‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 79 sur 203 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Sa santé déclinait avec rapidité; mais je ne le voyais pas, ou du moins je ne m’en apercevais que rarement, et encore ma frayeur n’était que de quelques instants; c’était alors comme une forte émotion, comme un battement de cœur. Puis, je reprenais courage, je chassais toutes mes craintes ; et, ne voulant pas m’avouer la possibilité de la perdre, je m’identifiais avec toutes ses illusions qui allaient en augmentant. Et poutant, une fièvre brûlante revenait tous les soirs et minait ce qui lui restait de forces ; son pouls était parfois intermittent, et sa maigreur effrayante. Elle le voyait, elle en parlait, mais jamais elle ne s’en troublait; au contraire, son imagination ne cessait d’enfanter des projets pour un avenir plus ou moins éloigné ; et elle s’attachait avec passion à des désirs qu’elle abandonnait aussitôt. En un mot, tous les symptômes les plus alarmants étaient là, et je ne voyais rien. Il est vrai que j’étais trompé, par les médecins, par ma tendresse, et surtout par une complète inexpérience des maladies de langueur; car malgré sa faiblesse, cette femme si résignée vivait

ÉPREUVE

comme d’habitude; ses occupations, ses devoirs de société, ses promenades à pied, rien n’était interrompu ; d’ailleurs, elle n’était pas encore entourée des tristes signes de la mort ; tout contribuait donc à m’abuser; aussi m’unissais-je avec bonheur aux projets qu’elle faisait; j’allais au-devant de ses désirs. Pour l’amuser, j’achetais mille objets superflus, et je prenais des arrangements pour un très-long séjour dans cette ville, qu’elle allait quitter pour ne plus y revenir. Et puis, on est longtemps, trèslongtemps avant de s’habituer à l’idée de voir mourir la personne avec qui on a l’habitude de vivre. Oh ! quand cette pensée se présentait à mon esprit, il me semblait que mon cœur allait se briser. Pauvre femme, combien la vraie pratique religieuse, la pratique catholique lui manquait! elle le disait souvent : c’était un vide affreux, et elle soupirait après «ne vie toute en vous, 6 mon Dieu !

Hélas ! hélas ! quoique sanctifiée par le désir et la souffrance, quoique catholique par l’âme, elle était extérieurement dans le schisme; il lui manquait donc cette pratique de tous les instants, cette pratique qui entre dans la vie du catholique et qui fait partie de son existence. Oh! pourquoi ne lui ai-je pas laissé faire son abjuration?... Son désir ne s’était nullement affaibli , et pendant notre séjour à Milan, c’est-à-dire peu de semaines avant sa mort, elle me parla de le mettre en exécution.

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