CHAPITRE PREMIER
ses autels des traces de leur passage ; et puis j’entendais des paroles sublimes de simplicité, qui se 7 mêlaient à une musique d’anges : l’air de vos basiliques me semblait imprégné d’un sentiment de foi; ici tout un peuple écoutait, immobile, la voix d’un prédicateur; là, des fidèles confessaient leurs péchés; d’autres, recueillis, silencieux, recevaient votre divin corps; des prêtres prosternés adoraient la sainte hostie ; enfin un vieillard, le père des chrétiens, lavait les pieds de quelques pauvres, ou
donnait la bénédiction à la ville et au monde
Et devant ces grands spectacles, pas une pensée, pas une question !... Je regardais avec l’i n différence de l’idiotisme Ah! c’est qu’alors il me man-
quait un sens, le sens spirituel... le sens divin ! Mon corps était présent, mais mon âme était ailleurs.... elle dormait. Ah ! Seigneur, j’étais de ceux qui se tiennent dehors, de sorte que, « considérant de « leurs yeux, ils ne voient point, et qu’écoutant de « leurs oreilles ils n’entendent point, de peur qu’ils « ne viennent à se convertir, et que leurs péchés « leur soient pardonnés. » Je ne comprenais pas les divins symboles qui étaient sous mes yeux, et mon âme n’avait pas la foi pour vous croire présent dans l’hostie. Oh ! je le sais à présent, vos paroles sont esprit et vie; et moi, aveugle, je n’y voyais que l’extérieur, le spectacle, l’enveloppe, car je ne regardais que des yeux du corps. Quant à l’âme de l’ob-
ÉGAREMENT
jet, quant à sa vie, elle n’était pas pour moi, car mon esprit n’agissant pas, mon âme ne regardant pas, je ne pouvais pas la voir. J’admirais bien les chefs-d’œuvre de l’art qui ornent vos églises, je me sentais ému à la vue de vos douleurs, ô mon Dieu! et je me souviens qu’une fois il m’est venu quelques larmes à la vue d’un tableau représentant une scène de votre passion. Mais comment admirais-je ces objets? Comme amateur du beau dans l’art, ou comme un homme qui compatit aux souffrances de son semblable, en un mot, parce que je me laissais charmer par la partie poétique du christianisme, comme je disais alors; mais j’avais honte de cette faiblesse, qui me paraissait contraire à la raison. Seigneur, vous vouliez réveiller mon cœur, et je le replongeais, malgré vous, dans sa coupable léthargie; vous vouliez me faire vivre d’une vie plus élevée, plus spirituelle, plus réelle, en un mot, vous vouliez mettre mon âme en contact avec le christianisme, et moi, embarrassé dans les liens d’une raison exaltée par l’orgueil, je m’y opposais sans cesse, mais je l’ignorais moi- même ; j’étais devant les cérémonies du culte comme un être privé d’intelligençe assistant à quelque grand spectacle de l’humanité; en un mot, je me tenais dehors, car je voyais les objets, mais je n’en comprenais pas la signification. C’était comme un assemblage de lettres jetées au hasard. Pour moi le Verbe n’existait pas;