LIVRE III
autorisés à rentrer dans les villes d'où ils avaient été chassés et à y réédifier leurs églises et leurs écoles. Nos Missions de Mandchourie, qui, depuis nombre d'années, se trouvaient placées en fait sous la protection du viceconsul d'Angleterre à qui avait été remise, en l'absence d'un agent français, la défense de nos intérêts, avaient eu gravement à se plaindre, après la guerre sino-japonaise, de la façon dont le vice-consul britannique, M. Hosie, de confession protestante, et frère lui-même d'un pasteur de l'Église presbytérienne, loin de les protéger et de les défendre, les avait, au contraire, abandonnées et desservies. Bien que le gouvernement chinois ne fût, à aucun degré, responsable de cette situation, je dus, après une enquête approfondie, dont je confiai le soin à notre consul général à Tien-tsin, M. duGhaylard, la lui signaler, en le prévenant que j'allais, selon les instructions de mon gouvernement, prendre les mesures nécessaires pour y remédier. Je prévins en même temps mon collègue d'Angleterre, sir Claude Mac Donald, plaçai sous ses yeux les résultats très significatifs de l'enquête à laquelle M. du Chaylard avait procédé, et cherchai avec lui les moyens de mettre fin à une gestion dont nous avions le regret de n'être point satisfaits. Pour ménager toutes les susceptibilités, je proposai à M. Hanotaux de créer au sud de la Mandchourie, à Nieou-tchouang, un vice-consulat français, dont la direction serait provisoirement confiée à notre vice-consul à Tche-fou, M. de Pommayrac. C'est la solution qui fut adoptée. M. de Pommayrac se rendit à Nieou-tchouang pour prendre possession de son nouveau poste. J'avisai le Tsong-li ya-men que c'était M. de Pommayrac qui aurait la défense directe de nos intérêts et la protection de nos Missions sur tout le territoire de la
Mandchourie compris dans sa circonscription consulaire. Le règlement des affaires religieuses du Thibet et du Kouang-si demeurait respectivement confié à M. Haas, notre consul à Tch'ong-k'ing, que j'avais spécialement chargé d'assurer la réintégration de nos Missions à Batang, Yaregong, Yerkalo, Atentse et Tse-kou, et au vicaire apostolique du Kouang-si, Mgr Chouzy, qui, avec l'assistance de notre consul, me représentait auprès du haut fonctionnaire chinois désigné pour traiter et conclure avec lui.
Lorsque à la fin de septembre 4896, au retour de ma croisière dans le golfe du Petchili et sur la côte occidentale du Japon, je m'arrêtai quelques jours à Tien-tsin, j'avais été saisi par la Mission lazariste, et notamment par le Père Favier, venu au-devant de moi, d'une requête instante pour le rétablissement depuis longtemps convenu et promis de notre église de Tien-tsin, incendiée en 1870 à la suite d'une violente émeute dans laquelle notre consul et le chancelier de notre consulat, plusieurs misrsionnaires et religieuses et un certain nombre d'étrangers ;avaient été odieusement massacrés. Les ruines de notre •église au lieu dit Wang-hai-leou. où elle s'élevait jadis, étaient depuis un quart de siècle comme un reproche à l'impunité dont l'abominable attentat de 1870 avait été couvert, comme un défi à notre trop longue patience. Un décret impérial ayant, en 1870 même, ordonné la réédifîcation de l'église et la Mission lazariste se déclarant prête à se charger elle-même de tous les travaux ainsi que des dépenses, il n'y avait aucune raison pour retarder et différer davantage l'acte de réparation et d'expiation qui s'imposait. Dès mon retour à Pékin, après avoir attentivement et de nouveau examiné toutes les pièces du dossier,