‹ Ma cure d'eau, ou, Hygiène et médication pour la guérison des maladies et la conservation de la santéChapitre 92 sur 200 · Son · texte numérisé non relu

Son

A. — Le monde a souvent une conduite peu raisonnée. Pour n'en donner qu'un petit exemple, je citerai la manière dont on utilise le son. Chaque servante jette le son aux porcs, et cependant le son

renferme plus de substance saine et nutritive que la farine elle-même. Bien autrement intelligente serait la mère de famille qui mettrait en réserve le son si substantiel et si thérapeutique, pour le faire consommer à ses enfants chétifs.

Les personnes débiles, les convalescents et les enfants, n'aiment rien tant que les aliments faciles à digérer. Or, rien de plus digestif, même pour la nature la plus faible, qu'une décoction de son, qui est comme l'essence du grain lui-même.^

Prenez du son de froment ou de seigle et faites cuire dans l'eau pendant trois quarts d'heure. Alors exprimez le son, mélangez du miel dans la décoction et faites cuire encore pendant un quart d'heure. La boisson est alors prête, et le patient devra en prendre deux fois par jour, chaque fois un quart de litre. Le pain blanc trempé dans ce jus doux a très bon goût. Je ne connais pas de meilleure boisson pour les enfants et les vieillards, qui la salueront toujours avec reconnaissance. Cherchons tous à devenir plus simples, plus tempérants, plus naturels ! Dieu nous vienne en aide ! Nous en aurions de grands bénéfices.

B. — En parlant du son, nous devons dire un mot aussi du pain de son. Comment prépare-t-on le pain de son et à quoi sert-il ?

On fait moudre au moulin le froment avec le son. Il est vrai que les meuniers n'aiment pas faire cela pour les raisons que l'on devine ; on fera donc bien

* Cela ne doit étonner personne. L'on sait ou Ton devrait savoir que la pelure des poires, des pommes, etc., renferme plus de substance que la chair des fruits. Le vinaigre, selon qu'il est fabriqué de la pelure ou de la partie charnue, fournit un argument en faveur de mon affirmation.

d'examiner chaque fois la marchandise que l'on reçoit. ••

L'on prend un ou plusieurs kilos de farine de son (suivant le nombre de personnes pour lesquelles on veut cuire), on pétrit avec de l'eau bien chaude et on laisse reposer la pâte pendant la nuit dans un ]ieu tempéré, sans y mettre jamais ni levain, ni sel, ni autre épice. Le lendemain on en fait de petites miches oblongues, qu'on enfourne au degré de chaleur requis pour la cuisson du pain ordinaire. Au bout d'une heure un quart ou d'une heure et demie on les retire du four, pour les déposer immédiatement dans l'eau bouillante, où on les laisse jusqu'à complète saturation. Après cela on les remet de nouveau au four pour un peu de temps, afin de les sécher. Cette dernière manipulation m'a été enseignée par un prieur de trappistes, qui l'avait pratiquée longtemps et de différentes manières : il avait fini par constater que cette méthode est la meilleure, attendu que de cette façon on extrait du son toute sa substance nutritive, et surtout la substance sucrée.

Je connais beaucoup d'hommes qui ont mangé avec prédilection du pain de son et qui en mangent

* Celui qui fait un grand emploi du pain de son pourrait se procurer une machine à égruger, pour ne plus être trompé par les meuniers. Je connaissais un professeur du Tyrol, qui souffrait énormément de l'estomac. Ne pouvant digérer que peu d'aliments, il avait fini par devenir extrêmement faible. On lui conseilla un jour le pain de son. Il acheta donc une petite machine à Vienne, et se mit à la faire fonctionner luimême, tandis que sa brave femme lui pétrissait et cuisait le pain. Il se rétablit si bien, et son estomac avec lui, que dans la suite il digérait, sans aucune difficulté, tons les aliments.

encore, parce qu'il leur rend d'insignes services dans les embarras gastriques, dans les digestions pénibles et contre les hémorroïdes.

J'en ai connu d'autres qui, à la première bouchée, avaient trouvé ce pain fade et insipide et qui plus tard le recherchaient avec une certaine passion.

Le pain de son, une fois cuit, se conserve dans un endroit frais. Si la croûte devient trop dure, on peut l'envelopper dans un linge humecté.

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