‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 120 sur 200 · Variole · texte numérisé non relu

Variole

La variole est en grand ce que la scarlatine est en petit. La première est plus infectieuse que la seconde; vulgairement appelée petite vérole, elle est bénigne chez les uns, maligne chez les autres. Le traitement est le même pour les deux variétés. L'on dit communément que si la vérole ne sort pas, le malade en meurt. Il faut par conséquent mettre tous ses soins à attirer le virus à la surface de la peau le plus vite possible, afin de prévenir ainsi le pire des empoisonnements à l'intérieur et d'effectuer une prompte élimination.

Six personnes malades de la petite vérole bénigne furent guéries par des lotions répétées aussi souvent que la chaleur devenait très forte et l'angoisse presque insupportable. Au commencement il fallait opérer toutes les heures, plus tard toutes les 2 heures, plus tard encore seulement 2-3 fois par jour. Au septième jour les six malades était totalement guéris. Ils n'ont à proprement parler rien mangé, ce qui vaut mieux ; et ils ont bu passablement, ce qui ne peut nuire, à condition que l'on ne boive que par . petites portions. Remarque importante pour tous les malades : boire beaucoup à la fois n'éteint guère la soif, mais augmente l'angoisse.

Moi-même je m'étonnais souvent combien lessimples lotions attirent toujours la petite vérole à lasurface cutanée. Elle est caractérisée par de petites élevures pointues, surgissant au-dessus de la peau, à

la façon des grenouilles qui sortent la tête de l'eau. Qu'on lave sans la moindre appréhension ! Plus on procède vite et exactement, plus les pustules se développent rapidement et plus l'humeur purulente est expulsée promptement. Avant de pouvoir former des ulcères, le virus est, pour ainsi dire, enlevé et éloigné par le lavage.

Encore une chose. Procurez au malade le hon air frais, qu'on lui refusait et qu'on craignait tant jadis : qu'il y ait toujours une ouverture, quelque petite qu'elle soit, pour le laisser pénétrer.

La lotion doit se faire en toute hâte, ne jamais durer au delà d'une minute. De cette façon la petite vérole peut être guérie chez les adultes aussi facilement que la scarlatine chez les enfants. Remarquez encore que l'application la plus douce est la meilleure.

Quatre personnes souffraient de la petite vérole. Elles en furent guéries en se servant, à la place des lotions, de la chemise mouillée 2-3 fois par jour. Le manteau espagnol aurait fait le même service. Au bout d'une heure la chemise était enlevée, pour n'être reprise que lorsque la chaleur et l'angoisse devenaient de nouveau considérables, ce qui, dans les derniers jours, n'arrivait qu'une ou deux fois. Au bout de huit jours tout le traitement était terminé, et des terribles cicatrices couturées, qui défigurent maint visage pour la vie, on ne vit la moindre trace.

Frédéric ne peut plus marcher ; ses membres sont fatigués et brisés. Sa mine fait peur. Un fort mal de tête et des envies de vomir s'emparent de lui; la poitrine est extrêmement oppressée. — Qn appelle

le médecin. Il déclare qu'il y a là les symptômes certains de la petite vérole, qui a besoin de .3 jours encore pour se développer; en attendant une purge ne peut pas nuire ; quand au reste, il n'y a rien à faire. Frédéric ne fut pas satisfait de cette ordonnance. Comme il avait entendu parler de l'hydrothérapie, il se fit apporter dans la chambre une baignoire, tout près de son lit, et on y mit de l'eau. Après chaque heure il se lève, se met dans le bain et se lave à l'aide d'une grosse serviette ; le travail se termine chaque fois en peu de temps, une minute à peine. Dans l'espace de 18 heures le malade s'est baigné 18 fois, n'a rien mangé, s'est contenté de boire de l'eau. Frédéric fut donc rétabli et radicalement guéri de sa petite vérole avant que le médecin revint.

Je viens d'apprendre qu'un de mes amis, fidèle à mes conseils, a guéri en peu de jours, de la même façon, 4 ou 5 personnes qui avaient été prises subitement de la fièvre et qui avaient été en danger d'être atteintes de la petite vérole. . Si la petite vérole, la scarlatine, des maladies éruptives régnent quelque part et qu'il s'en montre quelques symptômes, il ne faut pas tarder à appHq'uer le traitement. La méthode d'expectation, pour savoir ce qui va en résulter, est toujours périlleuse. Le feu se répand et consume rapidement les forces. Si on éteint sans retard, on éteint aisément. Attendre quelques jours, c'est s'exposer à venir trop tard.

Sitôt qu'un enfant ou un adulte se plaint de céphalalgie, d'oppression, de gêne dans la respiration, de toux, et qu'il affirme que son courage et ses forces sont brisés, ce sont autant d'indices que le moment

des applications est arrivé. Même dans les cas où Ton se tromperait, ces applications ne pourront jamais porter préjudice.

Je vais répéter ici les règles générales qui se rapportent au traitement des maladies éruptives :

Les lotions doivent être aussi courtes que possible et s'étendre à tout le corps du patient.

Après l'application, il faut se couvrir avec soin, se garantir de l'air extérieur, sans rien exagérer pourtant. On doit veiller à ce que l'air soit toujours renouvelé (bonne aération), mais éviter de faire arriver l'air directement au visage du malade.

Réitérez exactement les lotions toutes les fois que la chaleur et l'angoisse augmentent.

Ne pressez jamais un malade, surtout pas un malade gravement atteint, de manger. L'estomac indiquera par le sentiment de la faim quand il est de nouveau disposé au travail. Il laisse intacte la nourriture qui lui a été imposée; celle-ci gêne et est parfois un obstacle principal à la guérison, parfois la seule cause d'une rechute.

Quelles sottises ne fait-on point, à cet égard, bien souvent par ignorance, surtout à la campagne ! Un chacun s'approche du malade et, dans un zèle mal éclairé, quoiqu'avec la meilleure intention, force le malade à manger et à boire. L'on apporte au malade toutes sortes de douceurs qui, dans l'état du moment, font l'effet du poison. L'on fait des bévues incroyables et l'on commet, sans le savoir, des crimes contre la santé.

Si l'appétit s'annonce, si le malade demande du solide ou du liquide, donnez-lui très peu de nourriture, des aliments simples (peu salés et peu épicés), adoucissants et faciles à digérer, et jamais jusqu'à

entière satiété. Comme accessoires je recommande notamment des fruits bien cuits. De l'eau, un peu de vin dans l'eau, du lait, voilà ce qu'il y a de plus bienfaisant. Gardez-vous, pour approvisionner le malade, d'aller chez le confiseur ou le pâtissier.

Dans bien des endroits on a commencé à employer l'eau comme remède contre l'épidémie de la variole, malheureusement d'une façon beaucoup trop rude et trop saisissante dans bien des cas. Il serait à désirer que l'emploi de l'eau se répande davantage et que son application devienne plus douce, pleine d'égards; l'on pourrait sauver ainsi la vie à bon nombre d'hommes.'' Fondé sur l'expérience que j'ai acquise, j'ose avancer qu'aucun malade atteint de la variole, qui n'a pas en outre une autre maladie encore, n'en mourrait (à peu d'exceptions près). Quand je lis combien de centaines et de miUiers d'hommes sont enlevés dans le courant d'une année par cette maladie ou plutôt par les fièvres qui la précédent et l'accompagnent, je suis saisi chaque fois d'une grande tristesse. Le moyen d'éteindre est là, mais bien souvent on n'emploie pas une seule goutte à calmer et à étouffer le feu. Comprenezvous? Puisse la vertu curative de l'eau être enfin reconnue et utilisée !

La guérison de la petite vérole au moyen de l'eau a encore l'avantage particulier que le virus ne pénètre jamais profondément; voilà pourquoi, après

1 L'on brise la force du taureau le plus furieux par un petit anneau qu'on lui met aux narines. On peut le mener où l'on veut. L'application d'eau la plus modérée ressemble à l'anneau que l'on insère, pour ainsi dire, dans les narines de la maladie la plus dangereuse.

ce traitement, les cicatrices caractéristiques de la vilaine maladie ne défigurent jamais le visage pour toute la vie.

Les lotions, que nous avons prescrites dans les cas ci-dessus, peuvent être remplacées par le manteau espagnol, que l'on met 2 fois par jour, 3 fois dans les grandes fièvres, chaque fois pendant une heure ou une heure et demie. Il ne faut jamais oublier, après chaque application, de laver soigneusement le manteau, parce qu'il contient chaque fois une quantité de matières infectes.

Une autre application, qu'on peut employer aussi, consiste, après que le patient s'est mis au lit, à tremper dans l'eau un gros linge plié en double, à l'appliquer sur la poitrine et le bas-ventre en forme de compresse supérieure, et à faire suivre ensuite, de la même manière, la compresse inférieure. En cas de forte chaleur, on peut répéter cette application 2-3 fois dans l'espace d'une demi-journée.

Page 1