XVI. MALADIES DU CŒUR
Dans nos temps agités il y a un nombre incalculable de personnes qui souffrent des nerfs, de l'estomac et du cœur. Ces 3 organes sont les boucs émissaires qu'on charge de tout. Ainsi, un homme, qui a été bien portant pendant vingt ou trente ans et qui n'a, pour ainsi dire, jamais senti où se trouve son cœur, devient-il maladif, voilà qu'aussitôt il a une maladie de cœur, peut-être même un défaut organique et incurable du cœur. Vaines paroles! Affirmations gratuites ! Depuis des années mon expérience m'a démontré, dans nombre de cas, que la plupart de ces maladies de cœur, devant avoir leur, siège soit aux artères, soit aux valvules ou ailleurs, n'existaient point en réalité. Sur 100 cas où les malades se croyaient atteints au cœur ou étaient traités comme tels, il y en avait fort peu, où le cœur était véritablement affecté. Le cœur comptait généralement parmi les organes les plus sains; mais il existait certaines influences, qui agissaient sur lui et le rendaient momentanément souffrant. Le chat le mieux portant criera, si on lui pince la queue; la meilleure pendule ne marchera plus, si je dépends les poids, et la flûte la plus merveilleuse refusera le service, si les languettes sont obstruées ou rouillées. De même aussi le cœur le plus sain peut être entravé et dérangé dans ses fonctions, si un ennema quelconque, caché dans l'organisme, vient à l'étrangler en quelque sorte. Il faut chercher cet ennemi, écarter certains obstacles, et il ne restera plus trace d'une maladie de cœur.
Cela me fâche toujours, quand j'entends dire : Une maladie du cœur! Une affection du cœur! On inquiète le monde sans motif et l'on ajoute à la surexcitation déjà existante une surexcitation nouvelle.
Un homme, à la fleur de l'âge, vint me trouver en se lamentant que, d'après les déclarations des médecins, il avait une maladie de cœur, que le cœur se dilatait trop. Je m'informai minutieusement si jamais il avait été malade. Il répondit négativement à mes questions ; mais, après un moment de réflexion, il crut devoir avouer qu'il avait un exanthème à une jambe, au-dessous du jarret. Cela me suffit. La nature vigoureuse s'était, pour ainsi dire, elle-même creusé, à l'endroit malade, un canal destiné à expulser les humeurs malsaines. Ma tâche consista donc uniquement à donner un coup de main à la nature, qui se curait elle-même, à l'aider dans son travail éhminateur. Sur le cœur, au contraire, je ne voulus exercer aucune action. Le malade me fit encore remarquer que toutes les fois que l'éruption était plus forte, il se sentait à l'aise dans la région du cœur, mais que, cette éruption disparaissant en tout ou en partie, il éprouvait de terribles palpitations. Voilà tout à fait mon affaire. Le patient reçut 2 fois par semaine le demi-maillot, et 1 fois le maillot inférieur, le manteau espagnol et le bain de vapeur des pieds. Le manteau espagnol exerça une action résolutive et dérivative sur tout le corps, tandis que le demi-maillot agit principalement sur le bas-ventre, le maillot inférieur acheva l'œuvre du demi-maillot et le bain de vapeur des pieds attira, d'une façon effi.cace, vers les régions inférieures ce qui restait encore d'éléments malsains. Dans l'es-
pace de 3 semaines le corps évacua une quantité cle matières morbides, et la maladie du cœur avait complètement disparu, sans plus laisser de trace. Si jadis, comme aussi après la guérison du corps, il n'y a pas eu de maladie du cœur, ne pourrai-je pas dire, à juste titre, qu'il n'y en a jamais eu, en aucun temps?
Un jour, à 10 heures du soir, je fus appelé auprès d'une mère de famille, que la difficulté de la respiration empêchait de parler. Les palpitations du cœur étaient si violentes qu'on en pouvait parfaitement remarquer les mouvements sur la couverture du lit et même en entendre les battements à une certaine distance. Un goût très sucré se manifestait au palais de la malade, qui craignait de mourir d'une hémorragie, d'autant plus que sa mère aussi en était morte la même année. Le médecin avait déclaré qu'elle souffrait de plusieurs maladies, en première ligne d'une maladie de cœur. Les mains et les pieds étaient tout froids, et un besoin de tousser la tourmentait continuellement.
Mains froides , pieds froids , palpitations d'une force extraordinaire, que dit tout cela? Il faut sans doute en conclure que tout le sang a quitté les extrémités pour refluer vers son foyer primitif, le cœur; et le voilà qui cherche de nouveau une issue. De là ces palpitations et ces coups de marteau, comme s'il voulait briser les verrous et forcer les portes, c'est-à-dire les valvules du cœur et les artères. Vous avez' certainement déjà observé de quelle manière l'eau, qui, à la suite d'une pluie battante, s'est amassée dans un endroit sans issue, cherche à s'ouvrir un chemin : avec quel bruit, quel mugissement, quelle violence ne se fraie-t-elle pas un passage?
Les horribles battements du cœur de la pauvre femme furent , en 5 minutes , considérablement amoindris par l'application d'un linge plié en deux, et mouillé sur le bas-ventre, où fut opérée ainsi une révulsion du sang, semblable à un enfant qui se laisse conduire par la main. Après 10 minutes, ils s'arrêtèrent, et le cœur, où s'était trouvé le défaut capital, fut libre. Comme applications ultérieures, la malade reçut, le premier jour, 2 lotions entières dans le lit; le second jour, le manteau espagnol; le troisième, un bain de vapeur de la tête, et le quatrième, un bain de vapeur des pieds. Cette série d'applications fut continuée pendant un certain temps. Le bas-ventre, qui ne voulait pas entendre raison, était le principal coupable, et c'est lui qui avait été, en tout cas, le meneur et l'instigateur de la violente crise. En attendant, l'eau finit par le calmer aussi, et tout rentra dans l'ordre. Autant que je sache, il ne manqua plus jamais rien à ce cœur.
Un homme de qualité était souffrant depuis des années et ne pouvait que difficilement faire face à ses devoirs d'état. Une anxiété extraordinaire augmentait ses tourments : le moindre incident lui occasionnait des battements de cœur, de l'agitation, de l'inquiétude; son entourage ne pouvait lui annoncer les nouvelles qu'avec beaucoup de ménagements, vu que la joie et la peine produisaient toujours des troubles dans les pulsations de son cœur. En été, comme en hiver, il fallait chauffer les chambres et faire bien attention pour entretenir sans cesse une chaleur égale. Les médecins les plus célèbres furent consultés, et leur consultation aboutit à dire que le
patient, abstraction faite d'une maladie des poumons, d'une affection du foie et des hémorroïdes, avait un défaut organique du cœur, qui finirait probablement par un coup d'apoplexie. Le sujet mourut effectivement. En considération de l'étrange maladie, on procéda à l'autopsie du cadavre. Et que trouva-t-on? On trouva que les poumons, le foie et le cœur comptaient parmi les organes les plus sains, mais qu'il s'était simplement amassé une couche de graisse autour du cœur et sur la poitrine. Donc le monsieur est mort, à proprement parler, d'anémie : le sang, absorbé par la formation des muscles et de la graisse, finit par faire défaut. Un médecin, témoin oculaire, me l'a raconté lui-même, et il ajouta : « Voilà un cas où la science a été trompée une fois de plus. »
Une jeune fille gémit : « Chaque fois, dit-elle, que je marche vite, que je m'effraie, que j'ai peur, que j'entends raconter un malheur, je sens une forte pression dans la région du cœur, et le cœur bat si fortement que je crains de mourir subitement. Avec cela les mains et les pieds se refroidissent, et le cœur est envahi par une grande chaleur. C'est que deux médecins me l'ont aussi attesté, j'ai une maladie de cœur. »
Une maladie de cœur, naturellement ! Cela pourrait-il être autre chose? Et pourtant le cas était clair, clair comme le soleil. Un enfant se trouve-t-il assis sous la porte, quand un gros chien vient à passer, l'enfant crie, se lève et s'enfuit effrayé dans la maison en criant : maman, maman! De même, quand le pauvre cœur est effrayé de certains événements, il crie, il bondit, il palpite; le sang quitte les portes de la maison, les extrémités du corps; il
se précipite dans la maison, dans le cœur, et celui-ci se met alors à battre et à crier plus fort, de manière qu'on l'entend à distance. Qu'y a-t-il d'étonnant à cela? Où est la maladie du cœur?
Cette fille doit commencer par jeter tout cet habillement inutile et nuisible, dont elle a l'habitude de "s'emmitoufler, puis se mettre aux moyens faciles d'endurcir le corps. La tendre créature ne se laissera plus eflÉrayer alors par l'aboiement d'un roquet ou par le sifflet d'une locomotive. Elle devra, 3 fois par jour, chaque fois pendant une minute, se tenir dans l'eau froide jusque par-dessus les mollets, et immerger autant de fois les bras tout entiers dans l'eau froide : excellents moyens de se fortifier. Si l'eau devait lui paraître froide, l'âme candide pourra souffler dessus et la réchauffer de son haleine. Probatum est! Ces exercices dureront une semaine. Puis la malade pourra, 3 fois par semaine, se lever brusquement de nuit pour se laver entièrement le corps, et entrer une fois par semaine dans l'eau fraîche jusque sous les bras pendant une demi-minute, en lavant énergiquement la partie supérieure du corps. Voilà les opérations de la seconde semaine. Pendant la troisième et la quatrième semaine, la malade devra se faire donner journellement 2 affusions supérieures et inférieures, puis chercher à se réchauffer par le travail ou par le mouvement. Au bout de 6 semaines la jeune fille était guérie et toute trace de la maladie du cœur effacée par l'eau.
Une demoiselle arrive et demande la guérison en racontant ce qui suit : « J'ai passé avec le numéro î mon examen comme maîtresse de musique, et pendant six ans j'ai enseigné la musique dans une insti-
tution religieuse. A présent j'ai tant mal à la tête y que je ne puis presque plus entendre un instrument, ni orgue, ni piano, ni violon. Même le son de la sonnette à l'autel me perce la tête. Les médecins me disent que j'ai une maladie de nerfs et de cœur. Si j'étais bien portante, je serais admise au couvent; mais me voilà incapable de gagner mon pain et, par-dessus tout, j'endure au physique et au moral d'indescriptibles tourments. »
Je répondis : «Je ne puis vous guérir; il faut que vous cherchiez remède ailleurs. » Sur sa demande pourquoi je lui donnais une réponse aussi dure, je lui répliquai : «Vous comme personne de la ville, avec vos hautes études, avec de pareilles connaissances littéraires et musicales, vous ne feriez tout de même pas ce que je voudrais ; au reste, votre état, quoique déplorable, est susceptible de guérison. » Sur un ton résolu elle déclara : « Pour retrouver la santé, je ferai tout ce que vous désirez. » Elle a tenu parole. On était au mois de mars; je l'envoyai pendant 10 jours avec les servantes dans les prés, où elle devait marcher nu-pieds. Journellement je lui fis prendre, pour la transition insensible au froid, un pédiluve chaud et une affusion supérieure. Après 6 jours, au lieu du bain de pieds, je lui ordonnai de s'agenouiller chaque jour dans l'eau, de manière que le liquide atteignit la hauteur de l'estomac. Pour se donner du mouvement, elle prit part aux travaux des champs autant que le lui permettaient ses aptitudes et ses forces. Au bout de 10 jours, notre demoiselle alla trouver son bienfaiteur, qui lui avait ménagé l'occasion de s'instruire et qui lui avait aussi conseillé le traitement par l'eau froide. Au lieu de reprendre l'archet du violon et
les cahiers de musique, elle continua les exercices hydrothérapiques et mania avec bonheur la bêche, le râteau et la fourche. A mesure que le corps se fortifia et perdit sa langueur, la santé revint et la maladie du cœur et des nerfs disparut. Au bout de 4 mois elle était guérie, la santé et la fraîcheur de l'enfance avaient reparu.
Un étudiant en théologie vint me consulter. Il ne se sentait pas du tout à son aise, et les médecins prétendaient qu'il avait, entre autres choses, une maladie de coeur. Il aurait pourtant désiré se faire prêtre, mais avec ces maux de tête, ces battements de coeur et toutes ces angoisses il faudrait renoncer à tout ; ce qu'il voyait et entendait, tout lui semblait être une illusion.
Je conseillai au patient d'endurcir rationnellement son corps, ce qui ne lui ferait aucun tort puisqu'il était bien constitué, et plus tard il pourrait choisir la carrière qui lui conviendrait. Quelques semaines après il reprit ses études, deux ans plus tard il fut prêtre et peu de ses condisciples jouissent d'une meilleure santé que lui. Chaque matin le jeune homme se promenait pieds nus pendant une demiheure dans la rosée, et tous les jours il se plongeait dans l'eau à niveau de l'estomac, en se lavant la partie supérieure du corps. Quand la pluie l'empêchait de faire sa promenade favorite dans la forêt, il se donnait du mouvement par de légers travaux. Dans la suite il eut, pour se fortifier, recours à d'abondantes aiïusions supérieures, 1 ou 2 fois par jour, alternativement avec des demi-bains. La céphalalgie et la cardialgie disparurent, en même temps que les forces corporelles revinrent.