Scarlatine
La fièvre scarlatine fait, chaque année, une ou deux apparitions et de nombreuses victimes. Ordinairement elle s'attaque aux enfants, mais ne ménage pas non plus les adultes. Les prodromes sont : mal de tête, pression exercée sur l'estomac et la poitrine, courbature, alternative de froid et de chaud. Quelque grand que soit le nombre des enfants que cette maladie enlève, le remède cependant n'est pas difficile. La plupart du temps les enfants sont mis hors de danger dans l'espace de 2 jours ; pour les adultes il faut un peu plus de temps. La fièvre scarlatine peut être guérie facilement de deux manières différentes.
Si un enfant, soit qu'on le porte encore sur les bras ou qu'il aille déjà à l'école, présente tous les symptômes de cette maladie, alors plongez une chemise dans l'eau chaude mêlée d'un peu de sel, tordezla un peu, pour que l'eau n'en dégoutte plus, et mettez-la à l'enfant, qui se trouve au lit. Enveloppez
le patient dans une couverture de laine, pour que l'air n'ait aucun accès, et laissez-le tranquillement couché pendant une heure. Puis ôtez la chemise à l'enfant, dont le corps sera semé de rougeurs exanthématiques. Si la chaleur devenait trop forte, lavez l'enfant tout entier, mais promptement, et remettezle au lit. Dans les cas difficiles, où la chaleur augmente et où le malade devient anxieux, la chemise mouillée peut être mise 2-3 fois en un seul jour, voire même 4 fois. Cela dépend uniquement de la chaleur et de l'intensité de la fièvre. La chaleur et la fièvre diminuent-elles, on peut prolonger les intervalles qui séparent les renouvellements de la chemise trempée. Observez que "pour ces applications ultérieures, on emploie toujours l'eau froide mêlée de vinaigre, et qu'il faut soigneusement — mais jamais trop — envelopper et couvrir le malade. La chemise mouillée étant éloignée, on lui met une chemise propre. Par ce traitement on guérit complètement la scarlatine dans l'espace de 4 ou, tout au plus, de 6 jours.
Intercalons ici une remarque. L'enfant a rarement de l'appétit ; ne lui imposez pas de manger. (Comme l'éruption perce à l'extérieur, de même aussi elle existe à l'intérieur.) La soif est ordinairement forte. L'eau est toujours le meilleur moyen de l'étâncher. On peut mélanger avec elle un peu de sucre ou un peu de vin (blanc ou rouge). Les enfants de la campagne préfèrent le lait. Songez au principe : boire peu, mais souvent. Je ne crois pas qu'un enfant, traité de cette manière, aille mourir.
Louis, un garçon de 10 ans, ne peut plus parler, tant la fièvre est intense. La figure est rougie, il se plaint d'avoir mal partout. Comme la chaleur est
forte et l'anxiété grande, on lave Louis une fois par heure, et cela pendant 2 jours. Au troisième jour, le jpetit se remet déjà à manger. La lotion n'a plus lieu que 2 fois par jour. Le cinquième jour, Louis se sentit à son aise ; le lendemain il se promena dans la chambre et bientôt après il fréquenta de nouveau les autres enfants.
Marie, âgée de vingt ans, ne peut plus marcher, souffre d'un violent mal de tête, se sent fatiguée, les membres brisés. Elle a une toux sèche et une pression terrible sur la poitrine. Elle est saisie d'anxiété, ne sait que faire, ne peut quitter le lit un instant. Elle a un dégoût de toute nourriture, mais elle ne saurait boire assez.
Marie aura la scarlatine à un degré très élevé. Que faire ? A chaque heure il faut lui laver énergiquement le dos avec de l'eau froide, dans laquelle on a jeté un peu de sel; de même aussi la poitrine et le ventre. Quand elle est ainsi lotionnée — en toute hâte — il faut la couvrir convenablement, mais pas trop lourdement.
Ces lotions furent continuées pendant 2 jours, tandis qu'elle n'a rien mangé du tout, mais bu d'autant plus : la gorge brûlait toujours. La scarlatine disparut en laissant des écailles, des croûtes. La soif diminua. La malade doit, pendant 2-4 jours encore, être lavée 2 fois ou, si la chaleur persiste, 3 fois par jour. Marie était quitte de la scarlatine 3 jours plus tard.
Jean, un garçon de treize ans, n'a plus de vie depuis quelques jours et plus d'ardeur au travail ; la gaîté d'autrefois a disparu. Voilà que tout d'un coup le corps entier se met à enfler, la tête et les pieds gros-
sissent, le ventre se gonfle d'une façon inquiétante. L'enfant aura l'hydropisie. Que faire? Il s'est relevé de la scarlatine il y a 6 semaines, mais celle-ci n'était pas arrivée à son développement régulier.
Le malade a mis, en 8 jours, 6 fois une chemise trempée dans l'eau chaude salée et s'est fait envelopper chaque fois dans une couverture de laine. Au bout de 10 jours il fut de nouveau gai et bien portant. Disons à cette occasion que, si la fièvre scarlatine n'est pas foncièrement guérie et qu'il reste des éléments morbides dans le corps, l'hydropisie en naît volontiers; mais elle se laisse traiter et extirper par les susdits procédés.
Crescence, une femme de soixante-cinq ans, est alitée depuis 2 jours : elle se plaint d'un violent élancement dans le dos, d'une cuisson et d'un picotement à la poitrine. Parce qu'elle a eu affreusement froid, dit-elle, elle s'est couchée et se sent maintenant toute réchauffée. Elle ne peut pas manger, mais souffre de la soif. Voici ma recette pour cette malade : « Lavez-lui le dos avec de l'eau froide une fois par heure pendant le premier jour, tandis qu'elle-même peut se laver la poitrine et le ventre. Le lendemain la même opération n'est plus nécessaire que 4 fois, et au troisième jour 2 lotions suffiront. » On se conforma à ma prescription, et la malade sentit, le quatrième jour, un mieux considérable. Les mêmes opérations furent encore répétées plusieurs fois pendant 3 jours, et la santé était revenue. La malade a mangé peu, elle a bu de l'eau et du lait caillé.
Une fille d'environ vingt-quatre ans, très bien portante jusqu'ici et passablement forte, fut atteinte
de la scarlatine. L'éruption augmenta dans l'espace de huit jours à tel point qu'on a vu peu de cas semblables. La malade demanda immédiatement à être traitée par l'eau, qui lui inspirait beaucoup de confiance, d'autant plus que sa sœur avait été guérie d'une grave maladie par les procédés hydrothérapiques. On lui conseilla de se laver ou de se faire laver, à chaque heure, le dos, la poitrine, le ventre, puis les bras et les jambes. L'intervalle d'une heure lui parut trop long. La fièvre devint si intense que, plus de 5 jours durant, il fallut réitérer la lotion chaque demi-heure. La personne n'a presque rien mangé, elle buvait peu et à petites doses. La fièvre ne fut, malgré l'emploi très exact de l'eau, vaincue qu'au bout de 10 jours ; l'éruption disparut en différents endroits, mais eut besoin de deux semaines pour s'effacer complètement, et la santé fut refaite entièrement.
Quel eût été le sort, je le demande, de cette malheureuse, si dans une fièvre aussi ardente, dans un feu pareil qui consumait le corps, on n'eût administré, pour l'usage interne, que des potions par cuillerées ? Quel rafraîchissement cela aurait-il produit ? Que chacun réponde soi-même et n'oublie pas que dans ces fièvres l'organisme intérieur est tout à fait inactif. De cette guérison de la fièvre scarlatine à un si haut degré on peut conclure à la guérison de cette même maladie à des degrés moins élevés. L'eau, exactement employée, en délivre sûrement et facilement.