Fluxion de poitrine
La fluxion de poitrine désigne tantôt la pneumonie et tantôt la pleurésie^ quelquefois même la réunion de ces deux maladies, qui existent souvent en même temps. La pneumonie consiste dans l'inflammation du tissu même des poumons, tandis que la pleurésie est l'inflammation de la membrane qui tapisse le poumon extérieurement (plèvres).
Marguerite est couchée au lit. Elle a une toux violente, sèche, accompagnée de grandes nausées, et la fièvre augmente d'heure en heure. Elle éprouve à la poitrine et à l'un des côtés une cuisson, un élancement. Le médecin déclare qu'il se prépare une inflammation de poumon. Comment venir en aide à la malade ? Tout enfant sait qu'une éponge peut absorber et contenir une grande quantité d'eau. Ne doit-il pas y avoir également des moyens capables d'attirer, d'absorber et de retenir la chaleur, comme l'éponge fait pour l'eau? Oui, il y a de pareils
moyens, et ils sont à notre disposition. Il n'est pas de paysanne chez nous qui ne connaisse le fromage en pot, appelé aussi fromage mou, fromage blanc, fromage écrémé, fromage à la pie, etc.. C'est un laitage caillé, écrémé et égoutté. Au moyen du petitlait on le réduit en pâte fine, qu'on étend, à l'épaisseur d'une forte lame de couteau, sur un morceau de linge; puis on applique ce cataplasme sur la partie brûlante, d'où l'inflammation menace de se propager. Je ne connais pas de remède qui ait la vertu d'attirer et d'absorber plus la chaleur. J'ai vu calmer ainsi et faire cesser entièrement les inflammations les plus cuisantes au moyen d'une pareille application, répétée 2-4 fois par jour, suivant le degré de la chaleur. Je connais beaucoup de personnes qui, notamment dans l'inflammation du poumon, ne durent leur salut qu'à cette application si simple.
Pour l'usage interne le malade doit prendre, comme calmant, 2 fois par jour, une cuillerée d'huile à salade.
Si ces moyens ne suffisent pas, c'est-à-dire si la chaleur reste forte, l'on peut faire suivre les applications d'eau. On enveloppera le malade, depuis le dessous des bras, dans un drap mouillé (maillot inférieur), ce qu'on réitérera 2 fois par jour. (Je ne reviens plus sur la manière de couvrir; voir ce qui est dit à l'article des maillots et des compresses). Ou bien on enveloppera les 2 pieds, jusqu'au-dessus de la cheville, dans des linges trempés dans l'eau (une petite addition de vinaigre ne ferait que du bien) et renouvelés aussi souvent qu'ils deviennent très chauds. A la place des linges l'on pourrait aussi se servir de chaussettes mouillées, par- dessus lesquelles on mettrait des bas secs.
Si notre Marguerite emploie ce cataplasme de fromage pendant 3-5 jours, dès le début de la maladie, elle pourra être guérie dans 6-7 jours, dans 9-10 jours au plus tard.
De même que les poumons, d'autres parties nobles du corps peuvent s'enflammer également. Il peut y avoir inflammation des plèvres, du diaphragme, du péritoine et autres. Les principes et les procédés thérapeutiques, que nous venons de décrire, comptent pour toutes ces affections : révulsion du sang, c'est-à-dire division et détournement du sang, puis réfrigération des parties enflammées-, c'est-à-dire soustraction de calorique par l'effet du froid.
Une fois je fus appelé à minuit auprès d'un malade qui perdait la respiration et souffrait beaucoup de toux et de nausées. A l'un des côtés de la poitrine il sentait comme des coups de couteau ; le corps tout entier était horriblement brûlant. Je refusai d'administrer le malade et de le préparer à la mort, comme le demandait la famille ; mais j'ordonnai de l'envelopper, depuis le dessous des bras, dans un drap mouillé (maillot inférieur) et de lui appliquer un cataplasme de fromage mou sur la partie endolorie, tandis qu'il but une cuillerée d'huile à salade. L'effet en fut heureux. On continua ainsi pendant 6 jours et le malade se trouva hors de danger.
Si quelqu'un vient à mourir d'une fluxion de poitrine ou d'une autre inflammation, que s'est-il passé à l'intérieur? Quelle idée pouvons-nous nous en faire ? L'extérieur reflète l'intérieur. Vous avez certainement déjà vu chez d'autres un de ces phlegmons — on les appelle furoncles — ou vous en avez déjà eu vous-même au bras, à la main, au pied, au dos, à la poitrine, à l'estomac, etc. Comment se
développent-ils ? Quand une tumeur de ce genre se développe quelque part, aussitôt apparaît une rougeur et l'on ressent une brûlure à l'intérieur. Le gonflement augmente, et au bout d'un certain temps on remarque au sommet de ces abcès, qu'ils soient grands ou petits, un point blanc et saillant. On dit alors que l'abcès est mûr, et on l'ouvre soit par incision, soit par compression. Il en découle du pus et du sang corrompu. Tant mieux !
De pareils phlegmons ou clous causent généralement de grandes douleurs, non seulement à la main, au pied, etc., où ils se sont établis; on les sent dans tout le corps, on a mal partout. C'est la preuve la plus évidente que le corps entier participe à la souffrance d'un organe particulier, même dans des affections si peu considérables. Il en résulte logiquen^ent que le corps 'tout entier s'en trouve bien, si ces tumeurs guérissent parfaitement, et qu'il en souffre, si on les néglige.
Si un phlegmon de proportions considérables n'arrive pas à se circonscrire, à devenir saillant, alors l'endroit malade devient peu à peu livide et rougebrun. Le sang se décompose, et le sang altéré va exercer une action morbifique. Une morsure du redoutable serpent à sonnettes, une goutte de venin du serpent dans le sang suffit pour amener la mort au bout de quelques minutes. Un pareil sang est du poison. S'il vient à se mêler au bon sang, il l'infecte et produit ainsi un empoisonnement du sang. Si cette intoxication ne peut être arrêtée, elle amène toujours la mort. Ce n'est pas autrement qu'il faut se figurer la marche des choses dans notre intérieur. L'empoisonnement n'agit que d'autant plus vite et sévit d'une manière plus funeste, si des organes
nobles sont atteints. Un tel est mort d'une intoxication du sang ou d'une infection purulente, comme s'exprime le langage moderne, ou encore, il est mort du charbon, comme disent les vieilles bonnes gens; c'est la même chose sous des noms divers.
Martin, un fovt et bel homme, est pris d'une forte fièvre. D'abord un frisson terrible le secoue ; puis une chaleur ardente s'empare de lui. Sa tête est si chaude que le médecin conclue à une inflammation du cerveau. Tout son intérieur est en flamme, la chaleur se manifeste à travers la bouche par une respiration brûlante : comme le feu consume le bûcher, ainsi la fournaise du corps se hâte de brûler et de calciner les organes intérieurs. Les prodromes du mal furent la céphalalgie, l'abattement, la fatigue et le frisson. En dehors de la fièvre le malade ne sent maintenant nulle part de douleur spéciale. Dix jours après le malheureux était un cadavre, et l'autopsie prouva que le cerveau était intact, mais que la mort avait été amenée par l'inflammation du poumon.
Comment auriez vous traité ce cas ? me demandat-on. D'abord une remarque. Ce cas montre clairement combien le diagnostic, l'art de reconnaître la maladie d'après les symptômes, peut facilement tromper. Dans l'inflammation du poumon on constate presque toujours des élancements et une chaleur brûlante dans la région pulmonaire, de la toux et des nausées. Notre malade n'éprouvait rien de semblable. Comme l'allopathe agit durement dans de pareils cas ! J'aurai peut-être une fois l'occasion d'en dire davantage. Remarquez-le bien, souvent le temps presse, l'inflammation a déjà pris de grandes
proportions. La pompe à incendie ne doit pas manquer le feu, autrement c'en est fait. Je ne puis me servir ici de gouttes et de cuillerées : le feu les dévore aussitôt. Dans ces cas désespérés mon principe — personne ne l'attaquera — est tout simplement celui-ci : Quand il y a un incendie, allez éteindre, éteignez d'abord là où le feu est plus fort; tout le corps est-il en feu, eh bien ! allez éteindre sur tout le corps ! Peut-être vous rendrez-vous maître de l'incendie tout entier; dans tous les cas vous le réduirez, et vous aurez un peu de répit pour respirer et pour réfléchir.
J'aurais fait administrer au pauvre Martin, pendant 3-4 heures, à des intervalles de 30 minutes, une lotion de la poitrine et de l'abdomen. La violence du feu aurait été amortie pour autant. Ensuite, j'aurais continué d'éteindre par des compresses supérieures et inférieures — ces dernières bien épaisses, c'est-à-dire pliées en plusieurs doubles, — par des chaussettes mouillées ou des maillots de pieds remontant jusqu'au-dessus des chevilles et renouvelés après chaque heure. Si le malade a eu de solides poumons — et je crois que c'était le cas, puisqu'il ne sentait pas de douleur au plus haut degré de la fluxion — il aurait dû, humainement parlant, c'est-à-dire à moins que Dieu, dans ses desseins impénétrables^ n'eût disposé autrement, être sauvé.