apôtres bienheureux, lorsque, après avoir pêché en vain pendant toute une nuit, ils vous virent sur le rivage... Aussitôt leurs filets se remplissent. « C’est le Seigneur, » dit votre disciple bien-aimé, et saint Pierre se jette dans les flots; il était impatient d’aller à vous. Et les disciples d’Emmaüs, leur cœur n’étaitil pas tout brûlant au dedans d’eux lorsque vous leur parliez en chemin et que vous leur expliquiez les Écritures? Et moi-même, Seigneur..., moi, le plus vil des pécheurs ; moi qui, entouré de saints

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