‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 181 sur 200 · Constipation · texte numérisé non relu

Constipation

S'il y a des gens qui ont à se plaindre souvent de la diarrhée, il y en a davantage encore qui souffrent de constipation (rareté et dureté des évacuations alvines). Ils croient, par conséquent, devoir prendre médecine; mais cette médecine, qui, sans doute, entretient la liberté du ventre, finit presque toujours par porter préjudice. On peut dire hardiment : Plus vous prenez une médecine de ce genre, plus votre organisme en pâtit. Qui pourrait énumérer tous ces moyens laxatifs, destinés à combattre la constipation? J'ai connu un chirurgien de village qui, dans

toute la contrée, avait la réputation de très bien purger les gens. Que faisait-il? La plupart du temps il prenait de la me... d'oie et en fabriquait une infusion qu'il servait alors à ses honorables clients. Je pourrais vous conter encore d'autres histoires, si vous le désiriez. Mundus vult decipi^ le monde veut être trompé! Est-ce qu'il n'y a que les gens simples et les paysans qui soient ainsi menés par le nez? Les personnes de condition ne le sont pas moins, mais on s'y prend autrement. Que de flacons d'eau minérale n'absorbent-elles pas tous les jours! Et ces flacons produisent, en effet, des selles copieuses. Un jour je vis venir à moi un malade qui m'apporta une quantité considérable de mercure, qu'il avait trouvée dans les matières fécales. On la lui avait administrée, pour provoquer une évacuation. Combien de pilules Morisson n'a-t-on pas avalées jadis, et combien d'hommes ont ainsi trouvé une mort prématurée ! Il n'y a guère de maladie dont le traitement soit aussi varié que dans le cas de constipation. Et quel est le résultat ordinaire de tous ces essais et tâtonnements, les uns plus malheureux que les autres ? C'est que plus on continue à prendre un médicament purgatif, plus la maladie empire, et à la fin on ne peut plus aller à la garde-robe, à moins d'avoir pris médecine. Ainsi, hier soir encore est venu un malade abandonné par les hommes de l'art : il lui est impossible de laisser passer un seul jour, sans prendre un lavement ou un remède drastique quelconque, pour avoir la plus petite selle. Voilà l'effet de tous ces moyens malencontreux! et notre homme ne compte pas encore quarante ans. La science médicale de notre époque a fait un grand progrès en condamnant tous ces remèdes

violents, et beaucoup de médecins — il faut le dire à leur éloge — ont analysé chimiquement des centaines de recettes mystérieuses et ont mis a nu la fraude des' marchands d'orviétan. Néanmoins le spectre des arcanes se glisse encore toujours dans des milliers de familles et y cause un mal immense. ^

Si l'on est constipé, ce n'est pas seulement l'estomac ou un autre organe qui soit en souffrance : la plupart du temps c'est l'organisme tout entier qui est malade. J'ai la ferme conviction, conviction étayée d'un grand nombre de faits réels, que, pour cette infirmité aussi, l'eau est le remède le plus sûr et le plus inoffensif qu'il soit possible de trouver en ce bas monde. Elle a de l'effet, si on la laisse agir à l'extérieur et à l'intérieur.

Une des premières questions que le médecin adresse au malade se rapporte à la liberté de ventre. Si les selles sont régulières, c'est le premier signe de santé ; si elles sont irrégulières, une maladie s'annonce. Si l'on ne remédie pas à la suppression des selles, à cet état de resserrement habituel du ventre, on ira, tôt ou tard, à la rencontre d'une grave maladie, peut-être d'une mort prématurée.

Si, en été, il n'a pas plu depuis un long espace de temps, la terre devient sèche et friable. Si dans l'organisme les liquides ne sont pas convenablement élaborés et distribués, alors l'humidité nécessaire fera défaut à telle ou telle partie du corps, et il s'y

* Plusieurs almanachs, revues et journaux ont publié, dans les dernières années, des nomenclatures de remèdes mystérieux, pour prévenir le public. Combien de fois n'a-t-on pas stigmatisé une quantité de ces mauvaises drogues, qui coûtent bien cher aux acheteurs dupés ? Plus d'un y a perdu la santé.

produira de la chaleur, quasiment une sécheresse, dont les suites sont inévitables.

Il y a de longues années déjà, on cherchait à guérir cet état maladif par une cure d'eau. Mais quelle cure? J'ai connu moi-même des gens qui buvaient journellement 3, 4 ou même 6 litres d'eau. Etait-ce bien? Cela s'appelle abuser des bonnes choses. Voilà pourquoi la plupart de ces fiers amis de l'eau se sont fait plus de mal que de bien : la nature ne supporte pas longtemps un pareil traitement hydrothérapique ; c'est une torture déraisonnable. Mon principe est : Plus Veau agit doucement, plus elle guérit sûrement.

Comment traitera-t-on la dureté des selles ? Prenez pendant la matinée, depuis le déjeûner jusqu'à midi, une cuillerée d'eau après chaque demi-heure. Au moyen de ces petites portions vous aurez plus de résultat que si vous prenez, d'un seul coup, une demi-chopine ou davantage. Dans l'après-midi vous pourrez prendre également une cuillerée d'eau par heure ou par demi-heure. Cet arrosement continu, quoique parcimonieux, a un effet réfrigératif et multiplie le suc gastrique. Au reste, rien n'empêche le patient de boire une fois davantage, s'il a soif.

En place de l'eau on peut se servir aussi d'un certain nombre de tisanes, toutes faites de plantes faciles à trouver. Qui ne connaît les fleurs du prunellier? L'action d'une tisane de ces fleurs est excellente. L'infusion des fleurs de sureau, qui a un effet rafraîchissant et résolutif, enlève la chaleur intérieure ; si vous y ajoutez 3 ou 4 graines d'aloès, vous aurez un remède laxatif, rafraîchissant, résolutif et éliminateur. L'infusion de 6 ou 8 feuilles de sureau, cueillies à l'état vert dans le courant du prin-

temps et de l'été, est également rafraîchissante. On prend une demi-tasse le matin et une demi-tasse le soir. Personne ne devrait mépriser ces bonnes plantes médicinales, d'autant plus que le bon Dieu, le premier des médecins et le premier des pharmaciens, les fait pousser gratui-tement pour nous tous.

A l'usage interne de l'eau vient s'associer son usage externe. Dans ce but le patient remplira d'eau le creux de sa main et s'en lavera énergiquement le bas-ventre, à l'heure du coucher ou à l'heure du lever. Ce moyen est extrêmement simple et agit très bien ; il suffit chez beaucoup de personnes, qui ont des natures faibles.

Si vous trouvez que cette application est trop légère, faites-vous administrer, de temps en temps, une affusion d'eau froide sur les genoux, durant 1-3 minutes : application excellente pour provoquer la selle.

Ne suffit-elle pas, et existe-t-il une grande chaleur dans le corps, alors étendez-vous plusieurs fois par semaine sur une compresse inférieure ; la compresse supérieure rend service aussi. Le bain de siège froid, pris 2 ou 3 fois par semaine, a également beaucoup d'effet. Le bain froid entier, aussi court que possible, n'est pas non plus à dédaigner.

Toutes ces applications, que je viens de nommer, stimulent et animent l'organisme paresseux et lâche, lui donnent une activité nouvelle et le réconfortent ; par suite les matières rendues seront abondantes. Quand le rouage est huilé, la machine marche bien.

11 n'y a rien qui surpasse le moyen sûr et inoffensif de l'eau, et quoi de plus facile que de boire de l'eau ou de se laver avec de l'eau?

Disons, en cet endroit, un mot sur les vomitifs.

Si déjà je trouve que les purgations drastiques par le moyen des minéraux et des poisons, que ce soit sous la forme de poudres ou sous la forme de pilules, sont contraires à la nature, c'est bien plus encore le cas pour les vomitifs, qui malheureusement sont souvent des poisons aussi. Il fait pitié de voir souffrir un homme maltraité et martyrisé de cette façon. Le sang ou plutôt la bile me monte chaque fois à la tête. On aura remarqué que je n'ai pas parlé cidessus des purgatifs si connus et si universellement employés, tels que les racines de rhubarbe, les feuilles de séné, le sulfate de magnésie, le sel de Glauber, etc.. Et pourquoi pas? C'est que ces purgatifs, quoique inoffensifs, me semblent néanmoins beaucoup trop forts ; on arrive au même résultat d'une manière bien plus douce. Qui donc va s'armer du fusil pour aller à la chasse d'une puce ou d'une mouche ?

Je me déclare d'autant plus contre les vomitifs, qu'ils s'appellent émétique, ipécacuana ou autrement. Ce sont des remèdes intolérables. Si jamais votre intérieur a des envies de se vider par le haut, — il y a de ces cas-là, — eh bien ! faites comme ce paysan qui, lorsqu'il avait de violentes nausées, s'enfonçait tout simplement le doigt dans la gorge et guérissait ainsi radicalement les maux de cœur. Cherchez toujours, lors même que vous avez les plus fortes envies de vomir, à régulariser le cours naturel des matières fécales. Mon remède le plus énergique à cet égard est le fouille-régulateur. Ce médicament a cela de remarquable que, d'un côté, il provoque des selles abondantes et que, d'autre part, il calme même la diarrhée. Faites-en la preuve au moyen d'une demi-tasse. Il se met à la recherche

des éléments morbides et retenus trop longtemps dans le corps, et les expulse. N'y a-t-il pas de ces éléments ou sont-ils éliminés, son travail s'arrête de soi-même. De là son effet double. Quelle hâblerie! s'écriera-t-on avec dédain. Qu'on le dise ou qu'on ne le dise pas, cela m'est égal. Le fait existe, la vérité restera. Pourquoi tous les purgatifs drastiques affaiblissent-ils tellement et pourquoi sont -ils si nuisibles dans leurs suites ? C'est parce qu'ils n'évacuent pas seulement les matières morbides, mais parce qu'ils chassent tout indistinctement, parce qu'ils traquent même les meilleurs sucs, les sucs nécessaires à la production des forces. Qui n'a pas senti lui-même cet effet? De là cette grande faiblesse, cette diminution rapide et énorme des forces à la suite des cures drastiques. Quelle folie! Quelle responsabilité ! Sapienti sat. Dommage rend sage ou, du moins, devrait rendre sage.

Un prêtre de quarante-cinq ans s'explique comme suit : «Depuis plus de vingt-cinq ans je souffre constamment de constipation et depuis quelques années aussi d'embarras gastriques. Il y a environ huit ans, je me soumis à une cure d'eau froide, ce qui améliora mon estomac, mais la constipation me resta. En 1885 je fus pris, en outre, d'une maladie de reins, à laquelle s'ajouta, dans la vessie, une quantité excessive d'acide urique et la gravelle. Le médecin me prescrivit une cure de raisins et, après cela, une cure au sel de Glauber (sulfate de soude) pendant 10 jours, d'où résulta un catarrhe très intense du gros intestin. Après que j'eus passé en vain par tous les traitements imaginables, on m'avoua que mon infirmité était incurable, qu'elle pouvait bien être adoucie, mais nas guérie. J'étais affligé d'insomnie,

de manque d'appétit, de fatigue, de courbature, de dégoût pour le travail, de douleur et d'oppression dans la région rénale, de constipation à un haut degré, avec tension et gonflement du bas-ventre, de pieds sans cesse froids, tandis que la tête était chaude, le reste du corps en sueur, tantôt plus, tantôt moins. C'est dans cet état que je pris la résolution de chercher mon salut dans l'eau froide, contre laquelle j'ai été tant prévenu. »

Je lui donnai la recette suivante : Tous les jours, une affusion supérieure, une affusion dorsale, un bain de siège ; de plus, s'il en est besoin, un demibain, une affusion de genoux et une promenade dans l'eau. Mais ce qui a fait le plus d'effet, c'est le manteau espagnol, qu'il a pris en affection depuis. Après un traitement de 12 semaines, la digestion était rentrée complètement dans l'ordre, sans diète spéciale ; la nutrition était excellente, le poids du corps avait augmenté de 13 livres.

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