‹ Ma mission en ChineChapitre 59 sur 180 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

qui le concernait, le vœu de recevoir du gouvernement japonais l'assurance que l'annexion de Formose et des îles adjacentes excluait de la part du Japon toute réclamation et prétention sur les îles situées dans l'Océan Pacifique au sud et au sud-est de Formose, notamment à partir du parallèle qui passe par l'axe du canal de Bashi. La France et la Russie avaient appuyé cette demande auprès du gouvernement japonais, qui répondit être prêt à donner cette satisfaction à l'Espagne, pourvu que l'Espagne s'engageât envers lui par une déclaration réciproque. Le 7 août fut, en conséquence, conclue entre le gouvernement japonais et le ministre d'Espagne à Tokio une convention aux termes de laquelle le parallèle passant par le milieu du canal navigable de Bashi était reconnu comme la limite entre les possessions espagnoles et japonaises. Le gouvernement japonais donnait, en outre, à l'Espagne comme à l'ensemble des puissances, les assurances les plus expresses sur l'entière liberté de la navigation dans le canal de Formose.

M. Hayashi (Tadasu), vice-ministre des Affaires étrangères à Tokio, avait été désigné le 23 mai comme ministre du Japon à Pékin. Le gouvernement chinois avait tout d'abord exprimé, par l'entremise du ministre des États- Unis, l'avis qu'il y aurait avantage à différer l'envoi et l'installation des représentants des deux gouvernements jusqu'au règlement définitif des conditions de rétrocession du Leao-tong, jusqu'à la prise de possession de Formose par le gouvernement japonais et même jusqu'à la conclusion du traité de commerce prévu par l'article 6 du traité de Shimonoseki. Tel n'était pas l'avis du gouvernement japonais qui, au contraire, se proposait de faire régler précisément par son nouveau ministre les diverses

'questions demeurées encore en suspens. M. Hayashi recevait, en conséquence, dès le 3 juin, Tordre de se mettre «n route. Il s'embarquait le 5 à Yokohama à bord d'un •bâtiment de guerre japonais. Le 15, après avoir fait •quelques escales, il débarquait à Tien-tsin d'où, après avoir rendu visite à Li Hong-tchang et à Wang Wen-chao , il était monté directement à Pékin.

C'est le 25 juin que je reçus sa première visite officielle. Agé de 45 ans, de taille plutôt élevée, d'aspect agréable, et de manières très européanisées, M. Hayashi, bien que comprenant le français, ne s'exprimait facilement qu'en anglais. Les premiers entretiens que j'avais eus avec lui révélaient un homme fort intelligent et instruit, aussi ferme de pensée que modéré de langage. Il m'avait parlé des événements de la dernière guerre et des négociations de la paix avec une rare impartialité. Il apportait, dans ses jugements sur la Chine, outre une connaissance profonde du sujet et le désir de le mieux pénétrer encore, une indulgence presque occidentale. Il avait, en appréciant cette civilisation asiatique, le détachement d'un homme qui avait cessé d'y appartenir uniquement.

M. Hayashi fut reçu le 7 juillet en audience solennelle par l'Empereur, à qui il remit ses lettres de créance. Dans ses premières conversations avec les princes et ministres chinois, il insista pour la prompte désignation d'un ministre qui représenterait la Chine à Tokio, comme il était venu lui-même représenter le Japon à Pékin. Le 10 juillet, selon le désir qu'il avait fermement exprimé, un décret impérial nommait comme envoyé -extraordinaire auprès de la cour du Mikado Yu-keng, Chinois des bannières, l'un des protégés du prince Kong et qui, durant les six derniers mois^ avait été le

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