Influenza
Dans ces derniers temps on parlait beaucoup d'une nouvelle maladie désignée sous le nom d'Jnfluenza, ; mais on ne disait rien ou peu du moyen de la guérir avec sûreté et promptitude. Les médecins lui attribuent un caractère épidémique et prétendent qu'elle se communique par l'atmosphère. Quant à moi, je la prends, à peu de chose près, pour ce qu'on appelle communément grippe. *
L'influenza se déclare volontiers et rapidement à la suite d'un changement subit de température. Comme nous vivons dans le siècle de l'amollissement, la modification de la nature extérieure a facilement prise sur la nature intérieure : le froid de l'atmosphère se met en conflit avec le calorique du corps, et ce conflit, surtout quand le cou et la tête sont trop enveloppés, se termine aisément au préjudice de l'organisme humain, en provoquant à la gorge une inflammation, qui ne tarde pas à s'étendre à la tête, à la poitrine, au corps tout entier.
Quant aux symptômes de cette maladie, je vais vous les indiquer dans un cas pratique. Voici venir
* La grippe est une affection épidémique caractérisée principalement par un catarrhe bronchique ou une angine, et par des douleurs musculaires et un affaissement considérable des forces. Les muqueuses des bronches, des fosses nasales et des yeux sont prises : il y a de la céphalalgie, de la courbature, de l'abattement, de la fièvre. Bien que le catarrhe, le coryza et l'angine constituent, pour ainsi dire, la grippe, elle ne ressemble ni à l'une ni à l'autre de ces maladies.
Antonin Bossu.
un domestique qui me raconte : « Hier soir j'étais fort et bien portant, je ne sentais aucun malaise; ce matin, au contraire, je me trouve à moitié paralysé, je ne puis presque plus marcher, mes pieds tremblent. J'ai tellement mal à la tête, que j'en suis tout étourdi, et au cou je sens un tel picotement et une telle cuisson, que je ne puis rien avaler. »
A ce patient, atteint si vite de l'influenza, je prescrivis le traitement suivant : Rentrez chez vous sans retard et couchez-vous ; lavez-vous avec de l'eau toute froide le cou, la poitrine, tout le haut du corps ; entourez alors le cou d'un linge sec (serviette ou essuie-main) et couvrez-vous chaudement, mais pas trop lourdement. Répétez cette opération 10 fois en 10 heures. Après cela il faut laver le corps tout entier avec de l'eau froide, aussi rapidement que possible. Enfin, après chaque heure prenez une cuillerée d'eau.
A la suite de la lotion entière une telle sueur vint à couvrir le corps, que bientôt le malade alité se trouvait tout en nage. Cette sueur a emporté les derniers vestiges de la maladie, et le valet de labour se sentit complètement remis.
Vous demanderez peut-être comment ces applications si simples de l'eau ont pu agir sur la maladie. Eh bien! écoutez, cher ami. Le froid avait gagné le dessus dans la gorge, où il occasionna une inflammation. Celle-ci provoqua un afflux de sang, ce qui fit que le sang se trouva accumulé dans la tête et dans la gorge, tandis que les extrémités se refroidirent faute de sang. Au moyen des lotions les pores s'ouvrirent ; un nouveau calorique, surtout par l'effet du maillot sec de l'essuie-main, se développa à la surface cutanée. De cette manière s'établit au cou
et à la tête une exhalation qui élimina tout dans l'espace de temps indiqué. Le linge sec exerça une action attractive, l'eau eut un effet résolutif, et ainsi fut expulsé tout ce qu'il y avait de morbifique dans le corps. L'eau prise en boisson agit aussi, à l'intérieur, d'une manière résolutive et éliminatrice. Pendant que les lotions et les enveloppements au haut du corps eurent un effet localisé, l'action de la lotion entière s'étendit au corps tout entier. Les pores furent ouverts, les lotions développèrent le calorique du corps, et la chaleur du lit élimina toutes les humeurs morbides de l'organisme. C'est ainsi qu'il fut possible de se débarrasser, en 18 heures, de l'hôte malencontreux.