‹ Ma double vieChapitre 7 sur 8 · VENEZ \OIR · texte numérisé non relu

VENEZ \OIR

L'énorme Célacé que Sarah iïernhanU

a lue en lui arrachanl

(les baleines pour ses coi'sels

qui sont faits par Madame Lily Noé

(|ui tiemeure... cic. clc, .

Puis, sur d'autres sandwiches portées par d'autres.^ hommes, on lisait :

La Baleine esl aussi florissante (sic) qu'en son vivant !

Elle a cinq cents dollars de sel dans Testoma Et chaque jour, on renouvelle la glace s laquelle elle repose, pour le prix de ce dollars !

J'étais plus blanche qu'une morte. Mes dents claquaient de fureur. Je ne pouvais prononcer un mot.

Henri Smith s'avança vers moi. Je lui donnai un soufflet et m'enfuis dans ma chambre, dans laquelle je sanglotai de dégoût, de lassitude.

Je voulais partir de suite pour l'Europe. Mais Jarre tt me montra mon contrat. Je voulais faire défendre cette odieuse exhibition. On me le promit pour me calmer; et je n'obtins rien.

Deux jours après j'étais à Hartford et la même baleine était encore là; et elle fit toute sa tournée en même temps que la mienne.

On augmentait son sel en augmentant sa glace. Mais elle allait toujours; et je la retrouvais partout. Et chaque fois, je recommençais une procédure qu'il fallait recommencer dans un autre État, les lois n'étant pas les mOmes.

Et chaque fois que j'arrivais dans un hôtel, je trouvais un immense bouquet avec l'horrible carte du montreur de baleine. Je jetais les fleurs, je les trépi-

a voir cet homme pour lo prier de ae plus m'envoyerdebouquels.Rienn'y fit. C'était la revanche de son aouftiet, à cet homme.

Et puis, il ne comprenait pas ma fureur. 11 faisait un argent fou. Il m'avait même proposé un « tant p. 100 sur les recettes ». Ah! je l'aurais tué volontiers, cet e.\êcrablL' Smith! Il empoisonnait ma vie. Je ne voyais plu3 que cela dans les villes. Je ne voulais sortir que les yeux fermés de l'hôtel au théâtre. Quand j'entendais des minstrels, je bondissais, je verdissais.

Heureusement que je pus me reposer à Montréal, oii il ne m'avait pas suivie. Je crois que jo serais tombée malade. Je ne voyais plus que cela. Jo ne pensais qu'à cela. Je ne rêvais que de cela. C'était une hantise, une obsession, un perpétuel cauchemar.

Enfin, je quittai Hartford après avoir visité la grande usine dans laquelle se fabriquent les fameux coït. J'en achetai deux.

Jarrett me jura qu'Henri Smith ne serait pas à Montréal ; il est tombé subitement malade. Je soupçonne Jarrett de lui avoir donné quelque violente purgatîon pour arrêter sa marche. 11 riait trop en route, le féroce gentleman.

Néanmoins, je lui sus un gré infini do m' avoir momentanément débarrassée de cet homme.

Enfin, nous voici à Montréal.

Depuis longtemps, dès ma plus petite enfance, je rêvais du Canada.

J'entendais toujours mon parrain regretter, avec quelle expression de fureur, l'abandon de ce territoire par la France à l'Angleterre. Je l'avais entendu énumérer, sans très bien les comprendre, les avantages pécuniaires du Canada, la fortune immense qu'il y avait dans ses terres, etc., etc.. Et ce pays était resté dans mon cerveau la terre lointaine et désirée.

Éveillée depuis longtemps par le sifflet strident du chemin de fer, je demandai l'heure. Il me fut répondu qu'il était onze heures du soir.

Nous étions à quinze minutes de la gare. Le ciel était noir et uni comme un bouclier. Les falots placés do loin en loin accrochaient les blancheurs de la neige, entassée là depuis combien de jours?...

Le train stoppa tout à coup et reprit sa marche dans une allure si lente, si timide, que je pensai que quelque déraillement était à craindre. Mais un bruit sourd,

HÉHOIRES DE KAH\H ItF.ltNiiARDT 509

grandissant de soconde en seconde, me tint l'oreille au guet. Ce bruit se fit bientôt musique; et c'est dans un formidable « lluiralii Vivo la France! » poussé par dix mille pùitrincs, soutenues par un orchestre jouant La JUarseiUuised'noe [uriacndiabk'e,que nous fîmes notre entrée à Montréal.

L'endroit où s'arrêtait le train à cette époque était très resserré. Un talus assez haut servait de rempart ' au léger trottoir do la gare.

Debout sur la petite plate-forme de mon car, je regardais.émotionnéG.l'étrangespectacleque j'avais devant moi : le talus était hérissé d'ours tenant des lanternes. 11 y en avait des centaines et des centaines. Dans l'espace étroit entre le talus et le train arrêté, il y en avait lencore de ces ours, des grands, des petits... et je mo ■4emandais avec terreur comment j'allais faire pour 'rejoindre mon traîneau.

Jarrett et Abbey firent écarter la foule et je des- .ccndis. Mais un député, dont je ne puis déchiffrer le jaom dans mes notes (quelle louange à mon écriture!], s'avança vers moi et me remit une-adresse signée des notables de la ville.

Je remerciai de mon mieux, et je pris le roagoirique ïouquet qui me tut présenté au nom des signataires •<ie l'adresse. Quand je portai les fleurs à mon visage pour les respirer, je me blessai légèrement à leurs jolis pétales durcis par l'air glacial.

Cependant, je commençais moi-même à me sentir les jambes et les bras gourds. Le froid m'envahissait lut entière.

Cette nuit- là fut, parait-il, une des plus froides qu'on It connue depuis de longues années.

Les femmes qui étaient venues pour assister à l'ar-

rivée de la Compagnie française avaient dû se retirer dans l'intérieur de la gare» sauf Mme Jos. Doutre, qui me remit un bouquet de fleurs rares et me donna l'accolade.

Il y avait vingt-doux degrés au-dessous de zéro. Je murmurai tout bas à Jarrett : « Continuons notre route, je me sens devenir glaçon. Dans dix minutes je ne pourrai plus faire un pas. » Jarrett répéta ces mots à Abbey , qui s'adressa au chef de police. Ce dernier donna des ordres en anglais, pendant qu'un autre chef de police les répétait en français. Et nous pûmes faire quelques mètres. Mais la gare était encore loin. La foule grossissait, et à un moment donné je me sentis défaillir. Je repris cependant courage, me tenant, ou plutôt me cramponnant aux bras de Jarrett et d'Abbey. Je pensais à chaque minute tomber, car le trottoir était tel un miroir.

Cependant, force nous fut d'arrêter notre marche. Une centaine de falots levés par cent mains d'étudiants nous éclairèrent brusquement. Un grand jeune homme se détacha du groupe et vint droit à moi, tenant un large papier déroulé. Et il s'écria d'une voix claire :

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