‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 93 sur 200 · Sureau · texte numérisé non relu

Sureau

(Sanihucus nigra L.)

Dans les bons vieux temps le pied de sureau se trouvait tout à côté de la maison. De nos jours on extirpe un peu partout cet arbrisseau, et cependant il mérite de redevenir et de rester le voisin le plus proche de chaque maison, attendu que tout en lui peut servir : les feuilles, les fleurs, les baies, l'écorce et les racines.

Au printemps la nature en bon état, le corps cherche à se débarrasser de nombre d'éléments qui se sont accumulés pendant l'hiver. Qui ne connaît ces indispositions, ces maladies du printemps, comme les éruptions, les diarrhées, les coiïques, etc.?

Eh bien ! voulez-vous, au printemps, purifier les humeurs et le sang, et évacuer d'une manière facile et naturelle les éléments morbides ? Prenez six ou huit feuilles de sureau, coupez-les en petits morceaux, comme on le fait avec le tabac, et faites bouillir pendant environ dix minutes. Tous les matins, une heure avant votre déjeuner, vous prendrez une tasse de ce thé pendant toute la durée de votre cure printanière.

Ce simple thé dépuratif nettoie la machine du corps humain d'une manière excellente, et remplace chez les pauvres gens les pilules et les herbes alpestres qui ont cours, de nos jours, dans de jolies petites boîtes et qui souvent produisent des effets tout à fait singuliers.

Ce n'est pas seulement au printemps, mais à toute autre saison qu'on peut faire cette cure. Les feuilles desséchées fournissent également un bon thé résolutif et dépuratif.

Qui n'a déjà mangé du gâteau apprêté aux fleurs de sureau? Beaucoup de gens en font précisément à l'époque où le sureau en fleurs resplendit dans toute son éclatante blancheur, et ils prétendent que ces sortes de tartes préservent contre la fièvre.

Je connais un endroit très visité par les accès de frissonnement fébrile. Là, au printemps, on voit de ces tartes de sureau, gâteaux fébrifuges, sur chaque table. Je n'ai jamais voulu examiner, d'une manière critique, cette manière de faire. Ces braves gens peuvent s'en tenir à leur croyance, car le mets est hygiénique.

La fleur de sureau est également dépurative, personne n'en doute, et il serait bon que chaque pharmacie domestique renfermât une boîte de ces fleurs à l'état sec. L'hiver est long, et il peut survenir des cas où ce petit remède résolutif et sudorifique rendrait les meilleurs services. Au moins ce thé ne peut jamais faire du tort.

Chez les sujets menacés de l'hydropisie, la racine de sureau, préparée sous forme de thé, évacue l'eau si efficacement, que ce médicament peut difficilement être dépassé par un autre, et avec cela son action est entièrement inoffensive.

Les baies de sureau, que l'on cuit en automne et que l'on mange en forme de rob (marmelade ou compote), étaient très estimées par les anciens pour leur vertu hématocathartique (dépurative ou propre à purifier le sang). ^

Feu ma mère faisait chaque année, pendant 2-3 semaines, une cure de sureau. Voilà la raison principale pourquoi nos devanciers, il y a cinquante et soixante ans , plantaient toujours au moins quelques pieds de sureau devant leur maison. De nos jours les grandes familles s'en vont faire, au prix de l'or, une cure de raisins dans des contrées souvent éloignées, tandis que nos parents et nos aïeux se contentaient de la cure du sureau, qui les servait chez eux à bien meilleur marché et souvent avec bien plus de résultat. Il y a quelques années, je passais dans une contrée alpestre de l'Autriche : là je vis, à ma grande joie, le sureau encore en honneur. « Certes, me dit un vieux paysan, nous ne laissons pas une baie de cet arbrisseau se perdre. » Comme c'est simple et raisonnable ! Les oiseaux eux-mêmes, sur le point d'entreprendre leur pérégrination d'automne, recherchent encore de tous côtés le sureau, pour se purifier le sang et se fortifier la nature en vue de leur lointain voyage. N'est-il pas dommage que l'homme, à force de science et de progrès, ne ressente et n'écoute plus cet instinct naturel, le sens hygiénique ?

Les baies de sureau confites au sucre ou (ce qui est mieux) au miel sont en hiver d'une grande utilité aux gens qui se donnent peu de mouvement et qui sont condamnés à la vie tranquille et sédentaire. Une cuillerée de cette confiture, délayée dans un verre d'eau, donne le meilleur breuvage réfrigératif,

purifie l'estomac, évacue l'urine et agit favorablement sur les reins.

Beaucoup de gens de la campagne font sécher les baies, et celles-ci, soit comme marmelade, soit comme thé, rendent de bons services dans les diarrhées violentes. Vous obtenez le même résultat en mangeant les baies à l'état sec.

C'est parce qu'on ne se souvenait plus des excellents services de ce fidèle ami de la maison, autrefois si estimé, qu'on l'a mis de côté. Puisse-t-il être remis en honneur !

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