‹ Ma mission en ChineChapitre 118 sur 180 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

douanes étaient ouverts, les réseaux télégraphiques étaient raccordés, et les deux gouvernements s'étaient mis d'accord sur la construction d'une première ligne de chemin de fer entre Dong-dang et Long-tcheou, comme sur le principe d'une autre ligne destinée à relier ultérieurement Lao-kai et le Fleuve Rouge à la capitale provinciale du Yun-nan. La piraterie avait cessé. Les derniers chefs suspects avaient été écartés et mis hors d'état de nuire. Les autorités militaires et civiles des deux côtés de la frontière avaient pris l'habitude de se visiter, de se concerter, de collaborer. Les colonels Servière et Pennequin avaient commencé à fonder une méthode et une tradition de rapports confiants et harmonieux qui peu à peu devinrent la règle. Le commandant des forces militaires du Kouang-si, le général Sou, avait, de son côté, adopté le même système. Décoré de la commanderie de la Légion d'honneur, il était allé, en 1896, célébrer à Hanoï, avec les autorités françaises, la fête nationale du 14 juillet. Il avait, d'autre part, reçu chez lui à plusieurs reprises nos commandants de postes et nos fonctionnaires. C'est lui qui avait le plus sincèrement et le plus efficacement concouru avec nos autorités à la répression de la piraterie, au rétablissement de l'ordre, à l'heureuse et rapide terminaison des opérations d'abornement, comme d'installation de la police mixte. Nommé depuis 1896 chef de l'administration officielle du chemin de fer de Longtcheou, il s'était mis aussitôt en rapports avec nos ingénieurs, et il nous eût prêté, je n'en doute pas, un loyal concours si certains représentants de la Compagnie de Fives-Lille, et, j'ai le regret de le dire, l'un de nos consuls, fâcheusement inspiré, n'eussent entravé, contrecarré et compromis le succès de la première ligne de

pénétration dont nous avions, au prix de tant de difficultés, obtenu la concession.

Le bruit avait couru, dans les premiers mois de 1897, après la mort de M. Rousseau, gouverneur général de rindo-Chine, que je pourrais être appelé à recueillir sa succession. L'Agence Reuter avait déjà annoncé comme un fait accompli cette nomination que Li Hong-tchang et les ministres chinois considéraient de même comme officielle. Bien que cette intention, qu'eut en effet pendant quelques jours le gouvernement de la République, n'ait pas été suivie d'exécution, et bien que le successeur de M. Rousseau dût être M. Paul Dounier, le bruit qui avait couru de ma nomination éventuelle eut du moins cet avantage de mieux disposer encore le gouvernement chinois à regard de llndo-Ghine et de le confirmer dans son désir de donner aux relations entre le Céleste-Empire et nos possessions le caractère le plus amical. Les préoccupations fort légitimes que le gouvernement de la République avait pu pendant dix années conserver sur l'avenir de notre colonie devaient être désormais bannies de notre pensée. La Chine, instruite et éclairée par notre attitude politique de Tannée 1895, non seulement nous acceptait comme voisins, mais comprenait elle-même l'utilité et l'avantage des relations ainsi et définitivement établies entre elle et notre propre « dominion » asiatique.

C'est dans ce même esprit de confiance et de loyauté que le gouvernement chinois, pendant les derniers mois de ma gestion, exécuta les clauses des divers arrangements conclus avec la France, soit pour la ligne de Dongdang à Long-tcheou, soit pour l'arsenal de Fou-tcheou. Le général Sou et les autorités du Kouang-si avaient, dès les derniers mois de 1896, installé à Long-tcheou même

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