Danse de Saint-Guy
Un père de famille vint me raconter : « J'ai une fille qui compte maintenant dix ans et qui n'était jamais tout à fait bien portante. Sa dentition fut si laborieuse, que nous craignions pour ses jours. Puis une de ses jambes devint plus grêle que l'autre. Maintenant elle a la danse de Saint-Guy. Elle ne peut ni^mangerni dormir; et les convulsions, quand elles viennent la saisir, la mettent dans une situation
effroyable. J'ai consulté plusieurs médecins; mais l'état de la petite empire toujours. »
Brave homme, lui répondis-je, faites bouillir du regain dans l'eau pendant une demi-heure, mais prenez-en beaucoup, afin que la décoction devienne épaisse, et ajoutez-y un peu de sel. Puis prenez une chemise de grosse toile, trempez-la dans ce liquide, tordez-la et revêtez-en la pauvrette, que vous envelopperez ensuite dans une couverture de laine. Laissez la malade dans ce maillot durant une heure et demie ou même deux heures ; si elle s'endort, ne la réveillez pas, lors même que le temps marqué serait écoulé. Faites cela chaque jour pendant une semaine, et revenez alors chez moi.
Huit jours plus tard il revint et me dit : « Monsieur le curé, la fillette a une horrible éruption sur tout son corps, surtout au dos et à la poitrine; mais elle devient alerte, ne sent plus de douleur, et les crampes sont éloignées ; elle dort bien et commence à avoir de l'appétit. Qu'y a-t-il à faire désormais ? »
A partir de maintenant, lui dis-je, mettez à l'enfant la chemise mouillée tous les 3 jours seulement. Quand vous aurez continué pendant quinze jours, votre fille sera rétablie. Donnez-lui, en outre, chaque jour une vingtaine des gouttes que voici, en les mélangeant avec de l'eau. — Je lui remis de l'essence d'absinthe, dont il est parlé dans la 2^ partie de ce livre.