CHAPITRE II
core, pour quelque temps, l’accomplissement de son plus ardent désir. Mon Dieu, je ne connaissais pas votre Église, je ne savais pas le bonheur que l’on éprouve dans cette arche divine. Qu’ai-je fait? Je vous en demande pardon, j’en demande pardon à cette pauvre victime. Puissé-je seul porter la peine de ma faute !
Ce qui prouve clairement que j’agissais en aveugle instrument du démon, c’est que je n’avais réellement aucune raison sérieuse pour désirer qu’elle ne fût pas catholique. C’était une répugnance puérile; n’étant chrétien que de nom, il m’était indifférent qu’elle fût grecque ou catholique ; et, historiquement parlant, je donnais, bien entendu, la préférence à l’Église romaine ; en outre, je n’étais nullement arrêté par un intérêt temporel, je savais que nous aurions pu faire un secret de son changement de religion ; bien plus, je pensais parfois, avec plaisir, qu’elle trouverait des douceurs et des consolations dans la pratique catholique, et qu’elle serait plus heureuse; sous ce rapport, je désirais même ce changement. Eh bien ! malgré toutes ces considérations, le démon, qui me guidait, l’engagea, par ma bouche, à attendre encore... « Ce n’est pas pressé, lui dis-je; pourquoi brusquer une affaire si importante?... Les jésuites sont toujours les mêmes... je les reconnais bien là. » Parole inepte et impie!... Hélas! elle attendit, quoique
ÉPREUVE
fermement résolue à faire plus tard ce que sa conscience lui demandait. Il est vrai qu’elle ne se croyait pas si près de la mort. Oh! comment puisje expier le crime d’avoir empêché votre pauvre servante de se purifier par la possession de la vérité et de jouir, dans les derniers temps de sa vie, de vos divines consolations?
Peu de jours après cet entretien, nous partîmes pour les Pyrénées; le médecin des eaux crut devoir nous confirmer dans nos illusions sur l’état de la malade, et pourtant elle avançait à grands pas vers la mort. La vie était pour elle une vraie torture, et tout changement de lieu lui semblait devoir apporter un adoucissement à ses souffrances. En voyage, elle voulait s’arrêter; en place, elle désirait partir; mais son courage et sa résignation grandissaient avec ses souffrances. Dans le courant d’octobre, nous allâmes à Milan, et le plus célèbre médecin de l’Italie acheva de me tromper complètement sur l’état de cette pauvre mourante, en m’assurant que sa poitrine n’était point attaquée, que ses souffrances, seulement nerveuses, ne présentaient aucun caractère alarmant. — Je le crus; il m’était si doux de le croire.
Nous nous décidâmes à passer l’hiver à Milan. J’ignorais, hélas ! qu’elle n’avait plus que quelques mois à vivre.