SALUT ET BÉNÉDICTION APOSTOLIQUE
Parmi les sollicitudes variées que Nous suscite de toutes parts l’accomplissement exact de Notre charge Apostolique, il en est une que nous acceptons volontiers : c’est celle qui tend à fournir, en tout lieu, aux intelligences désireuses de se livrer à l’étude des lettres, l’occasion et l'opportunité de s’en rendre facilement maîtresses; afin de détruire entièrement, si c'est possible, les erreurs qui naissent le plus souvent de l'ignorance des lettres et qui défigurent la doctrine Sacrée de ia République Chrétienne; or cet objet, l'expérience de tous les siècles nous apprend que les Universités ont puissamment concouru à l’obtenir.
Depuis longtemps Nos Vénérables Frères l’Archevêque de Québec, Pierre-Flavien Turgeon, et les autres Evêques du Canada, Nous avaient fait exprimer, par la Sacrée Congrégation préposée à l’extension du nom
chrétien, le vœu de voir ériger canoniquement une Université Catholique dans la ville de Cruébec.
Cette Université, mise sous la protection de la Bienheureuse Vierge Marie conçue sans péché, a été fondée, il y a vingt-quatre ans, par le Séminaire de Québec, qui s'était assuré du bon plaisir du Saint-Siège et du plein appui du pouvoir civil. Dernièrement, Notre Vénérable Frère Elzéar-Alexandre Taschereau, Archevêque de Québec, et Notre Bien-Aimé fils Thomas-Etienne Hamel, Recteur de cette même Université, Nous ont présenté une supplique pour en obtenir l'institution canonique. Par le témoignage de Nos Vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine attachés à la Sacrée Congrégation préposée à l’extension du nom chrétien et réunis en assemblée générale le 8ième jour de mai 1876, Nous Nous sommes assuré de la certitude des faits suivants, à savoir: la ville de Québec doit être regardée comme la Métropole de la religion catholique dans l’Amérique Septentrionale, puisqu'elle est la mère de soixante diocèses; cette ville offre un accès facile aux habitants de toutes les parties du Canada; l’Université dont où demande l'institution canonique, est abondamment fournie de très-vastes édifices, dignes d’admiration par l’art qui ; préside et par la grandeur des frais qu'ils ont occasionnés ; de plus elle renferme une riche bibliothèque, des musées variés et très bien montés, capables d'aider à l’acquisition des sciences de tout genre ; elle est soumise au gouvernement et à la direction d'hommes pleins de sagesse, dont plu-
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sieurs ont puisé la doctrine ici même dans la ville des saints apôtres Pierre et Paui, dans Notre Université Grégorienne de la Société de Jésus et dans les classes de St-Apollinaire; elle a moduit les fruits lss plus excellents eï pour la religion chrétienne et pour la société civile elle-même, en protégeant les jeunes gens contre la corruption des mœurs, par la construction de vastes édifices où ïls demeurent sous la surveillance et la discipline de prêtres expérimentés; elle laisse à espérer des avantages plus grands encore et pour la religion et pour les bonnes mœurs: à ces causes, Nous avons décrété d’ériger, d’instituer et de confirmer la susdite Université canoniquement, sur les mêmes bases, aux mêmes titres et avec la même importance que les {niversités les plus célèbres. Suivant le désir de Nos mêmes Vénérables Frères, Nous voulons et décrétons que cette institution se fasse aux conditions suivantes, savoir: le Protecteur de la dite Université sera le Préfet pro tempore de la susdite Sacrée Congrégation de la Propagande, fonction remplie aujourd’hui par Notre Fils Chéri Alexandre Franchi, Cardinal Prêtre de la Sainte Eglise Romaine du titre de Ste-Marie in Transtevere ; l'Archevéque de Québec remplira la fonction de Chancelier Apostolique; la dite Université jouira du pouvoir de conférer les honneurs du Doctorat et les autres degrés académiques inférieurs dans chacune des facultés, suivant les règles ordinaires des Universités; la haute surveillance de la doctrine et de la discipline, c’est-àdire de la foi et des mœurs, sera confiée à l’Archevê-
que et à tous les Evêques de la Province de Québec ou du Bas-Canada; tout le reste devra être réglé d’après la décision donnée par la Sacrée Congrégation de la Propagande en date d'1 1° février 1876, et d’après les Règlements mêmes de l’Université, dont une longue expérience a prouvé la sagesse et l'utilité.
Mais comme la Souveraine de la Grande-Bretague, la Reine Victoria, a depuis longtemps doté et enrichi l’Université d’une Charte renfermant les plus amples privilèges et à laquelle Nous ne voulons déroger en rien ; et comme Sa Majesté a laissé à la même institution l'entière liberté de se gonverner elle-même, Nous sommes heureux, d’après l’avis de Nos Vénérables Frères, de combler d’éloges mérités, pour les raisons données ci-dessus, Sa Majesté la Reine, le Gouvernement Fédéral et celui de la Province de Québec.
Enfin, Nous exhortons fortement les Evêques de la Province de Québec à faire en sorte que leurs Séminaires et Collèges soient affiliés à l’Université Laval, qui a fourni et fournit encore tant de preuves de sa saine doctrine et de l'intégrité de sa foi ; afin que les élèves soient de mieux en mieux préparés à fréquenter cette institution. Nous recommandons aussi à tous les Archevêques et Evêques de la Puissance du Canada, &e faire leur possible pour envoyer à cette Université les jeunes gens de bonne espérance qui pourront y faire leur cours d’études ; pour persuader aux parents de ne pas laisser leurs fils jouir de leur propre liberté en leur permettant d’errer dans la ville de Québec, mais de les confier plutôt à ce pensionnat construit
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exclusivement pour surveiller leur conduite morale et leur faciliter l’avancement dans l'acquisition des sciences : pensionnat élevé au prix de si grands et de si nombreux sacrifices par le Séminaire de Québec ; pensionnat au soutien duquel ont contribué, avec une si grande libéralité et uniquement pour le bien de la jeunesse studieuse, les professeurs et directeurs euxmêmes, à l’exemple de leurs devanciers.
Nous décrétons que les présentes et leur contenu ne pourront être d’aucune manière notées, combattues, enfreintes, retirées, sursises, restreintes, amoindries, sujettes à dérogation en quelque point, ni parce que certains intéressés dans cette matière, ou ceux qui prétendraient l’être n'auraient pas été appelés, cités ou entendus, ni pour toute autre cause, occasion ou prétexte provenant de subreption, obreption, nullité ou défaut d'intention de Notre part; Nous entendons de plus que les présentes Lettres ne soient en aucune façon comprises dans les constitutions quelconques révocations, restrictions, dérogations, modifications» ordonnances, déclarations, soit générales soit particulières, mêmes que ce Siège Apostolique pourrait faire par son propre mouvement, science certaine et plénitude de pouvoir; mais qu’elles en soient toujours exceptées; qu’elles soient et demeurent à perpétuité valides, stables et efficaces ; qu’elles sortissent et produisent leurs effets pleins et entiers, et soient obser-
vées à perpétuité et inviolablement par tous ceux que
cela concerne ou concernera d’une manière quelconque à l’avenir; qu’elles soient à tout jamais un appui
souverain pour l’Université, érigée comme il vient d’être dit, ainsi que pour tous ses membres; et ainsi qu'il a été dit, devra-t-il être pensé, jugé et défini par les juges quelconques ordinaires ou délégués, même par les Auditeurs des causes du Palais Apostolique, ainsi que par les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, tout pouvoir et autorité de juger et d'interpréter autrement leur étant enlevé à tous et à chacun d’eux, de telle sorte que, s’il arrivait à quelqu'un, sciemment ou par ignorance, de vouloir attenter à ce qui est ci-dessus statué, son jugement serait nul et de nulle valeur, quelle que fut d’ailleurs son autorité.
C’est pourquoi nous enjoignons, par Rescrit A postolique, à Notre Bien-aimé Fils Alexandre Franchi, Cardinal Prêtre de la Sainte Eglise Romaïne, Préfet de Notre Sacrée Congrégation de la Propagande, et à ses successeurs pro tempore, de faire exécuter Nos présentes Lettres et leur contenu, et à cet effet Nous lui donnons et accordons toute faculté, autorité et juridiction de toute nature, afin qu’il devienne pour l'Université et tous ses membres un appui et un défenseur efficace ; qu’il veille à ce que les présentes Lettres et leur contenu soient inviolablement observés par ceux que cela concerne ou concernera plus tard ; qu’il fasse que l’Université elle-même et ses membres jouissent en paix et se félicitent des avantages qui leur sont assurés par la teneur des présentes, et qu’il reprime au besoin les contradicteurs, en observant ce que de droit.
Nonobstant, autant que de besoin, Notre Règle et celle de Notre Chancellerie de jure quæsito non tollendo ;
il vient et ainsi fini par , même tolique, Romai- ‘éter au- ’eux, de nent ou -dessus valeur,
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nonobstant les édits généraux de Nos Prédécesseurs les Pontifes Romains, ou Leurs constitutions et ordonnances spéciales ; nonobstant les Règlements de la dite Université ou les In dults et Lettres Apostoliques de quelque teneur et forme que ce soit ; auxquels documents, et à chacun d'eux, nous dérogeons pour l'effet des présentes, pour cette fois seulement, aussi largement et pleinement que possible, quand même il serait nécessaire pour cela d’en insérer ici la teneur
totale, d’en faire mention spéciale, spécifique, expresse
et individuelle et non pas seulement par des clauses générales comportant cet effet, ou bien de les exprimer de quelqu’autre manière et d'employer quelque forme particulière ; toutes lesquelles teneurs, mentions, clauses, expressions et formes, Nous voulons par la teneur des présentes, être regardées comme pleinement et suffisamment exprimées et insérées, tout en leur conservant leur force ailleurs, et nonobstant toutes les autres choses contraires.
Nous voulons en outre qu’on ajoute aux copies des présentes Lettres, soit manuscrites, soit imprimées, pourvu qu’elles soient contresignées de la main d’un officier public, et revêtues du sceau d’un dignitaire ecclésiastique, absolument la même foi que l’on accorderait aux présentes Lettres si elles étaient exhibées et montrées.
Que nul homme donc ne se permette d’enfreindre ou de contredire, par une audace téméraire, cet écrit par lequel Nous érigeons, instituons, confirmons, soumettons, accordons, exhortons, ordonnons, dérogeons
et exprimons notre volonté. Si quelqu'un se rend coupable d’une telle présomption, qu’il sache qu’il encourra l’indignation du Dieu Tout-Puissant et de Bienheureux Pierre et Paul ses apôtres.
Donné à Rome, auprès de St-Pierre, l’an de l’Incarnation de Notre Seigneur mil huit cent soixante-seize, le 15 de mai, de Notre Pontificat l’an XXX.
f CARDINAL ASQUINI, C. GORI, sous-dataire.