DOCUMENT N° XXVI EXTRAITS
Du Mémoire, de l'abbé J. B. Proulx, sur les ressources à créer pour la Succursale.
La chute de la Succursale entraîne, ce qui est à mes yeux un bien plus grand malheur, la chute des décrets romains, et en particulier de la Constitution Jam dudum, qui est venue, en son temps, les expliquer, les éclairer et les couronner tous.
Je le répète, ce serait un malheur, une vraie calamité: la politique romaine, si calme et si suivie, aurait subi un échec ; par ce fiasco, on aurait réussi à faire avorter les desseins du Saint-Siège, et on accoutume ainsi notre population si chrétienne, si respectueuse, à tenir peu compte des ordres et des désirs de Rome, comme de choses que l’on peut mettre de côté impunément; on affaiblit la confiance naïve, et l’on déflore la filiale ingénuité de la foi.
La Constitution Jam dudum est un acte de haute sagesse, qui assure et consacre l'unité universitaire sous la seule forme possible dans notre pays démocratique, où la décentralisation dans l'exercice des pouvoirs est passée et établie, d’une manière irrévocable et irrésistible, dans l’esprit public et les mœurs populaires. L’idée 1e dépendre minutieusement, pour le détail des affaires locales, d’une autorité centralisatrice, où l’on croirait ne pas avoir une influence proportionnée à l'importance des intérêts qu'on repré-
sente, suffirait, même avant tout acte de juridiction quelconque, pour blesser la confiance, paralyser l’initiative et entraver le développement des desseins les plus généreux. Or, la Constitution Jam dudum, tout en respectant les droits acquis, garantit l'exercice de toutes les libertés légitimes. Elle porte dans son sein la solution de toutes nos difficultés et le germe de notre paix ; il suffit de la bien comprendre et de l’appliquer franchement. A tout prix, il faut en assurer le fonctionnement aisé, régulier, large et loyal. Aussi, avec quelle joie et quelle reconnaissance ne fut-elle pas reçue dans l’archidiocèse de Montréal, par tous les esprits modérés. Monseigneur l’Archevêque de Montréal pouvait écrire à Son Eminence le Cardinal Simeoni, le 4 septembre 1889: ‘ La Constitution Jam dudum accordée à notre Université par la
bienveillance de Notre Saint Père le Pape a été publiée,et accueillie par le clergé et les fidèles de cette province de Montréal avec les sentiments de la plus vive reconnaissance pour le Saint-Siège.”
Cependant, tous ne l'ont pas vue paraître avec autant de plaisir, non seulement parmi les adversaires déclarés de toute Université Catholique, ou parmi les adversaires secrets d’une Université Catholique à Montréal sous le nom de Laval, mais encore, il ne faut pas se le cacher, parmi ceux qui sont censés tenir de plus près à l’Université Laval elle-même, Heureusement le nombre, je crois, n’en est pas grand. Ce sentiment pénible que la Constitution a produit dans ces trois camps divers, camps extrêmes, complè-
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tement opposés jusqu'ici, est la meilleure preuve de sa sagesse, de son à-pfopos et de son utilité. Elle est venue donner des espérances et des forces aux esprits modérés et pratiques; et, parmi les catholiques du Canada, c’est la grande masse. In medio stat virtus.
Donc, certains amis très dévoués du Séminaire de Québec, chagrins de n’avoir pas été, à propos de la Constitution Jam dudum, consultés par la Cour de Rome, prétendant qu’elle modifie en grande partie les conditions posées lors de la concession de la Succursale, se demandent si ces changements sont pour le plus grand bien de l’Université prise dans son ensemble, et à l'avantage des fortes études.
Je les excuse volontiers: la peine est souvent un voile, qui empêche de voir les choses sous leur aspect véritable. Certainement, dans le cas présent, ils ne voient pas que, la position étant devenue insoutenable à Montréal, la Constitution Jam dudum est arrivée à son heure, pour sauver les intérêts tant de la religion que du Séminaire de Québec lui-même, lui permettant de sortir, avec honneur, d’embarras autrement sans issue ; ils ne voient pas que, si cette constitution ne réussit pas à fonctionner, on n’en viendra point au premier état de choses, lequel du reste était loin d’être forissant, mais qu’on laisse le champ libre à leurs anciens et irréconciliables ennemis, et qu’on ouvre la porte à des dissensions et à des disputes qui bouleverseront encore une fois le Canada tout entier, et dont le Séminaire de Québec sera la première victime et le plus grand souffre-douleur.
En effet, la chute simultanée de la Succursale et de la Constitution Jam dudum relèverait les espérances de ceux qui veulent, pour Montréal, une Université Catholique indépendante; de suite, les esprits s'échaufferont, les pétitions pleuvront sur Rome, et la lutte recommencera plus vive encore que par le passé, plus passionnée, plus radicale.
“ Très bien, me répondra-t-on, mais jamais, dans ces conditions de rivalité et d’hostilité, le Saint-Siège ne permettra, à Montréal, l'établissement d’une Université Catholique.” Je le crois. Mais alors, qu’arriverait-il? Sur les ruines de la Succursale et des décrets romains, s’élèvera une Université laïque.
Si la Succursale suspend ses cours, immédiatement des écoles laïques de droit et de médecine se croiront justifiables de demander à la législature le pouvoir d'accorder des degrés universitaires, et il ne fait doute pour personne qu’elles l’obtiendront.
Une Université laïque pourrait, tout d’abord, n’être pas mauvaise, à raison de l’honnêteté et des principes de ceux qui l’organiseruient ; mais il n’est pas moins vrai qu’elle constituerait un danger sérieux pour l’aveuir. Il existe au Canada un groupe d’hommes, qui ne veulent pas de l’influence du prêtre en matière d'éducation. Cette école doctrinaire peut grandir, les circonstances aidant. Il s’élèverait, immanquablement, des rivalités entre l’Université laïque de Montréal et l’Université Catholique de Québec; ces hommes profiteraient de tous les froissements, de tous les malentendus, pour pêcher en eau wrouble et augmenter
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le nombre de leurs adhérents. L'Eglise perdra pour toujours l’occasion de diriger, d’une manière autorisée, reconnue et légale, les études universitaires à Montréal. Si la Charte civile d'une Ecole de Médecine « pu tenir en échec pendant si longtemps les forces réunies de Laval, que ne pourra la Charte d’une Université? Et pour n’avoir pas su se plier aux circonstances, pour sauver des intérêts secondaires que personne du reste ne veut méconnaître, on aura compromis les grands intérêts de la religion, restreint les bienfaits de l'éducation universitaire donnée au nom de l'Eglise, et créé un foyer d’indifférence et, peut-être, d’hostilité religieuse.
Prévenons un tel malheur. Sauvons la Succursale, sauvons les décrets apostoliques; et, par là, nous aurons sauvé l’honneur de la religion, ainsi que l’avenir de la haute éducation catholique dans le district de Montréal, et même dans toutes les parties du pays...
me mt