‹ Ma mission en ChineChapitre 58 sur 180 · LIVRE II m · texte numérisé non relu

LIVRE II m

fonctionnaires et du gouvernement chinois lui-même, à un étrange imbroglio. J'ai déjà indiqué, au livre !•' (chapitre m) de cet ouvrage, comment, dans les premiers jours de mai 1895^ et lors des premières démarches faites à Tokio pour la rétrocession des territoires mandchouriens, le prince E'ing et les ministres du Tsong-li ya-men avaient insisté auprès de moi pour que l'île de Formose fût, comme le Leao-tong et la Mandchourie méridionale, soustraite à l'annexion du Japon. Ils m'entretenaient des résistances de la population, d'un mouvement qui s'était formé dans l'île pour s'opposer à l'annexion. Tls me soumettaient divers plans ou propositions consistant, si le gouvernement français secondait les desseins de la Chine, à nous offrir la concession d'avantages extraordinaires ou même le protectorat de l'île elle-même. Un haut fonctionnaire chinois, Wang Tche-tch'oun, qui, après une mission de courtoisie en Russie, avait été chargé de négocier un emprunt à Paris, profitait de son séjour dans notre pays pour saisir M. Hanotaux des singulières propositions dont j'étais, de mon côté, saisi à Pékin par le Tsong-li ya-men. Nous eûmes, M. Hanotaux et moi, beaucoup de peine à nous délivrer de ces obsessions et à faire comprendre aux ministres chinois qu'il n'entrait nullement dans notre pensée de remettre en question toutes les clauses du traité de Shimonoseki. Il fallut les menacer d'une demande de rappel de l'envoyé chinois et de la remise d'office de ses passeports à Wang Tche-tch'oun pour en finir avec cette tentative qui eût risqué de compromettre gravement le succès de l'action déjà entamée à Tokio au sujet des territoires mandchouriens.

A Formose même, une partie de la population, mais surtout les fonctionnaires de l'île, parmi lesquels Lieou

iO{ ' MA MISSION EN CHINE

Yong-fou,rancien chef des Pavillons-Noirs, etTcheng Kitong, ancien chargé d'affaires à Paris, avaient essayé de former une république. Tcheng Ki-tong, improvisé ministre des Affaires étrangères de ce gouvernement éphémère, avait remis, en rade de Eelung, au commandant d'un de nos bâtiments de guerre qui s'y trouvait de passage, une lettre adressée au gouvernement français et par laquelle la République de Formose exprimait le désir de se placer sous le protectorat de la République française.

Mais le 3 juin, les Japonais, qui, depuis la fin de mars, avaient occupé le groupe des Pescadores, débarquèrent des troupes dans le nord de Formose, et s'emparèrent le même jour de Kelung, après un combat dans lequel 300 Chinois perdirent la vie. Depuis le 20 mai, le gouverneur intérimaire de Tile, T'ang King-song, et tous les fonctionnaires chinois avaient reçu de Pékin l'ordre de rentrer en Chine. L'amiral Kobayama avait été nommé par le gouvernement japonais gouverneur général de Fîle. Le 4 juin le fils de Li Hong-tchang, Li King-fang, nommé commissaire chinois pour la remise de l'île, s'acquitta de sa mission entre les mains du nouveau gouverneur japonais. Le seul effet de toute l'agitation qui s'était produite dans l'île, et dont le gouvernement chinois avait eu la faiblesse de se faire l'instrument ou le complice, avait été d'avancer d un mois la cession effective de Formose au gouvernement de Tokio.

Le gouvernement espagnol avait, dès l'expédition dirigée par les Japonais contre les Pescadores, manifesté des inquiétudes au sujet des Philippines et de ses intérêts dans le Pacifique. Il avait ensuite, lors de l'intervention des trois puissances après le traité de Shimonoseki, demandé à se joindre à elles et à exprimer, en ce

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