PRÉFACE
Us Tuoîles sources sont tirés ces mémoires. -Quelle est Is par de la veuve dans leur composition.
Non seulement les papiers Intimes, mais tous les papiers d'étude, qu'a laissés Miclielet, nous révèlent qu'il a plusieurs fois songé sérieusement, sinon à écrire précisément des Mémoires , mais à résumer les principaux événements de sa vie. Son premier essai, qui date de 1820, avait un but très noble et très élevé, celui : ce de n'oublier jamais les biens et les maux qu'il avait éprouvés, et de se ménager ainsi les moyens d'améliorer l'avenir par le passé. »
Le cœur, non plus, ne fut pas étranger à cette première tentative : « Sa part, dit Michelet, est l'espérance de continuer, ainsi, à vivre près de quelqu'un qui m'est bien cher, si ma mort, que
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je crois prochaine, venait à nous séparer prématurément ; c'est pour mon ami d'enfance , Paul Poinsot, que je me décide à faire, en abrégé, bien moins l'histoire de mes actions, qui, au total, ont été peu de chose, que celle de mes impressions. Je ne prétends pas y mettre beaucoup d'ordre chronologique; je l'écrirai au fur et à mesure que les faits se présenteront à mon souvenir. Ce journal rétrospectif, rédigé pour un seul, sera marqué d'un cachet de vérité que l'on trouve rarement dans les biographies faites avec l'arrièrepensée de poser, un jour, sur un piédestal devant la postérité. »
Malheureusement la mort de Poinsot, arrivée un an plus tard, — 1821, — et les préoccupations de l'enseignement qui suivirent bientôt après, firent négliger d'abord, puis abandonner à peu près complètement ce projet. Ce qui devait être un livre resta une ébauche. Mais, grâce à Dieu, elle s'est enrichie depuis. Michelet a toujours éprouvé un grand bonheur à faire revivre les souvenirs lointains de son enfance et de
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sa jeunesse. J'en ai trouvé des preuves innombrables dans tous ses papiers. Ces notes m'ont paru d'autant plus précieuses à recueillir et à grouper, qu'elles contiennent en germe, nous le verrons en avançant , ses plus belles préfaces, et plusieurs mênie de ses livres.
En 1864 , ayant eu l'occasion de remuer ses cartons, de revoir en partie ses journaux, il eut la pleine conscience des trésors qu'il laisserait après lui à son futur biographe.
« Le temps avance, écrit-il à cette date ; je ne ferai probablement jamais mes Mémoires ;mms^ dans mes notes éparses et tant d'années accumulées, dans mes journaux que j'ai repris avec suite à partir de 1838 , dans les programmes de mes livres, dans les matériaux de mon enseignement , surtout dans mes cours inédits du Collège de France, — oiitant de fois, j'ai porté devant mes auditeurs mon cœur saignant des malheurs de la patrie et de mes propres blessures; enfin, dans mes préfaces, plutôt dans leur préparation que dans le texte même , j'en laisserai tous les élé-
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ments. C'est là, que j'ai exprimé mes pensées et mes sentiments les plus intimes sous la forme la plus vivante, la plus originale, la plus vraie, j'oserai dire la plus féconde. »
On jugera encore mieux de l'importance que Michelet attachait à tout cet ensemble de notes et de journaux , si je dis de quel nom il l'appelait : c( Une seconde âme qui n'oubli^ rien de ce qu'on lui confie, » ou, plus expressément encore : « Mon âme de papier. »
(.(. C'est, dit -il, la singularité des temps modernes. Chacun y met ses affaires, — bien plus, ses idées, — bien plus, son vice, sa passion... Quelle prise forte, dangereuse pour les ennemis, les tyrans... C'est une arme à deux tranchants qu'on laisse imprudemment après soi. Dieu nous garde, si elle venait à tomber, un jour, dans des mains hostiles.
» Les Juifs écrivaient tout... dans la mémoire, non ailleurs. Cela se peut, à la rigueur, pour les chiffres et des choses sans nuances; mais le meilleur de la vie moderne, de. l'âme, est précisément dans les nuances délicates, qu'on ne retient pas, dans le successif de la vie, qui par cela môme s'efface »
Aussi, Michelet, dans son inquiétude de cette fragilité de la mémoire, avait-il pris de bonne