Brûlures
L'incendie se déclara dans la demeure d'un paysan. Le propriétaire, occupé à sauver ses effets, tomba dans le feu et se brûla tellement les mains et le visage, qu'il en était tout à fait défiguré. Le médecin lui appliqua des emplâtres sur les endroits endommagés, notamment sur le cuir chevelu totalement dévasté. La peau et la chair se détachèrent des doigts et de l'avant-bras. Désespéré et souffrant horriblement, le malheureux appelait la mort, tandis que le médecin déclarait la guérison impossible.
Le hasard voulut que le curé de la paroisse fût justement absent. Je le remplaçai pendant 3 jours, ce qui m'amena auprès du malheureux. Il me fit pitié et je cherchai le moyen de le soulager au moins un peu, afin qu'il pût mourir tranquillement. Je fis donc éloigner tous ces petits et raides emplâtres, je préparai à la hâte, en agitant avec une plume, une marmelade composée de blanc d'œufs, d'huile de lin et de crème aigre, et j'appliquai, pour couper l'accès à l'air extérieur, une épaisse couche de cet onguent sur les parties endolories. Puis je mis dessus de vieux morceaux de toile, usés, bien mous et trempés dans l'eau froide ; enfin je couvris le tout d'un linge sec, en l'adaptant d'une façon bien unie. Après chaque intervalle de deux heures, le linge sec fut soulevé avec précaution et le linge humide, au moyen d'une éponge, de nouveau humecté douce-
ment, mais abondamment, pour l'empêcher de sécher et de s'attacher à la peau. Matin et soir on enlevait tout l'appareil, pour ajouter en toute hâte de la nouvelle bouillie à la vieille. On a de la peine à croire combien il fallut peu de temps pour le rétablissement du jeune père de famille. Dès la première application je conçus de l'espoir, sans rien dire toutefois : car dès le premier quart d'heure les affreuses douleurs baissèrent un peu, et les convulsions si dangereuses, dont l'imminence s'annonçait déjà par les palpitations inquiétantes de tout le corps, ne se déclarèrent pas. — Pour l'usage interne, je fis donner deux fois par jour une cuillerée d'huile d'olive, qui rafraîchit. L'huile de salade aurait fait le même service. Sous la couche de l'onguent se forma bientôt une peau nouvelle. L'extrême propreté — après les premières journées de souffrance on lavait journellement plusieurs fois les plaies avec de l'eau tiède, pour les déterger et en éloigner toutes les matières puriformes — contribua pour sa part à la guérison. Après quinze jours le paysan se trouva presque remis. Le médecin lui-même déclara qu'il regardait ce retour à la santé presque comme un miracle : il n'aurait jamais cru à la possibilité de guérir de si énormes brûlures.
Un domestique se brûla horriblement le haut du corps par une flamme d'alcool, si bien que l'un des bras, la moitié de la poitrine et un côté de la tête étaient tout couverts de plaques noires, jaunes et rouges, et que la peau se laissait enlever partout. L'aspect était affreux, et le malheureux souffrait des douleurs désespérantes. Le même traitement, indiqué dans le cas précédent, le sauva: au bout de 4 semaines il put retourner à son travail.
Soustraire les parties brûlées à l'air extérieur, maintenir les compresses à l'état humide, renouveler l'onguent réfrigératif, observer une grande propreté, voilà les conditions essentielles de la guérison sûre et rapide des brûlures.
Comme remède domestique contre les brûlures superficielles — c'est spécialement important pour les cuisiniers et les cuisinières — on a en première ligne la choucroute et le liquide contenu dans la tinette. La choucroute est appliquée toute fraîche sur la partie brûlée, tandis que l'eau de la tinette sert à mouiller la compresse. Si le liquide de la tinette à choucroute est trop acre et mordicant, on pourra l'étendre avec de l'eau ordinaire. îl y a des personnes qui donnent la préférence aux pommes de terre, qu'elles râpent et appliquent sous forme de cataplasme ; d'autres aiment mieux l'huile de lin, ou d'autres huiles, qu'on applique une fois et qu'on recouvre d'un plumasseau d'ouate. Tous ces petits moyens sont bons, i
Une personne occupée à la cuisine eut le malheur de se brûler, avec de l'eau bouillante et au feu qui s'élevait en flammes, une main et un bras jusqu'au coude. Le médecin accourut immédiatement; mais, malgré tous ses soins, il ne put guérir la plaie. Après bon nombre de semaines, la personne en question eut recours aux moyens que je viens d'indiquer ci-dessus : ils calmèrent les douleurs dès le premier jour et amenèrent peu à peu la guérison.
Traitement : 1) toute la partie brûlée fut recouverte d'une couche épaisse de l'onguent composé d'huile et de glaire, puis bandée avec un linge humide ; dans les premiers temps l'appareil fut renou-
velé deux fois par jour. 2) Ce qu'il y avait de mortiiîé, de gangrené et de puriforme fut résous et éliminé par une application de fleurs de foin renflées. Il se forma, pendant la guérison, plusieurs abcès, qui furent traités par une décoction de fenugrec. Ce sont ces moyens, employés alternativement, qui sauvèrent une main qu'on avait regardée comme perdue.