‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 128 sur 200 · Infection purulente · texte numérisé non relu

Infection purulente

Une mère de famille s'était égratignée, d'une façon tout à fait iusignifîante, à un doigt; elle ne

savait si c'était avec un clou ou un éclat de bois. Elle se coucha, le soir, sans regarder de près à son petit mal, qui lui semblait si peu de chose. Dès la première nuit elle se réveilla, éprouva au doigt une crampe douloureuse, un grand malaise, un besoin de vomir. Sa lésion se trouvait à la main gauche, tandis que la jambe droite était déjà prise aussi de douleur et de crampes. La main enfla fortement jusqu'au coude et devint rouge comme du feu, et dans l'espace de 10 heures se développa dans le bras entier une douleur presque insupportable. Les veines, d'un rouge tout foncé, ressortaient démesurément jusqu'au coude. Il n'y avait pas de médecin dans l'endroit; il y avait péril en demeure, l'intoxication allait prendre le dessus. Déjà la rougeur dépassait le coude et s'étendait à la moitié de l'arrière-bras.

L'on infusa des fleurs de foin dans l'eau bouillante, et toute la main fut enveloppée dans ces fleurs de foin aussi chaudes que possible. Tout le bras, avec son maillot, fut plongé dans l'infusion chaude des fleurs de foin et y resta durant 8 heures. Le topique exerça une action attractive, à la façon d'un emplâtre épispastique, et réussit ainsi à tirer du sang les matières purulentes. Voilà donc de nouveau une preuve qu'il faut agir au plus vite quand les signes d'une infection du sang se déclarent. Peut-être qu'au bout d'une ou de deux heures la mère de famille eût été victime de la mort. Il est à remarquer que même la langue commençait déjà à prendre une couleur livide. Au bout de 36 heures la peau de la surface de la paume s'était tellement détachée de la chair qu'on aurait pu la peler. Une fois que les crampes du doigt eurent disparu, tout mal cessa naturellement par le fait même.

Joseph tua une vache et se fit, avec le couteau ensanglanté, une profonde blessure dans le pouce. Il n'y prit point garde, jusqu'à ce qu'il éprouva de vives douleurs et que la main enfla tellement, qu'il ne pût plus qu'avec peine remuer les doigts. La chaleur augmenta, et bientôt se déclarèrent des taches jaunes et bleuâtres aux doigts et à la main. Le médecin lui prescrivit des lotions et des ligatures. Mais les douleurs, atteignant déjà le coude, devinrent de plus en plus insupportables, et le m?Jheureux sentit très bien qu'une inflammation spasmodique se développait à l'intérieur, comme du feu.

On m'appela. Je conseillai d'administrer, 4 fois par jour, des bains de vapeur à la main et au bras, de la durée d'une demi-heure chacun. Dans l'intervalle de ces bains de vapeur, le patient enveloppait la main et Tavant-bras dans des fleurs de foin renflées. *

Au bout d'une heure et demie ou de deux heures, c'est-à-dire toutes les fois que la douleur augmentait d'une manière sensible, les fleurs de foin furent renouvelées, c'est-à-dire renflées et appliquées derechef. Ce procédé n'eut pas seulement un effet sédatif, il amena la guérison complète. Dès le soir de la première journée la propagation de l'horrible phlegmasie gangreneuse s'arrêta, et, au bout de 4 jours, toute inflammation avait disparu.

Un monsieur se coupa un cor au pied, qui était enflammé. Il ne se souciait de rien ; mais, peu de

1 Les fleurs de foin, renflées dans l'eau bouillante, sont comprimées et étendues sur un linge ; puis le malade pose dessus la main et l'avant-bras, qui alors sont entourés comme d'un cataplasme et enveloppés chaudement.

jours après, l'inflammation devint telle, qu'on y remarqua tous les symptômes de rempoisonnenicnt du sang. Beaucoup de personnes, qui avaient déjà vu des choses semblables, crurent le malheureux perdu.

Mais voilà qu'il se mit à prendre chaque jour 2 bains de pieds dans une décoction de fleurs de foin (ces dernières doivent rester dans le liquide) et à entourer les pieds de linges trempés dans une décoction de prêle et renouvelés après la première heure. Cette seconde application fut répétée plusieurs fois par jour, durant chaque fois 2 heures. Comme le corps portait déjà des indices de l'intoxication (inappétence, mauvais teint), on ajouta journellement aux susdites applications partielles une lotion du haut du corps et un maillot inférieur d'une heure et demie. En peu de jours le patient fut mis hors de danger, et il fut guéri en 10 jours. En dehors des moyens externes, il prit chaque jour 2 tasses d'une tisane faite d'un mélange d'absinthe et de sauge.

Ces petites infirmités des pieds exigent beaucoup de prudence. Je ne connais pas de meilleur préservatif que la fréquente promenade à pieds nus (ne serait-ce, au besoin, que dans la chambre, p. ex. 15-30 minutes avant le coucher) et les pédiluves, réitérés souvent, à eau froide pour les personnes fortes, à eau tiède pour le monde plus faible. Les soins de propreté à donner aux pieds forment un chapitre important dans l'hygiène générale du corps.

Un ecclésiastique, qui croyait être trop corpulent, voulut, au moyen d'un onguent iodé, que le médecin lui avait prescrit, réduire son cou aux dimensions ordinaires. Pour arriver plus vite à son but, il fit un

usage immodéré de sa pommade. En peu de temps son corps vigoureux maigrit tellement que le poids diminua de moitié. Le médecin le déclara perdu, parce que l'iode avait empoisonné le sang.

Dans ces cas désespérés on ne manque pas de recourir au curc-hydropathe ! Je le dis sans pointe et sans amertume ; c'est pour plaisanter. Je prescrivis au malade des bains chauds à décoction de branches de pin, 28-30° R., suivis d'une ablution froide ; des compresses supérieures et inférieures; l'affusion supérieure et inférieure; le demi-maillot, trempé dans une décoction de branches de pin : chaque jour 2 applications dans l'ordre indiqué. En outre, le patient dut se promener nu-pieds dans l'herbe mouillée par la rosée. Pour l'usage interne il prit journellement une pincée de craie réduite en poudre ou de chaux éteinte, délayée dans un demi-litre d'eau et partagée en 2-4 portions ; de même chaque jour 1 ou 2 cuillerées d'huile de Provence, et à côté de tout cela une nourriture simple et substantielle.

Cette fois encore l'eau a fait son office admirablement.

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