‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 19 sur 200 · Les bains minéraux · texte numérisé non relu

Les bains minéraux

Disons aussi un mot des bains minéraux, sur lesquels j'ai été consulté bien souvent. Voici, sauf meilleur avis, ma manière de voir.

D'après tous les principes de mon traitement par l'eau, je ne puis pas être pour les bains minéraux, puisque je n'approuve pas ce qui est forcé, ce qui est violent, peu importe qu'on agisse du dehors sur l'intérieur ou directement sur l'intérieur même. Mon sentiment est et sera toujours : La médication la plus douce est la meilleure, qu'il s'agisse d'applications hydrothérapiques ou de remèdes, et si l'on

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arrive au but par un premier moyen, il ne faut pas en employer un second. Nous devons tendre à la nature, à l'organisme malade ou affaibli, une main secourable, mais avec calme et douceur. Nous devons, pour ainsi dire, mener et tenir le corps infirme d'une niain légère, l'aider et l'assister parfois, mais pas trop le presser, le tirailler et le bousculer. Il ne faut pas vouloir, par tel ou tel moyen, absolument obtenir quelque chose, mais il faut seulement aider le corps à faire son travail, et immédiatement suspendre ce concours dès que le corps pourra tout seul se tirer d'affaire.

Tout le monde aura remarqué, pour citer un exemple de ma méthode, qu'on ne trouve pas chez moi les brosses à racines et à fils métalliques, les draps à frictions et d'autres objets connus ailleurs. Je les ai employés jadis dans certains cas, mais l'expérience m'a appris que l'eau toute seule, sans ces manipulations plus ou moins violentes (à la suite desquelles le pauvre corps, outre son travail ordinaire, a encore à remettre en ordre les muscles massés et brossés, ainsi que la peau labourée), produit les meilleurs effets, pourvu qu'on l'applique exactement. Chez moi, la friction est pratiquée, jour et nuit, par la chemise de grosse toile, que jerecommande chaudement à cette occasion.

Le nom de bain minéral indique par soi-même une action énergique. Toutes les eaux minérales, quel que soit leur nom, quelle que soit leur origine, renferment plus ou moins de sels, et ceux-ci sont plus ou moins forts et irritants. Ces sels, employés à l'extérieur pour agir sur l'intérieur, ressemblent — pardonnez-moi l'expression — au balai et au sable grossier, qu'on emploierait pour nettoyer les objets d'or et

d'argent. Or, ces métaux sont fins et délicats; mais les organes intérieurs de l'homme sont-ils moins sensibles ? L'haleine ternit les métaux; en les nettoyant avec un objet rude et grossier, on les endommage. Le balai et le sable enlèvent parfaitement la poussière et les taches , mais jusques à quand ces objets précieux soutiendront-ils ce traitement? Je n'ai pas besoin d'appliquer cet exemple et d'expliquer au long et au large sur quel métal mou, noble et sensible, les eaux minérales opèrent le travail de nettoyage.

Et que nous apprend l'expérience?

Dans les villes de bains, ce n'est pas en plein jour, mais pendant la nuit, ni en chantant ou au son des cloches, qu'on porte les morts (et le nombre en est grand) au champ du repos. Il meurt, chaque année, beaucoup d'hommes dans les différents bains. Un tel, dit-on, a pris les eaux pour la première fois cette année, et il s'en trouva très bien. L'ancien mal l'a repris plus tard, et il est retourné aux bains ; mais, dit sa famille, il s'en trouva moins bien cette fois. La maladie revint plus intense, et il voulut absolument y retourner une troisième fois. Il rentra chez lui visiblement fortifié, parut parfaitement guéri. Mais il rentra, pour mourir chez lui. D'autres ne rentrent plus même chez eux, la mort leur épargne les frais de voyage. J'ai entendu raconter une foule de ces histoires.

Si quelqu'un visite les stations balnéaires en raison de la distraction, de la société, et en vue de l'usage externe, il n'a pas à craindre ces accidents ; il n'aura qu'à compter avec sa bourse, qui sera traitée sans pitié et nettoyée à fond.

Des gens ordinaires, même des paysans, qui voudraient imiter le monde du progrès et les personnes

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de haute volée, ne fréquentent pas, à la vérité, une ville de bains — pour la bonne raison que les fonds leur manquent — mais ils se mettent à des pratiques l'une plus sotte que l'autre.

Un jour je reçus la visite d'un paysan, qui me dit : Voilà que j'ai trouvé le meilleur moyen de purger le corps, une sorte d'eau hygiénique, dont j'use souvent. — Qu'est-ce que c'est? lui demandai-je. — Après quelque hésitation, il avoua qu'il faisait dissoudre dans l'eau une cuillerée de sel et qu'il buvait à jeun cette eau salée : Cela purge très bien, ajouta-t-il, et je l'aime mieux que la meilleure eau minérale. — J'engageai ce paysan à se tenir sur ses gardes ; mais il ne se laissa pas détourner de son invention. Il continua de boire un certain temps ; puis, il eut l'estomac paresseux et une mauvaise digestion ; il devint anémique et mourut, épuisé, débilité, purgé à l'excès, dans les meilleures années de la vie.

Restez donc toujours modestes et raisonnables, et n'enviez jamais le sort du grand monde. Ce serait peu chrétien, une pure folie.

Il ne faut pas non plus en vouloir à ceux qui, à cause d'une maladie de langueur ou d'une prédisposition à la phtisie, visitent un sanatorium ou vont quelque part en villégiature, passent une saison à Méran ou à Cannes, voyagent en Italie ou même en Afrique. Je me figure toujours que la meilleure place pour le poisson, c'est l'eau; la meilleure demeure pour l'oiseau, c'est l'air libre et frais ; le meilleur climat pour moi, c'est le lieu ou la contrée qui m'a vu naître. Si la température devient trop rude, alors je songe à m'endurcir. Dans les maladies, l'eau du pays rend d'aussi bons services que celle de l'étranger. Si c'est la volonté de Dieu

que je meure, eh bien ! soit, il faut mourir une fois, et dans la terre natale, dit-on, on repose mieux.

Quels sont donc les résultats bien et dûment constatés qu'ont produits les stations balnéaires et les cures d'air?

Je me contente de ces deux questions : Combien de personnes, qui s'y sont réfugiées dans leur maladie, en sont revenues bien guéries ? Combien de personnes y sont restées pour toujours et y sont enterrées ?

Ainsi donc, restez au pays, vivez modestement et lavez-vous chaque jour !

Je comprends sous le nom de bains partiels les bains localisés, restreints à telle ou telle partie du corps, certains petits bains que je réunis sous ce titre.

L Le bain des bras et des mains.

La dénomination dit suffisamment ce dont il s'agit, et, en temps et lieu, quand il sera question des maladies en particulier, nous indiquerons dans quels cas il faut en faire usage, combien de temps ils doivent durer (2-3 minutes ou un quart d'heure), combien de fois ils sont à réitérer, quelle décoctioii d'herbes est la meilleure, etc.. Ces bains aussi sont ou froids ou chauds.

Il suffit de l'observation suivante pour le mode d'emploi :

Quelqu'un, p. ex., a un doigt malade. J'agis alors non seulement sur le doigt, mais aussi sur la main, sur le bras, sur tout le corps. Le doigt malade n'est qu'un mauvais fruit de la mauvaise branche, de la mauvaise tige, du mauvais tronc. Si le tronc est en

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ordre, fournit-il assez de bonne sève, alors le fruit doit devenir bon aussi.

L'amélioration des branches et des tiges, c'est-àdire de la main et du bras, s'opère, en dehors des emmaillottements, par le bain des bras et des mains.

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