‹ Ma conversion et ma vocationChapitre 90 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

convictions nouvelles. Et d’abord, je me vis et je me sentis mauvais, et j’éprouvai en même temps un violent désir d’être meilleur. L’image de celle que je venais de perdre planait devant moi. Je l’ai déjà dit, je la voyais admirable de vertu, et je désirais lui ressembler. Puis, j’éprouvais tant de chagrin du mal que j’avais fait! Et tout à coup, je sentis profondément, et je compris d’une manière certaine que j’étais coupable. Autrefois, j’avais voulu accuser de mes fautes ma nature, la nécessité, les circonstances, le hasard, que sais-je? mais en ce moment, j’avais en moi la conviction intime de ma culpabilité, et personne au monde n’aurait pu me prouver le contraire. Oui, j’aimais à me répéter que j’étais coupable, que j’aurais pu ne pas l’être, et je sentis parfaitement en moi, et pour la première fois de ma vie, la conviction forte et complète de ma liberté, du libre arbitre humain. C’était déjà un pas immense de fait dans le chemin de la réconciliation. « Je suis mon maître, » m’écriai-je au fond de mon âme, « je suis libre, je « puis donc être meilleur, je puis donc être heurt reux! »

O vertu, vertu sublime! je vous pris, je vous choisis alors pour ma seule divinité ! vous m’apparûtes belle et séduisante, et je vous aimai, je vous désirai; mais il me semblait impossible de jamais arriver jusqu’à vous. Vous étiez pour moi comme

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une oasis au milieu de déserts impraticables, comme une île de félicité dans un océan de tempêtes, et je me sentais défaillir à la pensée des obstacles qui s’élevaient entre vous et moi. Oh! vous le savez, divine vertu, je ne vous aimais encore qu’en théorie, car je n’avais pas le courage de chasser de mon cœur les objets que je sentais devoir détester, et que j’aimais encore : je voulais, et je ne voulais pas; je cherchais à être meilleur, et je désirais rester mauvais. Oui, je veux être vertueux, me disais-je souvent : je veux l’être par amour pour mes enfants, par amour pour ma femme; je dois l’être par amour pour moi-même... La vertu seule peut rendre heureux. Et cette dernière pensée m’apparaissait par instants, et vaguement encore, comme une preuve de votre existence, ô mon Dieu ! Je veux donc être vertueux... mais, comment le devenir? Et une voix me répondit au fond du cœur : « En te spiritualisant. » Ce fut comme un rayon lumineux, comme une découverte sublime de mon intelligence, et aussitôt je me dis : « Je veux me spiritualiser. » Mais quel moyen employer? et mon cœur me répondit : « En suivant les préceptes de l’Évangile; » et alors, sans croire encore en vous, divin Rédempteur, j’admirai, j’adorai votre morale, et il me prit un violent désir de la pratiquer. Je me souviens même que j’écrivis à un de mes amis cette parole à jamais gravée

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