DOCUMENT N° IX EXTRAIT
du Journal “ le National, ” 21 novembre 1890.
Mais l’infatigable agitateur, l’Ame du trio démolisseur, c’est M. le Vice Recteur. Grand, osseux, peu sec cependant, pas blond, figure mobile, l’œil pénétrant : tel est, en grandes lignes, l’homme trouble dont je veux vous dire un mot.
Monsieur l’abbé est très actif, il doit aimer la lutte et l’impromptu, car il n’est jamais à bout de ressources. On dit même qu’il a plusieurs manières d'opérer. Vous le voyez partout, s’accrochant à tous. Est-ce à son intention que le mot tentacule a été jeté dans le grimoire de l’histoire naturelle ? On le dirait.
Il vous approche comme pour vous offrir des bonbons, l'instant d’après il vous a touché, vous sentez comme quelque chose qui vous lie : le magnétisme vous pénètre, vous essayez de regimber, l'opérateur vous accompagne sans se déranger, il a de la poigne et s’en sert ! Il est dans son jeu favori. Vous essayez d’une objection, il rétorque d’un distinguo insaisissable. Enfin vous tombez entièrement sous le charme, confus et aosorbé ; après l’obsession, la possession !
L'opérateur vous impose sa thèse jusqu’à la lie. Vous êtes pris, tenu, secoué, vaincu : Laval ou meurs !
Il vous lâche étourdi, suant, énervé, fou... Vous rentrez en vous-même... mais, le moyen de se recon-
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naître après un pareil ébranlement de tout votre être ? Il vous reste à peine l'instinct de retourner aux bonbons qu’il vous avait offerts de sa main la plus douce.
Cet homme est un vrai dompteur de Canayens! Dès le troisième jour de son arrivée, c'était à qui éviterait sa rencontre. Six ou sept députés s'étaient coulé un mot-d’ordre qu’ils se transmettaient à l’approche du danger : Gare ! voilà le crampon !..….….
Ce bon homme a essayé de convaincre les députés ‘ que la question universitaire de cette année n’est pas du tout la question universitaire renvoyée d six mois par la législature, l’an dernier. ”
Et pourtant c’est la même embüûche dressée par les mêmes entremetteurs. C’est bien la victime à laquelle ils s’acharnent depuis un an. Il n’y a de changé que la mise en scène. Des personnages muets en 1889, ont pris goût à la parole ; les voilà qui éclatent comme des trompettes.
C’est lui, le Vice-Recteur, qui après plusieurs mois de séjour à Rome, nous est revenu avec le phénoménal résultat suivant: ‘‘ La faculté de médecine de l’Université Laval à Montréal peut faire avec l'Ecole de médecine et de chirurgie de Montréal une union sur les bases de la charte dûment amendée. ” (Rapport sur sa mission à Rome à Sa Grandeur Mgr Fabre par l’abbé J.-B. Proulx, 1890, Rome, imprimerie A. Befani.)
Et d’abord la charte de qui, Monsieur l’abbé ?
Et puis cette conclusion n’est pas une trouvaille, elle était avant votre départ ce qu’elle est après votre
retour. Du fond de n'importe quelle paroisse on pou-
vait découvrir cela.
Ça ne valait pas la peine assurément de changer de gou-
vernement.
La Succursale peut s'unir à l'Ecole, dit le rapport ; t
bien, mais ce n’est pas ce que vous voulez, puisque c’est l'Ecole que vous détruisez en l’unissant à la Succur-
sale L'Ecole doit-elle s’effacer pour s’unir à Laval ?
Nous répondons emphatiquement : NON !...….. Faisse le ciel que nos législateurs ne consomment pas cette iniquité : la destruction de l’Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal.
THoMaAs.
Galerie des journalistes, 19 nov. 1890.