La compresse de l'abdomen
Un patient est couché sur son lit. On trempe un linge, plié en 4 ou en 6, dans l'eau froide et on le tord (pour qu'il ne dégoutte pas) ; puis on l'applique sur le bas-ventre (en rem^ontant jusqu'à la région gastrique) et on recouvre soigneusement de la couverture de laine et du lit de plumes. La durée de l'appHcation est de trois quarts d'heure à deux heures. Quand on va jusqu'à deux heures, il faut retremper la compresse après la première heure.
Cette compresse rend de bons services dans les douleurs gastriques , dans les crampes , et quand il s'agit de détourner le sang de la poitrine et du cœur.
Bien souvent, pour mouiller la compresse, on emploie du vinaigre en place de l'eau , ainsi que des
décoctions de fleurs de fenaison, de prêle, de paille d'avoine, etc. . . (Voir 3^ partie).
Pour ménager le vinaigre, je trempe un linge plié en deux dans un liquide moitié eau, moitié vinaigre, et je l'applique, puis je mets par-dessus un autre linge mouillé dans l'eau pure et plié en 3 ou en 4.
L'on m'a demandé très souvent quelles règles j'observais dans mes compresses de glace, dans les saignées, etc. ... Je vais les tracer ici en peu de mots.
Si, en signe de réconciliation, vous froncez les sourcils et offrez le poing à votre ennemi, vous aurez moins de succès que si, de bonne humeur et avec le regard bienveillant, vous lui présentez une main amicale. Ce tableau me semble bien placé là où il s'agit d'une application d'eau ou de glace. De tout temps j'ai compté les applications de glace, notamment sur les parties nobles (tête, yeux, oreilles, etc. . .), parmi les remèdes les plus rudes et les plus violents qu'on puisse employer. Elles n'aident pas la nature à reprendre son travail ; on la force à faire une fonction, et cela ne restera pas impuni. La glace enfermée dans un linge ou dans une vessie est et restera toujours étrangère à mon laboratoire.
Figurez-vous ce contraste : à l'intérieur du corps un feu ardent, à l'extérieur un monceau de glace, entre les deux le membre souffrant et délicat, travaillé par l'un et par l'autre. C'est toujours avec anxiété que j'attendais le résultat de ce travail, et la plupart des fois l'événement a justifié mon anxiété.
Je connais un homme qui, pendant toute une année, de jour et de nuit, sans aucune interruption, avait à supporter des compresses de glace sur un pied. Certes , ce serait un miracle si ce glaçon n'avait pas
emporté toute fièvre et en même temps la chaleur nécessaire à la nature. Mais nulle trace de la guérison du pied.
Cependant, répliquera-t-on , dans beaucoup de cas c'était bon à quelque chose. Il est possible que le mal n'ait pu résister aux moyens violents. Mais quelles en furent les suites ? Un nombre incalculable de personnes me sont arrivées avec une perte partielle de la vue, avec une surdité plus ou moins prononcée, surtout avec un rhumatisme au cuir chevelu ou avec une grande sensibilité à la tête, etc. . . D'où cela venait-il? «Oui, me répondait-on, c'est la funeste vessie avec la glace qui a fait tout le mal ; j'en souffre déjà depuis tant et tant d'années». C'est la vérité, et la plupart de ces malheureux en souffriront jusqu'à la fin de leur vie.
Encore une fois, je condamne toute compresse de glace, et je prétends, au contraire, que l'eau, appliquée suivant les prescriptions, est à même d'arrêter et d'éteindre le feu le plus ardent, dans quelque membre du corps qu'il sévisse. L'incendie, qui ne peut plus être éteint par l'eau, ne sera pas éteint par la glace. On le comprend aisément.
Je dis que l'eau, appliquée suivant les règles, vous procurera du secours; mais par là je n'entends pas que, par exemple, dans une inflammation intérieure ou extérieure de la tête, il faille multiplier à l'excès les maillots humides, les compresses, etc. , . là où d'autres mettent de la glace. Cent glaçons et cent compresses n'arrêteront pas l'afflux du sang à la partie enflammée ; ils augmenteront, au contrciire, l'intensité de la chaleur. Il faut chercher à détourner le sang, à le distribuer, en d'autres termes, il faut, outre les applications sur la partie malade, en faire
aussi sur le corps tout entier. Cet ennemi à l'extérieur ou à l'intérieur de la tête, par exemple, je l'attaquerais tout d'abord aux pieds du patient et peu à peu je le poursuivrais par tout le corps.
D'ailleurs, à moi aussi la glace rend d'excellents services, mais indirectement : elle rafraîchit l'eau en été, quand celle-ci va devenir tiède.
Quelle est ma manière de voir sur les saignées, sur les sangsues, sur toute méthode de soustraire du sang?
Il y a cinquante, quarante, trente ans, on rencontrait rarement une femme qui ne se fît saigner deux, trois ou quatre fois chaque année; les jours de demi-fête et, cela va de soi, les signes astronomiques de bon augure étaient marqués en rouge ou en bleu dans l'almanach, dès le jour de Tan. Les médecins de la campagne et autres, les baigneurs et les barbiers, regardaient eux-mêmes leur travail comme une boucherie. Les établissements, les couvents aussi avaient une époque fixe pour la saignée, ainsi que pour la diète absolue. Avant l'opération sanglante on se souhaitait bonne chance et après coup on se félicitait mutuellement. Cela ne dut pas toujours être une bagatelle : un ecclésiastique de ces temps-là- assurait qu'il s'était, trente-deux ans durant, fait saigner quatre fois par an et que chaque saignée lui avait coûté 8 onces de sang, ce qui fait 8x4x32=1024 onces de sang. A côté de la saignée on avait les sangsues, les ventouses, etc.. Tout était bien organisé pour tout le monde, jeunes et vieux, grands et petits, hommes et femmes !
Comme les temps changent! Cette manière de faire passait longtemps pour le unum necessarium^ pour le seul moyen, unique et nécessaire, de rester
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en bon état de santé 1 Qu'en pense-t-on aujourd'hui"? On se moque de cette fausse opinion, de cette superstition, de cette science naturelle des anciens, qui s'imaginaient qu'un homme quelconque peut avoir trop de sang. Un médecin littérateur d'un pays étranger, qui suit une école nouvelle, me disait, il Y a deux ans environ, qu'il n'avait jamais vu des sangsues. Beaucoup de médecins attribuent l'anémie de notre époque aux pratiques du passé, aux abus de la saignée. Ils n'ont sans doute pas tort, mais certainement de là ne provient pas tout le mal.
Au fait maintenant ! Voici ma conviction : Dans l'organisme humain tout concorde merveilleusement, la partie avec la partie et chaque partie avec le tout, si bien qu'on est obligé de voir dans la constitution du corps de l'homme une œuvre d'art unique, dont l'idée n'a pu exister que dans une intelligence infinie et dont la réalisation n'a été possible qu'à la puissance créatrice de Dieu. Le même ordre, la même mesure, la même harmonie se trouvent entre l'absorption et la consommation des substances nécessaires à l'entretien et à la conservation du corps, si toutefois l'homme libre et raisonnable use sagement des dons de Dieu, ne renverse point l'ordre par l'abus des bienfaits d' en-haut, ne porte pas le désaccord dans l'harmonie. S'il en est ainsi, je ne comprends pas comment la formation du sang, la plus importante de toutes les fonctions de l'organisme, devrait s'effectuer sans ordre, sans nombre et sans mesure, c'est-à-dire d'une manière déréglée et démesurée.
Chaque enfant — je me représente ainsi la chose — reçoit de sa mère, au moment de sa naissance, une certaine quantité de substances propres à la
formation du sang; peu importe la dénomination qu'on donne à ces substances , sans lesquelles toute sanguification est impossible. Si ces substances font défaut, la sanguification s'arrête, la vie commence à languir et la mort finit par se présenter. Or, toute déperdition de sang , qui arrive soit par une chute ou une blessure, soit par une saignée, des sangsues ou des ventouses, fait disparaître une partie plus ou moins grande de ces substances vitales, condition essentielle de la sanguification. Toute soustraction de sang abrège donc la vie , puisque c'est dans le sang que réside la vie.
L'on réplique : Rien ne marche plus vite que la formation du sang ; perdre du sang, gagner du sang, c'est presque tout un.
La formation du sang s'opère vite, très vite, je l'admets volontiers. Mais ne perdez pas de vue cet argument tiré de l'expérience, qui intéresse certainement mes lecteurs de la campagne. Comment font les paysans qui veulent engraisser rapidement un animal ? Ils lui enlèvent par la saignée une grande portion de sang. En peu de temps un sang nouveau et abondant se sera formé , tandis que l'animal prospère et gagne extraordinairement en graisse. Au bout de 3-4 semaines on opère une nouvelle saignée, î)uis on nourrit et abreuve de nouveau d'une manière copieuse et substantielle. Le succès est splendide, et l'animal, même s'il est vieux, aura à l'abattoir un sang aussi abondant et beau que s'il était tout jeune. Mais examinez ce sang de près, et vous trouverez que ce sang artificiel est aqueux, fade, sans force vitale. L'animal n'a pas de vigueur et est incapable de rien supporter, de rien travailler, et s'il n'est pas abattu à bref délai, il succombera à l'hydropisie.
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En est-il autrement chez l'homme ? Quiconque a atteint la soixantaine et possède un peu d'expérience, sait très bien combien la saignée excessive des parents a de l'influence sur les capacités , les talents et la durée de la vie de leurs enfants. Cet homme cité plus haut, qui perdait tant et tant d'onces de sang, mourut d'hydropisie à l'âge le plus beau. Et si une femme — je cite des faits — qui a subi 300, ou même 400 saignées, devint faible et malade, la génération suivante ne dut-elle pas avoir une santé débile, des dispositions aux crampes et d'autres infirmités ?
J'accorde naturellement qu'il peut y avoir des cas — mais qui seront toujours des exceptions — où, à défaut d'autres moyens à effet immédiat, la saignée écarte un danger momentané. En dehors de cela, je demande à tout homme raisonnable : Vaut-il mieux se laisser couper et enlever, morceau par morceau, le fil de la vie, plutôt que de distribuer le sang par une application rationnelle de l'eau, si bien que les plus pléthoriques n'aient jamais trop de sang? Nous indiquons souvent, en temps et lieu, comment et par quelles applications cette distribution du sang doit être effectuée.
Ordinairement on entend dire que, dans les dangers imminents d'apoplexie, la saignée est la seule planche de salut. Eh bien ! je me souviens que, à la suite d'un coup d'apoplexie, un premier médecin opéra vite une saignée, tandis qu'un second médecin déclara nettement que cette saignée amènerait sûrement la mort, ce qui arriva effectivement. Ce n'est point la richesse ou l'abondance du sang, comme les gens s'imaginent, mais bien l'anémie qui, en règle générale, provoque un coup d'apoplexie. Mourir d'un
coup d'apoplexie signifie habituellement mourir fautede sang. Quand le sang s'épuise, la vie s'éteint; quand l'huile de la lampe est consumée, la mèche cesse de brûler.
Lisez dans la troisième partie quels bons services peut rendre l'eau dans les cas d'apoplexie. Ici je dirai seulement que justement mon prédécesseur dans ma paroisse fut frappé trois fois d'un coup d'apoplexie, et qu'à la troisième fois le médecin le déclara perdu, sans espoir de guérison. Or, c'est l'eau qui le sauva alors et le conserva encore plusieurs années à sa paroisse.