Erysipèle
L'érysipèle est un virus qui s'amasse entre la peau et la chair et cherche une issue quelque part.
Il peut se manifester à la jambe, au bras, à la tête, ou à toute autre partie du corps. Il est toujours accompagné d'une grande tension, comme si la peau était trop étroite et devait éclater. Parfois il tarde longtemps à se présenter à la surface, et souvent il fait souffrir beaucoup. Quand il se montre, on voit d'abord se former de petites vésicules renfermant un liquide violacé; ces vésicules se multiplient à l'infini, grandes et petites, dont le poison ronge des parties entières de la peau. L'érysipèle peut devenir dangereux et amener la mort, s'il n'arrive pas à se développer à l'extérieur, s'il produit à l'intérieur une intoxication du sang, qui s'étend rapidement, puisque le sang afflue à la partie enflammée. Bien souvent on remarque que l'érysipèle, s'il se développe à l'extérieur, s'éloigne de l'endroit primitif et se loge intérieurement à une autre place. Ces sortes de cas conduisent ordinairement à la mort.
J'ai connu un domestique qui eut un érysipèle au bras. Il n'ajouta pas d'importance à son «petit bobo», comme il disait. L'érysipèle disparut, mais prit place, un peu plus tard, dans le cerveau et le malade ne tarda pas à succomber.
Je connais de même un ecclésiastique qui eut un érysipèle à une jambe. Je ne sais comment il Ta soigné. Mais l'érysipèle disparut, et le patient s'en crut délivré. Or, le parasite reparut bientôt, cette fois à l'arrière-bras. Il disparut de nouveeu, mais pour se transporter dans la tête. Après 4 jours l'ecclésiastique était mort.
Tous ceux qui ont observé attentivement cette maladie, auront certainement vu un certain nombre de cas de mort arrivés par suite du manque de soins, parce qu'on a négligé l'érysipèle.
Dans le traitement il faut avant tout bien faire attention, pour que l'érysipèle n'aille pas voyager. C'est à la partie où il se montre d'abord qu'on doit au plus tôt l'attaquer, pour l'affaiblir et pour extraire les éléments morbifiques. Il faut aussi, autant que possible, empêcher ou diminuer l'afflux du sang.
Si vous avez un érysipèle au pied ou à la jambe, prenez un demi-maillot, qui coupera les vivres à la partie atteinte. Après le demi-maillot vous envelopperez la jambe, au haut de l'érysipèle, vers le corps, d'un autre maillot. On peut aussi attaquer l'érysipèle directement, en trempant un linge usé et très souple dans l'eau chaude, en couvrant la partie enflammée et en enveloppant le tout d'un linge sec ou d'un molleton. Cette fomentation résoud et élimine.
Quelqu'un a-t-il un érysipèle au bras, c'est encore le cas de chercher à détourner le sang par un demimaillot ; puis il prendra un châle et le renouvellera plusieurs fois, suivant l'intensité de l'inflammation. Si, au contraire, il s'en prend directement à la partie malade, comme il est dit pour l'érysipèle de la •ambe, personne ne pourra le blâmer.
L'érysipèle apparaît-il à la tête, la compresse supérieure fera une énergique révulsion vers le bas et un maillot de cou diminuera promptement les éléments érysipélateux. Quand ces applications auront été pratiquées plusieurs fois, on pourra agir directement sur la partie atteinte, d'abord au moyen de l'eau chaude et, sitôt qu'une grande portion des éléments morbifiques aura été détournée (ce que la diminution de la rougeur et de l'enflure indiquera), au moyen de l'eau froide. Les applications de l'eau
se feront toujours sous forme de compresses de toile ou de maillots (de tête).
« Mon mari va avoir un érysipèle à la face : il a une forte fièvre ; toute la figure est enflée et rouge comme du feu, et sur tous les points de sa surface apparaissent de petites vésicules. Cela fait pitié de l'entendre gémir». Ainsi se plaignit un jour une femme. — « Allez vite lui appliquer un châle trempé dans l'eau chaude, lui répondis-je ; après trois quarts d'heure enlevez ce topique, retrempez-le et appliquez-le de nouveau. Répétez cette opération 3 fois, ce qui prendra à peu près 3 heures. Trois ou quatre heures plus tard, vous tremperez dans l'eau fraîche un linge plié en quatre, vous le tordrez convenablement et vous le lui appliquerez sur le bas-ventre pour une durée de 3 heures; mais après chaque heure il faut enlever le linge, le replonger dans l'eau fraîche et le remettre en place. Au bout des 3 heures, quand la fomentation sera enlevée, vous ferez coucher le malade, pendant 1 heure, sur un drap plusieurs fois plié, plongé dans l'eau froide et bien tordu. Ces 3 applications peuvent être ainsi pratiquées tour à tour, jusqu'à ce que toute la chaleur soit calmée et que la matière morbide soit éliminée. Quant aux plaques érysipélateuses de la figure, on se contentera, quand la tension de la peau devient trop gênante, de lotions à l'eau tiède. Si la soif est bien grande, l'eau pure ou sucrée sera la meilleure boisson, mais seulement à petites doses. »
Autre manière de guérir l'érysipèle : On applique au malade 2 fois par jour le châle, pendant 3 heures chaque fois, mais en renouvelant après chaque heure; pendant le reste de la journée on lave,
chaque fois après trois quarts d'heure, le dos, la poitrine et le ventre, ou hien (ce qui vaudrait mieux) le corps tout entier du malade avec de l'eau mêlée d'un peu de vinaigre, opération qui ne doit jamais durer au delà d'une minute. Si la fièvre baisse considérablement, il suffit d'administrer la lotion toutes les 2-3 heures, plus tard 1 fois seulement par jour. Si l'on s'est servi d'eau chaude avec vinaigre dans les commencements, on pourra prendre plus tard de l'eau froide. Pour les vésicules ou bulles de la face, on ne peut les laver de temps en temps qu'avec de l'eau tiède.
C'est suivant ces deux méthodes que déjà plusieurs malades ont été guéris de l'érysipèle, sans qu'il en résultât un préjudice quelconque.
Joséphine, âgée de vingt-deux ans, très bien portante et vigoureuse, est prise d'une violente fièvre à la suite d'une lassitude subite. A la surface extérieure elle est toute brûlante, à l'intérieur elle éprouve des frissons, souffre de la soif et manque absolument d'appétit. Au début, toutes les fois que la chaleur augmentait, on la lavait avec de l'eau chaude, puis avec de l'eau froide, sur le corps tout entier, cela pendant 3 jours. Les frissons cédèrent alors, toute la tête se gonfla et l'érysipèle apparut d'une façon excessive : la figure se couvrit de grandes vésicules et la bouche surtout enfla fortement. — Pendant 4 jours on pratiqua les lotions 6-10 fois par jour et l'on appliqua également le châle 2 fois par jour, les 2 premières fois à l'état chaud, puis à l'état froid. Au bout de 3 jours survint une grande sueur, qui dura 2 jours, et alors Joséphine était guérie ; pendant la période de transpiration on entreprit la lotion
2 fois par jour. La sueur arriva d'elle-même et les lotions la favorisèrent beaucoup. Le traitement dura 8 jours. La malade n'a pris aucune potion. Quant à la tête, elle n'a fait, pendant les 3 derniers jours, que se laver la figure 2 fois par jour avec de l'eau tiède.
Un ecclésiastique de M. m'écrit : «J'étais pris d'un érysipèle très considérable à la face, sans doute à la suite d'un refroidissement. La chaleur du corps était grande, la sueur abondante, la figure considérablement enflée. Dans cet état je me faisais laver 4 ou 5 fois par jour, en pleine transpiration et avec de l'eau froide, la poitrine, le ventre, le dos et les bras, parfois aussi les jambes, mais jamais la figure. Plus tard les lotions furent moins nombreuses. Le résultat de ce traitement fut très heureux : je m'en trouvais bien, et la santé fut rétablie. La fièvre était déjà passée au bout de 4 jours, et dès le 9^ jour je pus de nouveau quitter la chambre. Comme je continuais encore, pendant quelque temps, à transpirer durant la nuit, je me levais, me lavais tout le corps avec de l'eau froide, mettais une chemise fraîche et me recouchais aussitôt. J'avais eu dans le temps la même maladie ; mais cette fois-là je ne fus guéri qu'après 4 semaines de traitement, tandis que cette fois-ci l'eau me remit sur pieds dans l'espace de 9 jours. »