CH APURE III
dan» mon cœur reconnaissant : « Je voudrais être « chrétien, et j’espère le devenir. » Seigneur, vous m’avez exaucé. O bonté divine ! je suis chrétien ; je le suis du fond de mon être, et, quoique bien misérable encore, je suis prêt à mourir pour ma foi.
Mais alors , que j’étais loin de la douce et puissante conviction dont mon âme est remplie aujourd’hui! J’aimais la vertu, je sentais qu’elle était belle; mais vous, mon Dieu, je ne vous aimais pas encore, je croyais ne pas vous aimer. Aussi, qu’il fut beau l’instant où me demandant un jour pourquoi il faut vous aimer, et ce que l’on entend par ces paroles : aimer Dieu ; qu’il fut beau cet instant où ma conscience me répondit : Aimer Dieu , c’est aimer la vertu; car Dieu est le bien parfait. Oh ! que je fus heureux dans ee moment ! j’avais donc une raison de vous aimer, et je pouvais aceorder ma logique avec Je désir de mon cœur : je me sentais conséquent. Bientôt je compris que vous êtes uon-seulement le bien parfait , mais encore la vérité , et je me dis : « J’aime la vérité, tout homme doit l’aimer, je dois donc aimer Dieu. « Enfin, Seigneur, on jour je sus que vous étiez non-seulement vérité et bien parfait, mais encore puissance , sagesse , force, amour, intelligence, beauté, ordre, en un mot, tous ees attributs adorables que, dans notre faiblesse, nous som mes obligés de distinguer, parce que nous som-
RETOUR
mes trop petits pour concevoir leur divine unité, et que nous nous sentons écrasés, anéantis par l’idée de la perfection, de l’absolu. Oh ! alors, je me prosternai en esprit, et je m’écriai : — « Oui, je puis, je veux, je dois aimer Dieu !» — et dès lors je commençai à vous aimer.
Mais mon intelligence était peu éclairée. Je ne croyais pas encore à votre sainte Trinité; le Verbe et le Saint-Esprit étaient pour moi des êtres fictifs, ou bien, simplement des noms que l’homme se plaît à donner à tel ou tel attribut de la Divinité. En outre, vous étiez bien pour moi l’Être suprême^ je croyais que vous étiez la perfection ; mais par une étrange ignorance, je me permettais de ne pas vouloir admettre votre providence , comme si la perfection n’impliquait pas nécessairement celte providence.
Voilà, voilà, Seigneur, dans quel abîme mon âme était plongée. Oui, je tenais encore à l’erreur parce que je m’aimais trop moi-même; et pourtant, malgré ce mal, ou plutôt à cause de ce mal, vous aviez pitié de moi et vous me poursuiviez de vos grâces.
.Une des plus grandes, la plus grande que vous m’accordâtes alors, fut la persévérance dans la prière, dans la lecture des livres sacrés, et, en général, dans la recherche de tout ce qui mène à vous. Ob ! je me souviens avec bonheur que l’idée de la perfection une fois entrée dans moi , elle s’était en