‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 129 sur 200 · Scorbut et pyémie · texte numérisé non relu

Scorbut et pyémie

Le scorbut désigne une affection caractérisée par des ecchymoses livides sur la peau et des tuméfactions fongueuses. La pyémie est l'infection du sang avec abcès, le mélange du pus avec le sang, d'où résulte une décomposition de ce dernier.

En revenant d'un sermon de carême je visitai un confrère. J'avais par hasard appris en route qu'on s'attendait à sa fin prochaine. J'entrai. L'ecclésiastique me raconta : « J'ai 25 trous et plaies sur mon corps. Vous voyez ici au visage 5 petits emplâtres ;

j'en ai 20 autres sur le reste du corps. Il se produit très rapidement de petits abcès contenant un liquide brunâtre. Si j'applique un petit emplâtre, il tient un jour; à l'enlèvement, il y adhère ordinairement un peu de chair morte. Je souffre de la sorte depuis des mois et je n'obtiens plus de soulagement. Ce qui m'est encore plus intolérable que les ulcères du corps, c'est l'horrible dégoût que je sens dans la bouche et que je ne saurais décrire à personne. Cher confrère dans le sacerdoce, avez-vous un bon conseil pour un malheureux ? Alors hâtez-vous de le lui donner, il me semble qu'il n'y a pas de temps à perdre. »

Je conseillai au malheureux de prendre, toutes les 2 heures, 4 à 6 cuillerées de thé de sauge et d'absinthe, afin de lui enlever le dégoût du palais. Puis je le quittai, en n'espérant le revoir que dans l'éternité.

Au bout de 5 jours, je vis arriver un messager, qui apporta non point la nouvelle de la mort, mais la bonne nouvelle que le dégoût du palais avait disparu et que le malade avait déjà des envies de manger. Comme le premier conseil avait si par faitement réussi, on me priait d'en donner un second. Je lui prescrivis de s'administrer ou de se faire administrer journellement, pendant quinze jours, des lotions entières à eau froide, en employant pour chaque lotion aussi peu de temps que possible. Je fus de nouveau informé que l'état du malade s'améliorait, que l'appétit allait en augmentant. J'ordonnai alors de prendre chaque jour, pendant quelques semaines; une des deux applications : un jour, le manteau espagnol; le lendemain, la lotion entière. Au bout de quinze jours le curé recommença à dire

sa sainte messe. A partir de ce moment il prit toutes les semaines un bain de fleurs de foin à la température de 28° R., suivi immédiatement d'une lotion froide, et chaque jour soit un demi-bain froid (avec lotion du haut du corps), soit un bain entier (alternant jour par jour). Mon confrère se rétablit complètement et vécut encore vingt-quatre ans, en remplissant avec joie et entrain ses fonctions de curé jusqu'à la fin de sa vie.

Un homme vient me dire : «Je suis malade depuis deux ans et demi, et personne ne peut me soulager. Il y a deux ans, mes pieds se sont enflés fortement et sont devenus tout bleus jusqu'aux genoux. A chaque jambe il se forma 2 trous, d'où s'échappa beaucoup de sang et de pus. Quand les pieds allèrent mieux, le bras droit enfla fortement, devint également tout bleu, et il s'y forma de même des trous. Le bras est à présent rétabli; mais j'ai une tumeur et des douleurs dans le dos, au haut des reins. Parfois le ventre est très gonflé et j'y éprouve de grandes douleurs. Cependant mes souffrances morales sont plus grandes encore que les souffrances physiques dont je vous parle. Il paraît que souvent déjà j'ai déliré. Si cela était permis, j'aurais maintes fois déjà mis fin à mes jours. On a dit souvent que je suis ensorcelé. Quoiqu'il en soit, je ne puis plus devenir plus misérable. »

Je prescrivis : Faites une décoction de paille d'avoine, trempez-y un sac à blé et entrez dans celui-ci comme dans un pantalon, jusqu'aux épaules. Faitesvous envelopper ensuite dans une couverture de laine, restez ainsi pendant 2 heures et, après cela, allez à vos affaires aussi bien que vous le pourrez.

Le second jour vous tremperez dans un liquide pareil, chaud comme la veille, une grosse chemise; vous la tordrez, vous la mettrez et vous vous ferez envelopper dans une couverture de laine. Le troisième jour vous prendrez un demi-maillot trempé de même dans une décoction chaude de paille d'avoine, et vous le garderez pendant une heure et demie. Continuez ainsi pendant quinze jours.

Au bout de ce temps, toutes les tumeurs avaient disparu, une jambe était guérie, l'autre avait encore une petite ouverture ; l'appétit revint et le paysan dut employer alternativement les 3 applications, chaque jour une autre. En 3 semaines tout était rentré dans l'ordre, corps et esprit.

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