Apoplexie
Paul a eu une attaque d'apoplexie. La moitié du côté droit est paralysée, la bouche affreusement distordue, l'œil droit enfoncé, l'aponévrose de l'œii paralysée, la langue embarrassée, le courage brisé. Le médecin, appelé en toute hâte, déclare qu'il n'y a rien à faire pour le moment, qu'il faut attendre pour voir s'il survient une seconde attaque; mais qu'en attendant le malade pourrait boire chaque jour un peu d'eau minérale amère.
Le patient ne se contenta pas de cette recette. Il fit immédiatement un essai hydrothérapique, et fut rétabh en 12 jours. Il y a treize ans depuis lors, et notre professeur, âgé mais robuste, enseigna encore de nombreuses années.
Comment s'est-il guéri ? Si le rouage d'une hor-
loge est troublé dans sa marche régulière par une cause quelconque, une chute ou un heurt, il s'arrête ou fonctionne mal. Il se peut que toutes les roues, jusqu'aux plus petites, soient restées intactes; mais il s'y est introduit quelque chose, ou il existe une tension et une pression réciproque entre elles, et de cette manière l'accord n'est plus possible. Il faut réparer l'horloge, remettre tout en ordre, éloigner ce qui est superflu, et alors toutes les parties, dans leur subordination accoutumée, agiront de nouveau de concert pour faire marcher le tout. Il peut en être de même du rouage vivant de notre corps. Un trouble-fête intérieur, p. ex. un de ces engorgements si fréquents dans la vieillesse, où les organes se déboîtent facilement, n'a pas lésé la bouche, la langue, l'œil, etc., mais il les a fait sortir de leur place naturelle. Eloignez le brouillon, aussitôt l'ordre et la paix reviendront. Je vais vous aider.
Un bain de vapeur de la tête, suivi d'une afïusion, exercera dans les parties supérieures du corps une action résolutive, tandis qu'un bain de vapeur des pieds fera ce même office dans les extrémités inférieures du corps. Le malade prendra ensuite un bain chaud suivi d'un bain froid ou d'une lotion froide, ce qui détermine également une résolution et diminue en même temps l'afflux du sang au cerveau. Quand ainsi on aura enlevé les obstructions et rendu au cours du sang sa marche régulière, il sera temps d'huiler toute la machine moyennant une nourriture substantielle, en évitant le trop-plein et tous les stimulants, comme vins forts, spiritueux, épices, etc.. Il faut aussi se garder soigneusement de toutes les excitations morales , comme efforts , émotions...
Un curé fut frappé d'un coup d'apoplexie. Une main, un pied, un côté se trouvèrent totalement paralysés, la parole et le sentiment perdus. Plusieurs jours durant on employa des médicaments — en vain. Le médecin déclara finalement que l'un des côtés était et resterait paralysé, que l'autre côté le serait aussi à la suite d'une seconde attaque, et que cette dernière mettrait fin à la vie. Un essai hydrothérapique, me dis-je alors, ne saurait porter préjudice dans de pareilles conditions. Aussitôt dit, aussitôt fait : le pied et le bras refroidis furent vigoureusement lavés avec de l'eau froide. Au second jour on administra 2 pédiluves chauds, pendant qu'on lava vigoureusement les pieds, et 4 lotions du haut du corps. Le troisième jour on remarquait déjà que dans les deux membres il y avait encore du sentiment et de la vie. Le courage vint : au quatrième jour nous mîmes, avec beaucoup de peine, à ce corps immobilisé un maillot inférieur d'une heure et nous posâmes 2 fois ces pieds à moitié morts dans un pédiluve chaud animé de sel et de cendres. — On continua ainsi pendant quinze jours. Après ces 2 semaines le patient put déjà un peu s'aider lui-même, en nous présentant la main et le pied, et il essayait avec bonheur de soulever le bras. — A partir de ce moment on eut recours, pendant 3 semaines, à la lotion des extrémités inférieures et du haut du corps, une fois par jour, et à des lotions totales alternant avec des bains de vapeur de la tête et des pieds, une fois par semaine. Deî5 forces nouvelles pénétrèrent dans cet arbre abattu, et l'appétit augmenta. — Les 3 semaines suivantes furent occupées par des bains chauds avec alternative de bains froids, une fois par semaine; un bain de, vapeur de
la tête, un bain de vapeur des pieds et trois demibains avec lotion du haut du corps (une minute durant) par semaine. Pour finir, on administra des affusions supérieures et inférieures alternant avec le manteau espagnol.
Cette cure fut sans doute longue, difficile et pénible. Mais le patient se rétablit assez pour pouvoir dire chaque jour sa sainte messe, visiter les malades, chanter des grand'messes, soigner toutes ses écritures. La seule chose qu'il ne put plus entreprendre, c'est la prédication : la langue avait trop souffert et éprouvait beaucoup d'embarras dans la prononciation de certains mots. Sa santé est restée bonne jusqu'à cette heare, et voilà dix ans que l'attaque d'apoplexie, décrite ci-dessus, a eu lieu.
Un homme de quarante-cinq ans fut subitement frappé d'apoplexie. La main droite et le pied droit furent paralysés : sans mouvement et sans sentiment. L'appétit fut également enlevé A ce malade on lava chaque jour le haut du corps et les pieds avec un liquide tout chaud, moitié eau, moitié vinaigre. Il prit 3 fois par jour 30 gouttes d'absinthe, de sauge et de ménianthe. Au bout de quinze jours la main et le pied avaient de nouveau le calorique et le sentiment voulus, et le patient pouvait se promener dans la chambre. L'appétit grandit, le côté paralisé reprit peu à peu des forces et, peu de jours après, le corps fut de nouveau en ordre. Remarquons ici que ce malade avait bu beaucoup d'alcool, origine de son infirmité. Pour parfaire sa santé, il dut prendre 8-10 bains dans une décoction de paille d'avoine ou de branches de pin, à la température de 30-32° R. et 20 minutes durant. A ces bains succédait chaque
fois une ablution froide ou un demi-bain froid avec lotion du haut du corps.
Un homme a été frappé d'apoplexie : un côté et la langue étaient paralysés, et le malade sans connaissance. Il resta dans cet état pendant 10 jours, tandis qu'un médecin le traitait. Ce dernier finit par déclarer qu'il n'y avait rien à faire et qu'une nouvelle attaque ne se ferait plus attendre longtemps.
On me pria instamment d'intervenir. Je résolus d'administrer tout d'abord un bain de vapeur à la tête. Le malade était couché. Sur un escabeau placé devant le lit je fis mettre un baquet à moitié rempli d'eau bouillante (avec quelques poignées de fleurs de foin) ; la partie supérieure du corps fut rapprochée du bord du lit et recouverte d'une couverture de laine de telle sorte que, sous la couverture, les vapeurs pussent monter et envahir la tête et le haut du corps. Au bout de 10 minutes, la transpiration parut et continua pendant 15-20 minutes, à tel point que l'eau lui ruisselait sur le corps. Aussitôt après, le haut du corps et la tête furent énergiquement lavés avec de l'eau fraîche mêlée de vinaigre; puis le malade fut remis dans son lit, pour se reposer. Le même jour on réitéra la lotion, mais sans bain de vapeur. Le lendemain on administra un bain de vapeur (de 25 minutes) aux pieds du patient, qui restait toujours sans connaissance. Le corps entra dans la plus abondante sueur et fut de nouveau lavé, aussitôt après. Le troisième jour suivit un bain de vapeur de la tête, le quatrième un bain de vapeur des pieds. Au cinquième jour le malade reprit connaissance, la vie rentra dans le côté ; le bras et le pied paralysés purent se remuer. Dans les 3 jours
suivants il fut, chaque jour 2 fois, lavé entièrement avec de l'eau et du vinaigre. Maintenant la parole revint aussi en partie ; mais la guérison ne fut complète qu'au bout de 3 semaines. A partir de ce moment on employa 3 applications différentes ; a) lotion totale, hj compresse supérieure et cj compresse inférieure, alternant matin et soir. En peu de jours le malade se remit si bien qu'on put lui appliquer chaque matin une affusion des genoux et chaque après-midi une affusion supérieure. Ces opérations étaient parfois remplacées par une lotion entière. Quand il fut en état de marcher, il prit des demi-bains et des affusions supérieures avec affusion des genoux, alternativement matin et soir.
La guérison fut si heureuse que cet homme est encore, à l'heure présente, après douze ans, très robuste et qu'il peut sans peine remplir ses fonctions.
Une observation générale pourrait rendre service à l'un ou à l'autre de mes lecteurs. Survient-il un coup d'apoplexie avec paralysie partielle, il faut immédiatement pratiquer de fortes lotions froides au dos, à la poitrine et au bas-ventre, 2-4 fois par jour. On peut mélanger l'eau avec un peu de sel ou de vinaigre. — De même aussi lavez les pieds, les jambes et les bras, pour distribuer partout le sang d'une manière uniforme et pour généraliser le calorique du corps. Toutes les lotions — je ne puis le répéter assez — doivent se faire avec la plus grande hâte, ne jamais prendre au delà d'une minute.
Si la paralysie n'est que partielle et que le malade puisse s'asseoir, il faut commencer par administrer à la tête un bain de vapeur de 20 minutes et faire suivre une vigoureuse ablution du haut du corps :
le résultat en sera excellent. Après un intervalle de de 4-6 heures, répéter le bain de vapeur et l'ablution; à la place de cette dernière, on pourrait donner une affusion inférieure. A ces opérations peuvent succéder les lotions mentionnées ci-dessus.
Dans le début il faut se garder surtout des maillots entiers, puisque la chaleur naturelle est trop faible et ne peut être remplacée. Je connais un cas où le médecin voulut sauver et guérir le malade au moyen des enveloppements. La première application fit du bien ; mais à la deuxième le malade resta froid et tout le corps devint livide. On ne put le réchauffer qu'en lui amenant beaucoup de calorique du dehors.