‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 43 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

avec intention que je marque cette date qui, quatre années plus tard, devint très-solennelle dans mon existence. — Je ne veux pas essayer de peindre la douleur de ma femme ; mais ce que je dois dire, c’est le soin que vous prîtes alors de moi, ô mon Dieu ! et l’amour ingénieux avec lequel vous m’inspirâtes quelques idées saines. Hélas ! elles s’évanouirent bientôt ; mais je crois pourtant qu’elles laissèrent une trace dans mon âme.

A cette époque, ma femme n’avait pas encore atteint ce haut degré de résignation pour laquelle vous la prépariez peu à peu ; et au milieu des élans de sa douleur, il lui échappait toujours des plaintes et parfois des murmures. Oh ! celui-là seul qui a éprouvé une forte peine morale sans les consolations de la foi , celui-là seul peut comprendre ce qu’éprouvait celte pauvre âme. Hélas ! est-ce dans le schisme, où elle était née, qu’elle aurait trouvé la force que la direction d’un prêtre catholique seul peut donner? oui, d’un prêtre catholique, parce que les ministres de notre Église ont seuls l’instruction, la charité, le zèle, tous ces moyens indispensables pour la conduite des âmes ; science spirituelle, science des saints, entièrement inconnue en Russie, et qui n’appartient qu’à la vérité. Je ne veux certes pas calomnier le clergé de mon pays, et je crois qu’il existe en Russie des prêtres qui, s’ils étaient catholiques, arriveraient à la sainteté;

ÉPREUVE

mais est-ce du triste état de dépendance où ils se trouvent que ces pauvres prêtres peuvent s’élever vers la région où l’on trouve la vie, la vie que l’on distribue ensuite avec abondance ? Ah ! ce clergé est sans doute moins coupable que malheureux. Il expie, et qu’on ne s’abuse pas, si le clergé catholique est plus zélé, si nos œuvres sont plus nombreuses, si nous avons de bons livres, de bons prédicateurs et de saints missionnaires, enfin si notre pratique religieuse est plus fréquente et plus consolante que parmi les Russes, nous le devons à la vérité et nullement à un degré de civilisation plus avancé en Occident, comme prétendent mes compatriotes. Oui, la vérité manquait à ma femme; il lui manquait encore une chose, elle n’avait pas assez souffert, elle n’avait pas assez sacrifié; elle n’avait pas rompu les liens qui la tenaient attachée aux choses de la terre ; en un mot, Seigneur, elle ne vous aimait pas encore assez. Cependant, vous la vouliez, ô mon Dieu ! vous vouliez qu’elle fût toute à vous, et c’est pourquoi vous la visitiez en lui envoyant des douleurs. Mais, de la douleur, sans une foi bien ferme, doit nécessairement naître la révolte, car la raison se pose des questions; elle demande : Pourquoi souffrir? et ne pouvant répondre, elle déraisonne ; alors pour peu que l’imagination soit vive, que le cœur soit sensible, on s’exalte et l’on est bien à plaindre. L’état de cette

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