‹ Ma justification pour avoir fait triompher civilement les décrets romains au Canada [microforme]Chapitre 33 sur 76 · J. B. PROULX, PRE, V. R. U. L. M · texte numérisé non relu

J. B. PROULX, PRE, V. R. U. L. M

P. S.—Dans une lettre précédente, Votre Grandeur paraissait appréhender quelque peu la visite de Mgr Bégin à Rome. Réellement, je ne crois pas qu’il y ait lieu d’en rien craindre. Il peut bien ge faire que Mgr l’Evêque de Chicoutimi soit chargé de transmettre quelques représentations auprès de la Cour romaine ; mais son esprit de conciliation et de justice, en face des explications et des désirs qui lui seront exposés, n'ira pas loin. Du reste, dans l’état actuel des choses, chaque attaque qu’on essaiera contre notre position, sera pour nous l’occasion d’une victoire. C’est ennuyeux d'entendre toujours récriminer, c’est peutêtre mieux. Par là, la lumière se fait sur maints points obscurs, et maintes finesses apparaissent enfin,

au grand jour, cousues de fil blanc. Le Séminaire de Québec finira par échapper à des influences qui lui nuisent, et cette vénérée institution redeviendra ellemême; alors, l’âge d’or renaîtra dans le monde universitaire, et ce loup de Vice-Recteur habitera avec

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les brebis qui paissent ‘‘ dans ces prés fleuris qu’arrose le Lairet ”.—J. B. P.

Enfin, dans ma justification, nous voici arrivés aux deux dernières pièces, les principales. J'aurais dû peut-être commencer par là; mais je ne me sentais pas pressé d'y arriver:

d’abord parce qu’il est toujours pénible de mettre une tierce personne en cause directement, ensuite parce que je prévoyais fort bien qu'à Rome on sait assez lire entre les lignes pour entrevoir clairement les raisons qui avaient été les mobiles de notre conduite, lorsque, à notre grand regret, nous avons jugé à propos de ne pas consulter officiellement le Conseil Universitaire. De plus, je n’étais pas fâché, les circonstances l'ayant permis, avant de dire le dernier mot sur cette question, de laisser aux événements, à mes supérieurs immédiats, à nos

accusateurs eux-mêmes, le temps et le soin de

me justifier, du moins ea grande partie.

Voyons maintenant : 1° quels ont été ces motifs de ma conduite ; 2° sur qui doit retomber la responsabilité de ce que, pendant toute cette transaction de l’Union entre les deux Ecoles de Médecine, Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec a été laissé dans l'ignorance

de tout ce qui se passait.

MÉMOIRE

Où il est démontré qu’il était, prudemment, impossible de saisir le Conseil Universitaire du projet de loi, destiné à opérer l'union entre l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, et la Faculté de Médecine de l’Université Lavai à Montréal.

MonTRÉAL, 12 mars 1891.

Son Eminence le Cardinal SIMEONI, Préfet de la S. ©. de la Propagande.

EMINENTISSIME SEIGNEUR

Je viens aujourd’hui exposer à Votre Eminence les raisons qui nous ont empêchés de saisir le Conseil Universitaire du projet de loi (bill), que nous avons présenté à la Législature de la Province de Québec, pour cimenter civilement les arrangements arrêtés entre les Evêques de la Province de Montréal et l'Ecole de Médecine et de Chirutgie de Montréal, aux

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fins d'assurer l’union entre la dite Ecole et la Faculté de Médecine de l’Université Laval à Montréal.

Déjà, dans mon ‘ mémoire sur la nécessité de l’influence épiscopale dans le règlement de nos difficultés universitaires à Montréal,” présenté à Votre Eminence le premier juin 1890, j’ai donné les principaux motifs qui conseillaient et pressaient, d’après moi, de laisser cette affaire de l’union, si on voulait qu’elle réussît, complètement et entièrement à la sagesse et à l’autorité des Archevêque et Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal. Je répète ici l’exposé de ces motifs, vu que, les circonstances étant les mêmes, ils valaient à l’automne de 1890, tout comme au printemps de cette même année. (Au Supplément, Document N° XX.)

‘ Dans ce chaos d’aspirations diverses, pour pro- ‘ duire la lumière, pour créer et établir l’ordre, pour ‘‘ concilier les esprits, pour attirer les volontés vers ‘un même but, pour désigner un terrain commun ‘où tous les intérêts peuvent raisonnablement se ‘rencontrer, il faudrait qu’il y eût, sur les lieux, “ connaissant à fond tous les détails de la question ‘* ainsi que toutes les sensibilités des susceptibilités ‘locales, une haute et grande influence morale, calme, ‘“ désintéressée, acceptée de tous, qui parlerait et agi- ‘ rait ‘‘tanquam potestatem habens ”.

‘ Or, quelle sera cette haute influence ?

‘6 Le Séminaire de Québec ?

‘ Non.

“ Il est censé être partie dans la question, et il a été ‘trop activement mêlé dans les luttes du passé.

‘ Le Conseil Universitaire ?

‘ Non.

‘ Quelque grave, quelque digne qu’il puisse être, ‘et quelque impartial qu’il veuille bien se montrer, ‘ilexiste encore contre lui, quoique la Constitution ‘ Jam dudum soit venue établir pour l’avenir une ‘ base indubitable à la confiance, trop de préjugés ‘ dans le district de Montréal. La question n’est pas ‘“ de savoir si c’est à tort, ou à raison. Le fait existe. ‘* Quand il s’agit d’accomplir une grande œuvre, ‘ toutes les fois qu’il n’y a pas un mal réel à le faire, ‘“ il faut bien prendre les hommes comme ils sont. ‘ Les courants d'opinion changent petit à petit; mais ‘ on ne les voit pas, généralement, se détourner, d’aval ‘en amont, en un clin d'œil, du jour au lendemain.

“ Si l’on veut un écho du sentiment d’un trop grand ‘ nombre, qu'on lise les paroles suivantes : ‘ C’est le ‘ Conseil de l’Université Laval qui a toujours refusé ‘ d'accorder à l'Ecole les conditions raisonnables... ‘ si l'union n’a pu être effectuée jusqu’à ce jour, c’est ‘ dû aux exigences injustes et partiales de l’Univer- ‘ gité Laval. Cette union n’a pu être effectuée, parce ‘“ que l’Université Laval a toujours voulu enlever à ‘“ l'Ecole de Médecine sa belle position et ses grands ‘ hôpitaux, .…”?

‘ Je ne tairai par les remarques que, l’été dernier, ‘ j’entendais faire presque chaque jour. ‘‘ Le Recteur ‘ de l’Université ne se gêne pas de dire que l’Univer-

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‘“sité est venue enseigner à Montréal malgré elle, que ‘ Rome l'y a forcée, que la succursale lui a été impo- ‘ sée; que, pour lui personnellement, il ne désire ‘ rien tant que de l’abandonner; qu'il a fait dans ce ‘ sens des démarches auprès du Saint-Père ; que, tout ‘en acceptant avec respect la Constitution Jam dudui, ‘“ il est mécontent de la manière dont elle a été accor- ‘ dée ; qu’elle détruit en grande partie, sans qu’on ait ‘ daigné lui demander son consentement, les condi- ‘tions qui avaient été posées lorsque l’Université ‘avait concédé la succursale à Montréal; qu’il n’a ‘aucune confiance dans son efficacité, ete. Dans de “ pareilles dispositions d'esprit, me disait-on, com- ‘ment pouvons-nous compter à Montréal sur le zèle ‘ du Recteur, du Président du Conseil Universitaire, ‘ pour promouvoir les intérêts du siège montréalais ‘de l’Université, pour protéger et développer ses ‘ besoins locaux, pour aplanir avec bonté et patience “les mille difficultés d’une situation délicate et ‘tendue.

‘ Alors, quelle sera donc cette haute influence mo- ‘ rale ?

“# D'après moi, l’épiscopat de la Province ecclésias- “ tique de Montréal : pourvu que, officiellement et os- ‘ tensiblement, il soit placé, par qui de droit, sur des “ hauteurs si sereines, dans une position si indépen-

“ dante qu’on ne puisse, même chez les plus soupçon- ‘{ neux, suspecter se complète liberté d'action. ?”

‘ L'épiscopat, chez nous, malgré nos misères, est ‘* encore respecté. Il a fait la nation, il a protégé toutes

“ nos libertés religieuses et civiles, et le peuple le sait. ‘ Son caractère le met au dessus des luttes de parti ; et ‘“ son intérêt est de rendre justice à tous les droits, à ‘ toutes les aspirations légitimes qui font appel à son ‘ impartialité. On accepte volontiers, en général, sa ‘ mission de diriger dans toutes les matières qui ‘ touchent à la foi et aux mœurs ; et, dans le cas pré- ‘ sent, selon ma manière de voir, il est le seul modt- ‘ rateur qui soit acceptable à tous.

‘ J'irai plus loin, toutes nos autres difficultés ne ‘ trouveront de solution véritable et durable que dans ‘ l'action supérieure, libre, indépendante et efficace “ de l’épiscopat. En dehors de là, il n’y aura que des ‘“triomphes momentanés, des victoires plus désas- ‘{ treuses que des défaites, et des luttes toujours renaissantes, luttes d'autant plus déplorables que des ‘ prêtres et de puissantes institutions ecclésiastiques ‘y sont mêlés. ”

Or, à son retour de Rome, vers le milieu du mois d'août 1890, ces préjugés contre le Séminaire de Québec, contre le Conseil Universitaire, contre Mgr le Recteur, je les trouvai, comme de plus belle, réveillés, soulevés, surexités.

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Avant d'aller plus loin, on voudra bien me permettre deux remarques :

La première, c’est que, dans ce “ Mémoir: sur l4 nécessité de l'influence épiscopale,” je : s blâmé précisément le Conseil Universitaire, ae l'ai pasace t

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d'être la seule cause de cet état de choses ; j'ai surtout rejeté la faute sur le malheur des circonstances. Je n'ai jamais cru qu’il est opportun de toujours revenir sur les plaies et les plaintes des années antérieures ; pour guérir les maux d une situation, je suisd’avis qu'il faut jeter un voile sur le passé, et, comme deshommes, prendre les choses au point où elles en sont rendues, travaillant avec modération et bonne volonté à l’amélioration de l'avenir.

La seconde, c’est que l’événement est venu prouver que j'avais été bon prophète, quand je disais : ‘ Quelle ‘sera donc cette haute. influence morale ”, capable d'amener l’union ?—* D’après moi, l’épiscopat de la ‘ Province ecclésiastique de Montréal : pourvu que, ‘officieilement et ostensiblemeut, il soit placé, par qui ‘ de droit, sur des hauteurs si sereines, dans une po-

‘“ sition si indépendante, qu’on ne puisse, même chez ‘les plus soupçonneux, suspecter sa complète liberté d'action. ”

En effet, à peine y avait-il trois mois que les Evéques avaient pris en main l'affaire de l'union, que déjà les arrangements étaient, non seulement conclus avec l'Ecole de Médecine, mais encore légalisés par le parlement de la Province de Québec, et cela, malgré les obstacles innombrables qu’on s'était offorcé de soulever de toutes parts.

Ainsi Se régleraient facilement toutes les autres difficultés, si on voulait en laisser, franchement, le règlement à l’autorité de l’épiscopat.

Donc, à mon retour de Rome, je me trouvai en face de forts préjugés, anciens et nouveaux.

Pendant mon absence, le 17 avril 1890, je crois, quelques professeurs de la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal avaient cru devoir envoyerà Sa Grandeur Mgr l’Archevêque de Montréal,une lettre dans laquelle, entre autres choses, il était dit : ‘ La conduite de ces élèves n’a rien de surprenant, ‘quand on sait que quelques professeurs de l'Ecole ‘ prêéchent ouvertement l’éducation laïque, sans con- ‘ trôle religieux. La faiblesse de l’enseignement de ‘ l'Ecole, l’inconduite de ses élèves, les principes hé- ‘{ térodoxes de quelques-uns de ses professeurs, tout ‘ indique que c’est une institution vermoulue jusque ‘‘ dans ses fondations ; il est complètement impos- ‘* sible de l’améliorer, de la consolider, parce qu’elle ‘“ manque de bases solides. Il faut qu’elle s'écroule ; ‘“ et les matériaux qui en resteront pourront à peine ‘“ être utilisés dans un autre édifice, bâti sur de bonnes ‘ fondations. Avec les fautes de son passé et celles ‘ de son présent, l'Ecole ne peut échapper au sort qui f l'attend qu’en s’unissant à l’Université Laval ; sans ‘* l'union, elle doit péricliter sans cesse et finir misé- “ rablement, et cela, dans un avenir assez prochain.” (Au Supplément, Document No XXI.)

Cette lettre était devenue publique, et elle avait créé un sentiment de surprise, de colère, d’irritation,

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et même d’indignation chez tous les membres de l'Ecole de Médecine, et chez leurs amis qui sont légion.

Je n’accuse ni le Séminaire de Québec, ni le Conseil Universitaire, ni aucun membre du Séminaire ou du Conseil, d’avoir été pour quelque chose dans l’inspiration ou la rédaction des avancés que renferme cette lettre ; je ne les accuse pas même de les avoir, soit directement soit indirectement, approuvés. Mais, (je ne rapporte que ce que tout Montréal sait) voici le bruit persistunt que la rumeur publique apportait chaque jour à mes oreilles: ‘Ceux qui se disent les meilleurs amis à Montréal du Conseil Universitaire, ceux que l’on suppose être en rapport fréquent avec les premiers dignitaires du Conseil, ne cachent pas leur sentiment d'approbation, et se frottent les mains d’aise en affirmant que cette lettre a tué la charte de l'Ecole, ainsi que l’union sur les bases de la charte, pour toujours. Comment parleraient-ils avec tant d'assurance, s'ils ne se croyaient l’écho de la pensée universitaire ? ” Vraiment, pour l’Université, ç’aurait été le cas de dire: ‘ Seigneur, délivrez-nous de nos amis.”

J'irai plus loin. Jusqu’à la fin, même après que la lettre pastorale des Eêques de la Province de Montréal eut été lue dans les églises, même après que notre bill fut introduit devant la Législature, même après que le texte télégraphié de la lettre du Souverain Pontife à l’Honorable Premier Ministre du Gouververnement de la Province de Québec eut été publiée

dans les journaux, certains personnages, reconnus

comme amis dévoués de la politique que poursuivait Mgr Paquet à Montréal, proclamaient hautement que le bill ne passerait pas, et qu'une surprise nous attendait au dernier moment. Quelle serait cette surprise ? On entrevoyait bien quelque chose, ‘ mais, je ne sais trop pour quelle cause, on ne distinguait pas très bien; ” cependant, cette affirmation, positive et vague en même temps, semait le désarroi quelque part, la défiance et le malaise partout.

De son côté, l'École de Médecine, qui tenait à tout prix à conserver son existence corporative, tout en consentant à amender sa charte au gré des Evêques, disait: ‘* Nous voulons bien traiter avec les Evêques de la Province de Montréal, vu qu’ils n’ont pas d’objection à la conservation de notre charte, mais avec les Evêques seulement. Nous ne voulons pas traiter avec le Conseil Universitaire, parce qu’il exige la disparition de cette charte.”

Et je savais que c'était la vérité, d’abord par le résultat des négociations qui avaient eu lieu dans le passé entre l’Université et l'Ecole de Médecine, ensuite par tu petit papier que s'était empressé de me remettre M. l'abbé Marcoux, au nom de Mgr Paquet, quelques jours seulement après ma nomination comme Vice-Recteur, le 4 du mois d'août 1889, lorsque, pour la première fois, sous mon administration, il fut question d’union entre les deux Écoles de Médecine. Cette

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petite feuille contenait, mot à mot, les renseignements suivants :

Projet d'union avec l’École Victoria, le 22 octobre ‘: 1885.

‘ Il a été résolu de prendre pour base les disposi-

tions suivantes :

“1° Que l'École disparaisse au moins virtuelle-

ment ;

‘2° Que les dix professeurs du Conseil de l'École

soient acceptés comme professeurs de la succur-

sale ;

‘3° Qu'ils puissent recevoir le même salaire qu’ils ‘reçoivent actuellement à l’Ecole ;

“4 Que le Séminaire se charge de la dette de ‘ l'École, au montant de $14,00 ou 815,000, en pre-

nant possession de la propriété;

‘5° Que les dix professeurs susdits ne puissent ‘ être renvoyés que sur une demande du conseil supé-

rieur.—Pour copie conforme, J. E. Marcoux.”?

Cependant, les amis de l'École de Médecine déver-

saient daus la presse quotidienne le trop plein de leur défiance et de leur indigns :0n

Même, il parut un pamphlet qui cireula dans le public, largement, intitulé: “Le dernier chant des serins de Laval,” dans lequel la lettre de quelques médecins de la Faculté de Médecine de l’Université Laval à Montréal est loin d’être ménagée; elle y est appelée ‘un libelle où l’impudence le dispute à la

je — 152 —

mauvaise foi, où le mensonge s’allie au manque de logique, où la grammaire elle-même est impitoyablement maltraitée.”?

Votre Éminence trouvera à la fin du mémoire, pour son information, une collection de phrases, cueillies çà et là dans les pages de ce virulent pamphlet. (Au Supplément, Document N° XXII.)

Le 18 octobre, les élèves de l’École de Médecine donnaient un grand banquet qui était destiné, avant

eh tout, à être une protestation publique et éclatante

contre l’union. On y fit des discours enthousiastes. î L'un d’eux disait: ‘‘ Une belle-mère s’en vint un jour et dit à notre Alma mater: Ôte-toi, que je me mette; et notre Alma mater lui a fièrement répondu: J’y suis, j'y reste. Qu'elle vive, notre École, et qu’elle devienne le berceau d’une Université indépendante et catholique.” Un autre, parlant des signataires de la

lettre à Mgr l’Archevêque de Montréal, s'écriait : “C’est faibles: avec cette classe de calomniateurs qu’on propose de person marier l'École de Médecine, votre Alma mater !” pendar J’annexe également au mémoire un extrait du rap- heurter port de ce banquet, qui parut dans les journaux de ses fin Montréal. Ces deux documents montreront à Votre laissan | Éminence, mieux que n'importe quelle considération pour u que je pourrais faire, jusqu’à quel diapason de surex- porter citation était monté le sentiment d’un trop grand perdre nombre de personnes. (Au Supplément, Document N° XXIII.) Les choses en étaient arrivées au point que les si- Au :

gnataires de la lettre du 17 avril 1890 crurent devoir ceptibi.

envoyer au président de l'Ecole de Médecine la déclaration suivante:

‘ Dans un discours prononcé à l’hôtel Richelieu le ‘18 courant, comme on le voit dans l’Etendurd, le ‘ Dr J. M. Beausoleil ayant affirmé que les profes- ‘ seurs de la succursale de l’Université Laval, Mont- “ réal, avaient accusé les docteurs Hingston, Duro- “ cher, Desjardins, Brunelle, Poitevin, Coderre, Tru - ‘ del, d’avoir enseigné l’immoralité la plus éhontée, ‘“ nous opposous à cette assertion le démenti le plus ‘“ formel.—Nous profitons de l’occasion pour vous ‘ rappeler que notre mémoire était un document en- ‘‘ tièrement privé, adressé aux autorités compétentes, ‘et que la partie du mémoire, à laqueile fait allusion ‘le Dr Beausoleil, était une citation qui ne s’adres-

‘ sait pas aux membres actuels de l’Ecole.”

Sans doute, il ne faut pas obéir, aveuglément, avec faiblesse, à tous les courants de l’opinion publique ; personne plus que moi, je crois, n’a montré son indépendance sous ce rapport. Maïs aussi, à quoi bon les heurter inutilement? Ne vaut-il pas mieux arriver à ses fins, tout doucement, par de légers détours, en laissant une porte de retraite aux esprits sincères, pour un moment égarés ? Pourquoi vouloir tout emporter par la force, au risque de tout briser et de tout perdre irrévocablement ?

Au milieu des intérêts divers et des diverses susceptibilités qui étaient en jeu à Montréal, après de

longues et délicates négociations, on était enfin tombé sur une rédaction qui satisfaisait les parties contractantes. Le changement d’un seul mot aurait pu réveiller quelque part des récriminations, et détruire la balance et l’équilibre des arrangements. Il fut donc convenu que, à part la clause qui traitait des biens, la Légis'ature devait accepter le bill tel que présenté, ou le bill serait retiré. Or, je savais que Mgr Paquet, président du Conseil Universitaire, n’était pas d'avis de l’accepter tel que nous l’avions rédigé. Cependant, une simple hésitation de ce côté, le moindre délai, sans qu’il fût besoin d’un acte formel de refus, suffisait pour jeter un désarroi complet dans un milieu déjà trop défiant, ahuri et nerveux.

‘ Mais êtes-vous bien certain que Mgr Paquet n’é- ‘® tait pas d'avis d'accepter le bill, tel que vous l’aviez ‘€ rédigé ? ”’—J’en étais tellement convaincu que je ne craignis pas d'écrire à Son Eminence le Cardinal Taschereau, ‘ comme à la seule autorité capable d’exercer une pression salutaire, pour la supplier d’épargner au pays le scandale,” qu’aurait causé une opposition du Conseil Universitaire devant le parlement. (Au Supplément, Document N° XXIV). Bien loin de me défier de l’action de Son Eminence, et de vouloir m'y soustraire, comme on a essayé de faire croire que c'était mon intention, j'avais recours ‘avec la plus sincère franchise, comme avec la plus grande simplicité, à son esprit de modération bien connu, pour prévenir des démarches dont les conséquences auraient

été incalculables.” (Au Supplément, Document N°: XXV.)

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“ Mais, qui vous assurait que le Conseil Universitaire, ou Mgr Paquet, n’était pas d’avis d'accepter tout de suite votre bill, tel que vous l’aviez rédigé ? ” —Qui? Mais un témoin irrécusable. Laïissant de côté la prévision évidente d'événements inéluctables, et la rumeur publique, je me contente du témoignage de Mgr le Recteur lui-même, qui est venu nous le dire solennellement, devant le Comité des bills privés, dans un document officiel.

‘ Le projet de loi actuellement soumis à la discus- ‘“ sion nous avait d’abord paru demander certains ‘amendements...

‘ D'un autre côté, la loi proposée, d’après l’opinion “ de plusieurs de nos plus habiles légistes, paraissait ‘{ froisser les lois de Laval et blesser les décrets ponti- ‘ ficaux.

‘ Nous nous trouvions ainsi dans une espèce d’em- ‘ barras et de perplexité,et nous nous demandions s’il ‘ neserait pas à propos,afin de nous conformer davan- ‘‘ tage aux décrets pontificaux, de suggérer des amen- ‘ dements à la loi, amendements qui auraient fait ‘ disparaître tout doute et qui auraient renfermé les ‘volontés ex presses du Saint-Siège,telles qu’exprimées ‘ dans la Constitution Jam dudum.” (Au Supplément, Document N° XII.)

Le bill tombant, c'était l'avortement pour toujours

des espérances d'union ; c'était la division établie en permanence dans nos études universitaires à Montréal ;

c'était la chute des décrets romains ; c'était la disparition à bref délai de la succursale de l’Université ; c'était, sur les ruines et de la succursale et des décrets, l'établissement d’une Université laïque, avec toutes les conséquences funestes que j'ai énumérées à Rome, au mois de mai 1890, dans mon ‘‘ Mémoire sur les ressources à créer pour la succursale, ” (Au Supplément, Document N° XXVI.)

Dans ces circonstances, pour prévenir des résultats d'une gravité aussi déplorable, pour assurer le triomphe des lettres apostoliques, salvis juribus universitatis, les Evêques ont fait ce qu’ils ont compris que le Saint-Siège demandait de leur prudence, de leur sagesse, de leur soilicitude et de leur autorité.

Et ils ont bien fait.

C'est à mon humble opinion ; c’est aussi, encore aujourd’hui, après mûr examen, l'opinion des évêques de la Province de Montréal ; et, dans leur lettre du 31 janvier dernier, ils l’ont exprimée respectueusement, mais empathiquement, à Notre Très Saint Père le Pape. Je la cite, et je termine; car, après un tel témoignage, il me serait impossible d’en chercher et d’en trouver un autre plus autorisé, plus explicite, et plus concluant.

‘ Saisirle Conseil Universitaire du bill qui devait opé- ‘rer l’union, aurait été, dans l’état de préoccupation ‘ des esprits, et,d’ailleurs, pour une cause particulière- ‘ ment propre à Montréal, un moyen assuré de sou- ‘ lever des oppositions et de faire échouer le projet :

‘‘ telle était, et demeure encore, notre intime convic- ‘tion, ” (Voir plus haut, N° XX).

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Espérant que ce quatrième mémoire complètera, auprès de Votre Eminence, de même qu’auprès de ceux qui auront l’occasion et la patience de les lire tous jusqu’au bout, la justification entière de ma manière d'agir dans cette affaire de l’union des deux Ecole: de Médecine à Montréal, je demeure avec le plus profond respect et la plus haute considération,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROUIXX, Pre, V. R. U. L. M.

MonNTRÉAL, 13 mars 1891.

Son Eminence le Cardinal SIMEoN1,

Préfet de la S. C. de la Propagande.

EMINENTISSIME SEIGNEUR

Je vous ai adressé aujourd’hui même mon quatrième mémoire, où je démontre qu’il nous a été, prudemment, impossible de saisir le Conseil Universitaire du bill que nous présentions à la Législature de la Province de Québec. Déjà, dans trois mémoires précédents, j’ai prouvé que le dit bill ne violait pas les décrets romains, qu’il ne froissait pas les droits

universitaires, et que, en tout, le Vice-Recteur avait agi en union avec l’épiscopat de la Province ecclésiastique de Montréal.

Que reste-t-il maintenant de la plainte portée aux pieds du Souverain Pontife: ‘ conquestus est apud Summum Pontificem Eminentissimus Cardinalis Archiepiscopus Quebecensis quod, in pertractando negotio unionis inter scholam medicam et facultatem medicinæ partis marianopolitanæ universitatis Lavallensis, omnia acta fuerint inaudito imo inconscio Eminentissimo præsule et summo concilio universitatis in urbe Quebecensi constituto ? ” (Voir plus haut, No.)

Il reste ceci: que Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec n’a pas été averti. En cela, on a, certainement, eu grand tort; et, pour ma part, je le déplore infiniment.

Mais, était-ce bien au Vice-Recteur de Montréal à avertir Son Eminence ? Ne lui suffisait-il pas, à lui, d’avertir le Recteur ? Appartient:il au Vice-Recteur, ou au Recteur de l’Université, de communiquer officiellement, dans le cours ordinaire des choses, avec le Chancelier Apostolique ?

Or, le Recteur, dès le premier commencement, a été tenu au courant de ce que l’on voulait faire à Montréal, puis de ce qu’on y faisait, puis de ce qu’on y avait fait. Il n’en tenait qu’à lui, au fur et à mesure que les événements se développaient, d'en donner avis et connaissance à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec.

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Le 15 du mois d'août, en arrivant de Rome, j’allai porter à Mgr Paquet les mémoires que j'avais présentés à Votre Eminence, et en particulier j’attirai son attention sur celui où je traitais de ‘‘ la nécessité de l'influence épiscopale dans le règlement de nos difiicultés universitaires.” Môme, je lui en lus la conclusion :

‘ De plus, aujourd’hui, je demande humbleraent, mais instamment, qu’on veuille bien écrire aux mêmes dits Archevêque et Evêques, de la part de Notre Très Saint Père le Pape, faisant appel à leur prudence, à leur discernement et à leur autorité, afin que tous, au Canada, sachent bien qu’il leur appartient par une mission spéciale de prendre les moyens de régler cette question, de lever les obstacles, d’apaiser les esprits, de demander des sacrifices convenables, et d'amener entre les deux Ecoles de Médecine une union juste et équitable.” (Au Supplément, Document No XX.) Puis je lui indiquai, dans mon rapport à l’'Archevêque de Montréal, la page où se lit la réponse à cette demande, je veux dire la lettre Haud ignorat.

C'était le temps, pour Mgr Paquet, d’avertir Son Eminence !: Cardinal Archevêque de Québec de mes desseins hardis, s’il croyait que réellement ils empiétaient sur les droits du Conseil Universitaire ; c'était le temps de se plaindre, à Rome, du Vice-Recteur. En supposant, qu'il ne l’ait pas fait alors, parce qu'il aurait été persuadé que jamuis je ne réussirais à tra-

duire ce dessein pratiquement dans mes actes, le même prétexte n’existait plus le 25 septembre 1890.

Car, le 25 septembre, je lus moi-même à Mgr Paquet les princines fondamentaux qui devaient servir de base à l’union des deux Ecoles de Médecine, lui laissant voir la signature que Nosseigneurs les Evêques venaient d’apposer au bas de cet important document.

Cette pièce se lit comme suit, et elle renferme en substance toutes les dispositions du bill :

‘ Du consentement de Nosseigneurs l’Archevêque

‘‘ de Montréal et les Evéques de St-Hyacinthe et de ‘ Sherbrooke, l’union entre la Faculté de Médecine “ de l’Université Laval à Montréal et l'École de Mé- *‘ decine et de Chirurgie de Montréal, pourra se faire ‘ d’après les principes suivants:

“1° La charte de l'École pourra être conservée et ‘ mise à la base de la Faculté de Médecine de l’Uni- ‘* versité, pourvu que cette charte soit amendée de ‘ manière à incorporer civilement toutes les disposi- ‘tions de la Constitution Jam dudum ;

‘2° Que tous les membres actuels des deux Écoles ‘“ se trouvent, ipso facto, par la passation du bill amen- ‘dant la charte, membres de la nouvelle Faculté ‘ composée des deux corps enseignants aujourd’hui ‘ distincts ;

‘* 8° Que la nouvelle Faculté composée de tous les ‘ membres des deux corps réunis sera régie d’après ‘“ Ja charte telle qu’amendée, et suivant les règlements ‘ universitaires tels que délimités par la Constitution ‘Jam dudum ;

‘ C'est-à-dire, l'École de Médecine et la Faculté ‘ Laval mettent en commun leurs avantages qui sont

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“ de nature différente: l'École communique à la Fa- ‘ culté ses avantages civils, et la Faculté communique ‘“ à l'Ecole ses avantages canoniques et universitai- “res.” (Au Supplément, Document N° XIII.)

Pouvais-je tenir une conduite plus ouverte, plus franche, plus loyale? A peine y avait-il quelques heures que le document était signé, que déjà je l’étalais sous les yeux de Mgr Paquet. Pourquoi n’en donnait-il pas avis à Son Eminence? C'était un mois et demi avant que je me présentasse devant le parlement. Son minence aurait eu le ten:ps de faire régulièrement, par lett:e, des représentations au Saint- Siège, si Elle l’eût jugé à propos.

Je descendis à Québec, le 10 novembre. Dès les premiers jours de mon séjour dans la capitale provinciale, je me fis un devoir de rendre visite à Mgr le Recteur, et je lui fis connaître, en détail, la teneur du bill que je venais soumettre à la Législature. Au lieu de me faire des coleres et des ecènes impossibles, je regrette de le dire, pourquoi, plutôt, ne pas aller tranquillement en donner connaissance à l’Eminentissime Chancelier Apostolique ?

Mgr Paquet connaissait si bien notre bill, qu’il se préparait depuis plusieurs semaines à l’amender, et qu’il a pu dire, dans sa déclaration solennelle, devant le Comité des bills privés: ‘‘ Le projet de loi actuellement soumis à la discussion nous avait d'abord paru demander certains amendements.” On n’amende pas ce qu’on connaît pas.

Bien plus, dans ce même document, Mgr Paquet

avoue explicitement qu’il connaît le bill dans ses moindres détails, puisqu'il précise la nature des amendements à suggérer : ‘ Amendements qui auraien: fait disparaître tout doute et qui auraient renfermé les volontés expresses du Saint-Siège, teiles qu’exprimées dans la Constitution Jam dudum.” (Au Supplément, Document N° XII.)

Cependant, dans toute cette conduite, je ne le cache pas, il reste pour moi un point incompréhensible. J’ai beau songer, je ne puis l’éclaircir. Auraït-on voulu, par hasard, tenir Son Éminence le Cardinal Archevéque de Québec danrx l'ignorance la plus complète de tout ce qui se faisait, afin de la surprendre au dernier moment, et, par là, nous ménager à nous-mêmes une surprise, comme on se plaisait si volontiers à nous en prédire une pour la fin?

Dans tous les cas, il m'était impossible de mettre Mgr Paquet plus au courunt de nos intentions et de nos démarches à propos de ce bill, quand bien même je lui en aurais écrit officiellement. Or, il ne me paraissait pas convenable d'écrire officiellement au Conseil Universitaire, que je ne le consulterais pas offciellement, Le Conseil s’en apercevait bien, que je ne le consultais pas; et son président, Mgr Paquet, le sachant comme il le savait, pouvait fort bien l’avertir que je ne le consulterais point. Au moins, ce me semble, aurait-il pu donner, en temps opportun, sans attendre à la dernière heure, un petit avis à Son Émi. nence le Cardinal Taschereau.

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later à Votre Eminence ces choses pénibles aussi clairement, aussi crûment; j'ai attendu plus de deux mois, jusqu’à aujourd’hui, pour le faire avec autant de détails. Mais, après tout, ce n’est pas moi qui ai soulevé cette question, cherché cette querelle ; je n’attaque personne de mon plein gré: je me fais que me défendre, ou défendre la cause de l'Université à Montréal. Mais, enfin, la vérité a des droits ; et je dois aussi des égards, sinon à moi-même, du moins aux illustrissimes Evêques qui ont bien voulu prendre, d'eux-mêmes, généreusement, sur leurs épaules toute la responsabilité d’une conduite que j'étais prêt à faire mienne, et la mienne seule.

Vous demandant pardon de tout le trouble et de tous les ennuis que vous a causés ee nouvel incident de nos misères universitaires, je suis et serai toujours, avec le respect le plus profond et la consäüdération ln plus haute,

De Votre Eminence, Eminentissime Seigneur,

Le très humble et très obéissant serviteur,

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