Miel
A. — Les anciennes générations prétendaient que les jeunes gens ne devraient pas manger beaucoup de miel, parce qu'il est trop fort ; mais que pour les vieux il est un très bon aliment confortatif.
J'ai fait un fréquent emploi du miel et je lui ai toujours trouvé une efficacité excellente. Il est résolutif, dépuratif et fortifiant. .
On l'utilise depuis longtemps dans les catarrhes et dans les engorgements, en le mélangeant au thé.
Les gens de la campagne savent fort bien appliquer le miel comme onguent sur les abcès et ulcères externes. Celui qui n'est pas habile à traiter ces lésions à l'eau, n'a qu'à recourir à ce moyen simple, inoffensif et efficace, avant tout autre barbouillage; je le lui conseille absolument. La préparation en est bien simple : prenez moitié miel, moitié farine; ajoutez un peu d'eau et agitez la mixtion comme il faut. Cet onguent ne doit pas être fluide, j mais passablement compacte, comme de la pâte.
A l'intérieur aussi le miel est un remède contre différents petits maux.
Il mûrit rapidement et guérit les petits abcès de | l'estomac. Je ne conseillerais pas de prendre le miel tout pur; mais je recommande de le mélanger avec
un thé convenable. Non mélangé, ce noble extrait a une action trop vive. A peine a-t-il passé dans la gorge, qu'il l'a déjà irritée. Si vous avez de la difficulté à avaler à cause d'un catarrhe ou d'un autre mal pareil, faites bouillir une petite cuillerée de miel dans un quart de litre d'eau. Tout chantre a de cette manière le meilleur et le plus doux gargarisme. Devriez-vous en absorber une goutte, vous n'auriez pas à craindre de vous gâter l'estomac ou de vous empoisonner.
On connaît l'eau ophtalmique au miel, si dépurative et fortifiante. Faites bouillir pendant cinq minutes une petite cuillerée de miel dans un quart de litre d'eau, et trempez-y alors un linge, pour vous laver les yeux.
Une chose encore. Je connais un monsieur qui est plus qu'octogénaire. Il se prépare journellement lui-même son vin de table. A cet effet il verse une cuillerée de bon miel dans l'eau bouillante et fait cuire un peu le mélange. La boisson est alors toute prête, saine, fortifiante et délicieuse. « A mon grand âge je dois ma santé et ma force à cette boisson», disait le vieillard. C'est possible. Ce que je sais de ma propre expérience, c'est que le vin de miel a une action résolutive, dépurative, nourrissante et fortifiante ; car j'ai apprêté beaucoup de vin de ce genre, j'en ai vu boire beaucoup et j'en ai bu un verre maintes fois. Ce breuvage ferait honneur non seulement au sexe faible, mais aussi au sexe fort.
B. — A ce propos je songe toujours à l'hydromel des anciens Germains. C'est, en effet, à cette boisson qu'ils attribuaient, au dire de Tacite, leur santé et leur grand âge. Ils avaient peu de vin et ne connaissaient pas encore la bière moderne. Je regrette
toujours que l'hydromel soit si peu connu et n'occupe pas la place de la bière, qui, gâtée à force de raffinements et de sophistications, n'est plus un breuvage sanitaire ; c'est du moins trop souvent le cas. Presque tous les ouvrages d'apiculture donnent des recettes pour la préparation du vin de miel; mais souvent j'entends des plaintes, comme quoi les essais faits sur ces recettes n'ont pas produit de bons résultats. Voici comment, pour ma part, je procède : Je fais mettre dans un chaudron de cuivre (bien propre) 60-65 litres d'eau douce (de rivière). Quand elle commence à devenir chaude, j'y laisse tomber en remuant 6 litres de miel, puis je fais cuire lentement pendant une heure et demie. Par intervalle j 'écume la matière visqueuse qui surnage. Quand la cuisson est terminée, l'on verse cette eau miellée dans des vases de terre ou de zinc et, sitôt qu'elle est refroidie, au point qu'elle est encore un peu plus chaude que Feau exposée aux rayons brûlants du soleil, on la met dans un tonneau soigneusement purifié, sans bondonner solidement. Dans une cave pas trop froide la fermentation commencera au bout de 5-10 jours. Après deux semaines de fermentation, l'on soutire, en laissant naturellement la lie. Dans le second tonneau la fermentation durera environ 10-14 jours, et quand se fait le repos complet, de manière qu'on n'entende plus rien dans le tonneau, l'on bondonnera solidement. Trois ou quatre semaines plus tard le vin de miel est clair et peut servir. Si ensuite il est mis en bouteilles, bien bouché et déposé dans le sable froid, il sera mousseux au bout de peu de jours. C'est une boisson réfrigérative, voilà pourquoi les malades fébricitants l'aiment tant. Un malade, alors qu'il ne peut plus boire ni vin ni bière.
trouve toujours bon le vin de mieL II rend service aussi aux hommes bien portants ; mais il faut le boire par petites quantités, autrement il vous répugne.
Voici encore un autre procédé pour fabriquer l'hydromel, procédé recommandé par les sociétés apicoles de Suisse et d'Alsace-Lorraine :
Remarquons préalablement qu'on fera bien d'employer les miels les moins aromatiques, et d'éliminer p. ex. ceux de bruyère et de sarrasin, dont le parfum est trop prononcé. Il faut faire l'hydromel en plein été, afin que la fermentation, qui dure cinq ou six semaines, se fasse bien. La quantité de 250 à 300 grammes de miel par litre d'eau permet d'obtenir une quantité suffisante d'alcool (11-13 %) pour assurer une bonne conservation ainsi qu'une transformation complète de tout le miel en alcool. C'est dans l'eau tiède qu'il faut faire fondre le miel, puis on verse au fur et à mesure dans un tonneau n'ayant aucun mauvais goût. Il va sans dire qu'on ne remplit pas entièrement le tonneau, à cause de la fermentation. Sur la bonde on met simplement une tuile, et à mesure que le liquide baissera dans le tonneau, l'on ajoute de l'eau miellée. Plus la quantité de liquide sera considérable, plus la fermentation sera régulière et rapide. Celle-ci se fait très bien entre 16° et 23° C. Pendant la fermentation l'on ajoutera environ 50 grammes d'acide tartrique (le raisin en renferme) pour cent litres de liquide, afin de donner au vin une légère acidité comme celle du raisin, et en même temps l'on peut suspendre dans un sac au milieu du liquide une poignée de graines sèches de genièvre, que l'on retire de nouveau, sitôt que le vin en a pris un léger arôme. Après la fermentation on met le tonneau à la cave
OU dans un cellier, et l'on ferme la bonde par une poignée de sable fin, mouillé, déposé dans un morceau de forte toile mouillée ; l'on tasse bien en forme de cône. Au printemps l'on soutire, et cette fois on bondonnera bien. On laissera vieillir, en n'oubliant pas de remplir le tonneau de temps en temps. (Ce second procédé a été ajouté par le traducteur.)