‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 42 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

décourage; et si je ne faisais un effort, je ne continuerais pas cette histoire. Néanmoins, je veux persévérer, car je ne suis que trop porté à oublier, tandis que ce tableau, en m’humiliant, m’empêche de me laisser aller au sot orgueil vers lequel je suis entraîné. O Seigneur ! soutenez-moi donc, soutenez votre pauvre créature.

A la fin de 1834, nous étions revenus à Paris ; et, insensiblement, la santé de ma fille s’était améliorée, au point de nous ôter toute inquiétude à son sujet. Aucun malheur ne semblait nous menacer, et pendant près de deux ans, ma femme jouit d’un peu de calme après de longues années d’orage. Mais au milieu de ce calme elle avait des moments de tristesse que je ne pouvais m’expliquer; on aurait dit qu’elle pressentait la terrible tempête qui devait l’emporter. Pour moi, toujours insouciant et léger, je devenais de jour en jour moins croyant ; car l’homme n’est jamais stationnaire, il faut qu’il avance ou qu’il recule sur cette immense route qui conduit au paradis ou à l’enfer. Entre ces deux pôles, entre ces deux aimants qui

ÉPREUVE

l’attirent, il doit marcher, car le mouvement est sa loi; mais il est libre de choisir; et moi, sur la route que j’avais choisie, hélas ! sur la route qui descend, au- milieu des fleurs et des fruits que je cueillais, je trouvais toujours des épines : le regret, le dégoût, le remords. N’est-ce pas là une preuve que le bien et le bonheur ne sont qu’un? Et cet un, ô mon Dieu ! c’est vous, vous dont on n’a jamais assez, vous perfection, que Ton n’atteint jamais ici-bas, il est vrai, mais qui laissez àl’homme qui vous poursuit une traînée de lumière et de jouissances; lumière dans laquelle il se plonge; jouissances qu’il savoure, dont il imprègne, dont" il sature, dont il nourrit son âme sans jamais la rassasier! N’est-ce pas là l’idéal du bonheur? Moi aussi, je voulais être heureux! Mais au lieu d’aller à vous, je courais dans un sens opposé. Ah! que serais-je devenu si vous n’aviez eu pitié de moi?

Depuis sept ans que nous avions quitté la Russie, ma femme n’avait pas vu son père qu’elle chérissait tendrement; et nous parlions d’aller bientôt le rejoindre, lorsque, dans les vues mystérieuses de votre providence, vous daignâtes la frapper d’un coup terrible, mais bienfaisant comme tout ce qui vientde vous. Vers latin de février 1837, je reçus la nouvelle que ce père si vénéré avait terminé sa carrière le 10 du même mois. — C’est

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