‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 118 sur 200 · Dartres · texte numérisé non relu

Dartres

Il y a des miniers de personnes qui sont affligées d'affections dartreuses, qu'elles l'avouent ou qu'elles ne l'avouent pas. Les dartres, ces parasites extrêmement incommodes, se ghssent volontiers sous les cheveux, sur le dos, la poitrine, etc.. Elles ne re-

doutent pas non plus le grand jour et s'attachent comme des sangsues aux bras, aux pieds, surtout dans l'intervalle des doigts. Les affections dartreuses peuvent être un héritage, mais aussi l'effet d'une vie déréglée, d'une mauvaise nourriture et d'une mauvaise boisson, qui gâtent les humeurs.

Il est très grave et très dangereux d'attaquer cet hôte malpropre par des moyens caustiques, servant soit aux lotions ou frictionnements (savon vert, etc.), soit à l'usage interne (mercure, arsenic, etc.). Il est facile de faire rentrer les dartres, mais alors les suites peuvent devenir très fâcheuses, abstraction faite des ravages que causent à la surface et à l'intérieur de la peau les remèdes caustiques.

Voici ma méthode de guérir les dartres : A l'extérieur je n^emploie que Veau tiède à l'effet d'enlever la crasse. Tout le reste est mauvais et nuisible. Pour l'usage interne je demande des aliments faciles à digérer, simples, non recherchés, mais de nature à fournir des humeurs saines et à améliorer les humeurs existantes. Il faut s'abstenir, autant que possible, de tout ce qui est aigre, bien salé et épicé, et de toute boisson alcoolique. Il y a dans le sang assez de matières acres. Quant au traitement hydrothérapique, voici : administrez à la tête du malade, au premier jour, un bain de vapeur de la tête, et faiteslui prendre le manteau espagnol; au second jour vient le bain de vapeur des pieds et le maillot inférieur ; au troisième jour, de bon matin, encore le manteau espagnol et, dans l'après-midi, le demimaillot. Le quatrième jour sera un jour de repos. Au cinquième, le malade se tiendra au lit et se lavera en toute hâte, toutes les deux heures, le corps à l'eau froide. S'il était empêché d'agir ainsi, il pourra

se lever, mais devra alors prendre la lotion 3 fois par jour, le matin, à midi et le soir, pour se donner ensuite du mouvement ou se mettre à un travail manuel. Les applications d'eau diminueront de force et de fréquence au fur et à mesure que la formation des dartres, c'est-à-dire la transsudation et l'exhalaison des humeurs morbides, cessera et qu'une nouvelle peau se formera.

Ajoutons ici une observation : la différence entre les dartres humides et les dartres sèches n'a pas d'importance pour le mode du traitement. Je présume que les deux dénominations désignent une seule et même chose. Les dartres sèches sont celles qui sont accompagnées d'un écoulement moins sensible, de sorte que le liquide écoulé se réduit aussitôt en croûte sur la surface cutanée. Les dartres humides sont celles qui coulent davantage : elles sont pour ce motif d'autant plus désagréables, dangereuses et difficiles à guérir.

Les suites de dartres refoulées et rentrées (en général des humeurs morbides et morbifiques) sont incalculables. Les suites les plus immédiates sont de graves maladies, qui amènent la langueur et plus tard la mort; parfois aussi, ce qui est pire, cette langueur conduit à l'aliénation mentale, comme l'expérience le prouve.

Un théologien avait à la joue gauche une plaque ronde, comme tracée au compas. La plaque consistait dans une croûte qui couvrait la chair vive et s'ouvrait plusieurs fois à l'heure pour laisser écouler 2 ou 3 gouttes de pus. La figure du patient était pleine; à la tête on remarquait plusieurs petites pustules. Il avait consulté plusieurs médecins et

employé différents remèdes, mais sans résultat. Je lui demandai s'il s'était blessé quelque part, et sa réponse négative, à laquelle il ajouta que l'affection était venue d'elle-même, me fit tout comprendre. Le teint pâle et maladif de la figure, plus encore que l'écoulement d'une masse de pus , acheva de m'enlever tout doute. La matière virulente provenait du corps.

Il y a quinze et vingt ans, nombre de personnes établissaient et entretenaient artificiellement des exutoires, appelés communément cautères ou fonticilles^ aux bras ou aux jambes. C'était comme des cloaques dans lesquels le corps déversait le superflu, toutes les humeurs morbides ; c'est pourquoi l'ulcère suppurait toujours. Dans notre cas particulier la nature vigoureuse s'était elle-même creusé une ouverture et l'avait pourvue d'un couvercle correspondant.

Pendant 2 semaines le malade dut prendre, tous les 2 jours, un bain de vapeur de la tête et autant de fois un bain de vapeur des pieds; puis vint le tour du demi-maillot et du manteau espagnol, de façon qu'il y eut 2 ou même 3 applications d'eau par jour. A l'intérieur ce fut le thé de sauge, d'absinthe et de menthe qui contribua à amener un prompt succès. Bientôt il se forma sous la croûte une peau nouvelle et tendre, preuve bien certaine de la guérison, c'està-dire de la complète résolution et élimination de tous les éléments morbides. Au bout de 3 semaines, on pouvait à peine distinguer sur laquelle des deux joues s'était trouvée la plaque.

Une fille de vingt -cinq ans raconte : «J'ai de fortes éruptions à toute la tête, un grand nombre de petites pustules sous les cheveux ; mes oreilles sont

remplies de grosses écailles et, quand de temps à autre elles tombent, mes oreilles n'ont plus de peau. J'ai par -ci par-là très mal à la tête, tandis que d^autres fois je ne sens rien du tout. Mes yeux brûlent comme du feu, et il s'en échappe la plupart du temps un liquide chassieux. Depuis longtemps je ne puis plus respirer par le nez. J'éprouve sur tout le corps une démangeaison et une brûlure si fortes qu'elles me réveillent souvent pendant la nuit. «

Traitement : 1) Dans la semaine deux bains chauds préparés avec une décoction de paille d'avoine, à 30 degrés, avec deux alternatives : d'abord 15 minutes dans le bain chaud, puis une minute dans l'eau froide ou une lotion froide entière ; 2) deux bains de vapeur de la tête par semaine, pendant 20-25 minutes; 3) deux lotions entières par semaine; 4) prendre 2 fois par jour 25 gouttes d'absinthe dans 8 à 10 cuillerées d'eau.

Au bout de 4 semaines, les dartres et ce qu'il y avait d'éléments morbides dans tout le corps étaient passablement éloignés ; mais, pour achever l'élimination et pour fortifier la nature, on employa encore 2 autres semaines, pendant lesquelles furent faites la moitié des susdites applications.

Un négociant assez obèse, âgé d'environ quarante ans, me raconta ce qui suit :

«Depuis deux ans j'ai de grandes dartres aux avant-bras et aux mains (les doigts exceptés), ainsi qu'aux jambes; j'ai également des taches au dos et à la poitrine. Cela fait que maintes fois je ne puis dormir la nuit qu'une ou deux heures. Au reste, j'ai bon appétit et je suis fort. »

Je lui prescrivis les applications suivantes : 1) Une lotion entière chaque nuit ; 2) chaque semaine deux

bains chauds (28^ R.) à paille d'avoine, pendant une demi-heure, avec lotion entière après chaque durée de 14 minutes et à la fin du bain ; 3) chaque jour une affusion supérieure, suivie immédiatement d'une affusion des genoux; 4) chaque jour deux pincées de poudre blanche.

Au bout de 4 semaines notre homme revint parfaitement guéri; mais, pour prévenir le mal dans la suite, il dut se laver entièrement, dans la nuit, 2 fois par semaine, et prendre par mois un bain comme ci-dessus. Il me répondit : « Quand même ces applications ne seraient pas nécessaires, je les pratiquerai quand même pour conserver la force et la fraîcheur qu'elles m'ont procurées. »

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