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Nous étions partb trois do la gare, nous arrivàmea cinq à l'hôtel Vendôme.
Il y avait beaucoup de monde qui attendait moB arrlvée,etî'avai3vraimenthonte de mon nouveau compagnon. Il parlait fort, riait, toussait, crachait, s'adressait à tout le monde, faisait des invitations. Tout le monde paraissait ravi.
Une toute jeune Tille sauta au cou de son père : n Ohl oui, papa, je vous en prie, allons- y. — Mais, répondit-il, il faudrait demander à Madame. » Et il s'approcha de moi avec une courtoisie pleine d'élégance. « Vous plaît-il. Madame, que nous soyons des vôtres demain pour aller voir la baleine? — Mais, Monsieur, lui répondis-je, beureuse de parler enfin avec un homme bien élevé, je ne sais pas de quoi il s'agit. Voilà un quart d'heure que ce reporter et ce bizarre homme parlent do baleine et déclarent avec autorité que je dois lui rendre visite, et je ne sais rien. Ces deux messieurs ont pris ma voiture d'assaut, s'y sont installés sans ma permission, et, vous le voyez, font en mon nom des invitations àdes personnes que je ne connais pas, pour aller avec moi, dans un endroit que j'ignore, rendre visite aune baleine qu'on doit me présenter et qui m'attend avec impatience pour mourir en paix. »
L'aimable gentleman fit signe à aa fdic de nous suivre et je montai avec eux, Jarrett et Mme Guérard, dans le lift qui nous arrêta devant mon appartement.
11 était orné de tableaux précieux, de bibelots magnifiques et de délicieuses statues. J'étais même assez inquiète, car il y avait dans les objets d'art deux ou trois bibelots très beaux, très rares, et d'un prix exorbitant. Je craignais que l'un d'eux ne fût volé et je fis part de ma crainte au propriétaire de l'hôtel, qui me répondit :
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« Monsieur ***, à qui appartiennent ces bibelots, veu que vous les ayez sous les yeux tout le temps de voir séjour ici, Mademoiselle, et quand je lui ai exprimé 1 crainte dont vous me faites part, vous aussi, il m' répondu que ça lui était égal ! » Quant aux tableaux, il appartenaient à deux riches propriétaires de Bostom^ Il y avait un Millet superbe, que j'eusse bien voul posséder.
Après avoir remercié, admiré ces merveilles, je demandai Toxplication de l'histoire de la baleine; et M. Max Gordon, le père de la fillette, me translata les paroles du petit homme au bonnet fourré. Il était possesseur de plusieurs bateaux péchant la morue à son profit. Un de ces bateaux avait capturé une énorme baleine portant deux harpons dans ses flancs.La malheureuse hôte, épuisée, se débattait à plusieurs milles de la côte et fut facilement prise et amenée triomphalement au propriétaire des bateaux, Henri Smith.
Par quel tour d'esprit, par quel acheminement cérébral cet homme arriva-t-il à considérer sa baleine et mon nom comme une source de fortune? Je ne sais. Mais toujours est-il qu'il insista si drôlement, si autoritairement, si violemment, que nous fûmes cinquante personnes, le lendemain, à sept heures du matin, nous rendant sous une pluie glaciale au bassin du quai. M. Gordon avait fait atteler son mail-coach de quatre chevaux de toute beauté. Il conduisait lui-même.
Sa fillette, Jarrett, ma sœur, Mme Guérard, et une autre dame âgée dont je ne me rappelle pas le nom, prirent place avec nous. Sept autres voitures suivaii'iit. C'était très, très amusant.
Nous fûmes reçus à notre arrivée au quai par le comique Henri, poilu cette fois de la tête aux pieds, les
MSHOIRBa DR SAHAH RERNHARDT US
nains prises daas do grandes moufles en laine. Seuls B yeux et son gros diamant brillaleot sous les four- Kinres.
Je descendis lo quai, très intéressée. Il y avait E quelques curieux et des reporters. Hélas! trois toia f hélas t
Alors la patte velue d'Heniî me prit la main et ' m'entraîna rapidement,
Je taillis quinze fois me casser le cou jusqu'à l'escalier ; il me poussa, me fit dégringoler les dix marches du bassin, et je me trouvai sur le dos de la baleine qui, ditrOn, respirait encore... — vraiment, je n'ose l'affirmer. JMais le clapotis de l'eau qui venait briser son remous ,.contre la pauvre bËte la faisait légèrement osciller. puis, elle était recouverte de verglas. Deux fois je n'étalai sur son épine dorsede. J'en ris maintenant, isj'étaisfurieuse.
Cependant, on insistait autour de moi pour que J'arrachasse une baleine du fanon de la pauvre capturée, une de ces petites baleines qui servent pour Iles corsets de femmes. Cela m'inquiétait. Je craignais de la faire souffrir. Et je la trouvai si malheureuse, jette pauvre Rrosse bute sur laquelle trois personnes : Henri, la petite Gordon et moi, patinions depuis dix rminutes! EnCin je me décidai, j'arrachai une petite ba- Jeine et je remontai, mon triste trophée à la main, .entourée, pressée, énervée.
J'étais fâchée contre cet Henri Smith. Je ne voulais ■pas remonter en mail. Je voulais cacher ma méchante Jiumeur dans un des profonds et sombres landaus qui 'Suivaient : mais la ravissante miss Gordon me demanda \aï gentiment pourquoi... que je sentis ma colère fondre "e celte enfant. « Voulez-vous conduire? me
dit son père. — Oh! oui, avec plaisir! » Mais Jarrett se mit à descendre aussi vite que le lui permettaient son âge et sa corpulence. « Si vous conduisez, je préfère descendre. » Et il monta dans ime autre voiture.
Je me mis hardiment à la place de M. Gordon pour conduire; et nous n'avions pas fait cent mètres, que je fis entrer les chevaux chez un pharmacien du quai et monter la voiture sur le trottoir. Sans la rapide énergie de M. Gordon, nous étions tous tués.
Rentrée à l'hôtel, je me mis au lit jusqu'à l'heure de la représentation.
Et, le soir, nous jouions Hernani devant une salle comble. Les places avaient été mises aux enchères et avaient atteint des chiffres considérables.
Nous avons donné quinze représentations à Boston, avec une moyenne de dix-neuf mille francs par représentation.
C'est avec regret que je quittai cette ville. J'y avais passé deux semaines pleines de charme, l'esprit toujours en éveil avec les Bostoniennes. Elles sont puritaines de la pointe des cheveux à la pointe des pieds, mais elles le sont sans amertume et avec indulgence. Ce qui m'a le plus frappé chez elles, c'est l'harmonie du geste et la sourdine de leur voix.
Élevée dans les traditions les plus sévères, les plus âpres, la race bostonienne me semble la plus affinée et la plus mystérieuse de toutes les races américaines. Los femmes étant en majorité à Boston, il y en a beaucoup qui restent filles. Aussi toutes les forces vitales (lu\'llos ne peuvent dépenser dans l'amour ou la inatornit»', elles les emploient à assouplir et fortifier la beauté de leur corps par des exercices de sport où la grâce ne perd pas ses droits. Toutes les réserves de
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nleur cœur se dépensent en intellectualitô : elles adorent lamusiquc, elles adorent le théâtre, la littérature, la peinture, la poésie. Elles savent tout, comprennent tout, restent chastes et réservées, ne rient jamais très fort, ne parlent jamais très haut. Elles sont aussi éloignées de la race latine que le pôle nord l'est du pôle sud; mais elles sont intéressantes, délicieuses et captivantes.
C'est donc avec le cœur un peu gros que je quittai Boston pour me rendre à New-Haven.
Quelle ne fut pas ma surprise, en arrivant à l'hûtel à New-Haven, d'y trouver Henri Smith, l'homme à la baleine. «Ah! mon Dieu! m'écriai-jo en me jetant dans un fauteuil. Que me veut-encore cet homme? » Je ne tardai pas à le savoir. Un tapage internai de cuivres, tambours, trompettes {et casseroles, je crois), m'attiraà la fenêtre ; et je vis une immense voiture entourée d'une escouade de nègres en minatrels et, sur celte voiture, une affiche abominable, coloriée, monstrueuse, me représentant debout sur la baleine qui se défendait, et lui déchirant le fanon. Des hommes suivaient, portant des sandwiches sur lesquelles était écrit :