CHAPITRE
vous identifiais, pour ainsi dire, avec votre créature. Ces paroles, et toutes celles que je citerai encore, je les aimais; elles me touchaient et me consolaient, je les attribuais à ma femme, et je ne sais comment il se fit qu-’en pensant à elle je pensais à vous; et qu’en l’aimant, c’était vous que j’apprenais à aimer. O mon Dieu ! j’étais bien petit, bien faible et bien méprisable; mais vous avez eu pitié de moi, et vous avez' permis, dans votre ingénieuse bonté, que l’amour que m’inspirait la créature s’épurât pour m’embraser d’une flamme divine. Sans doute, un pressentiment secret me faisait chérir ces adorables paroles :
« Et je prierai mon Père, et il vous donnera un autre Consolateur, afin qu’il demeure éternellement avec vous : savoir l’Esprit de vérité que le monde ne peut pas recevoir parce qu’il ne le voit point et qu’il ne le connaît point ; mais vous, vous le connaîtrez pafce qu’il demeurera avec vous, et qu’il sera dans vous. Je ne vous laisserai point orphelins; je viendrai à vous.... Encore un peu de temps et le monde ne me verra plus, mais pour vous, vous me verrez, parce que je vivrai et que vous vivrez aussi... » (S. Jean, c. xiv, v, 16,20.)
« V. 26, 27, 28. Mais le Consolateur qui est le Saint-Esprit, que mon Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit. Je vous laisse la
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paix, je vous donne ma paix : je ne vous donne pas la paix comme le monde la donne; que votre cœur ne se trouble point, qu’il ne soit point saisi de frayeur : vous avez ouï ce que je vous ai dit ; je m’en vais et je reviens à vous. Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je m’en vais à mon Père.... »
L’impression que me fit alors cette lecture fut telle, qu’aujourd’hui encore, après quatre ans et demi, je ne puis lire ces paroles sans m’imaginer les entendre de la bouche de celle que j’avais tant aimée. Ce fut une grande grâce. Seigneur; car j’étais si mauvais, que je n’aurais pu, sans une action spéciale de votre miséricorde, m’élever immédiatement jusqu’à vous aimer, vous, mon Dieu, vous la source’de l’amour et l’amour même! Pour arriver à vous, je devais passer par l’amour purifié de la créature; et vos adorables paroles, dans d’autres circonstances, hélas ! peut-être ne m’eussent-elles pas touché. Oui, c’était à ma femme que je pensais, et néanmoins je sentais que je devais vous aimer comme l’auteur de ces paroles. Combien je fus touché en lisant le 13 e verset du xv c chapitre! car, me souvenant du vœu de cette pauvre mère, je compris le mérite du sacrifice; et c’est alors que vous identifiant, en quelque sorte, avec elle, je sentis, par l’amour que je lui portais, le besoin de vous aimer aussi; car vous dites :