LIVRE III
France, elle veille à ce que la situation politique, inaugurée en 1895 et consacrée par le traité de 1896, ne reçoive nulle atteinte et se fortifie au contraire à mesure que les événements font une loi à l'alliance franco-russe de lutter en Extrême-Orient contre les influences rivales.
La France, à cette même date, et tout en poursuivant sans relâche la solution des diverses négociations qu'elle A successivement engagées avec la cour de Pékin, se préoccupe, dans son intérêt et celui de son alliée, comme dans l'intérêt de la Chine elle-même, soit de récupérer ei rétablir certaines fondations abolies ou périmées, soit de créer, seule ou en association avec des puissances alliées ou amies, de grandes entreprises destinées à accroître, en même temps que ses propres avantages et son influence, la prospérité et la richesse de la Chine.
Au nombre des fondations créées par nous et dont le rétablissement nous paraissait le plus désirable était l'arsenal de Fou-tcheou. Cet arsenal, créé en 1866, après la soumission des Taï-ping, par l'illustre vice-roi Tso Tsongt'ang, avait été placé, de 1866 à 1874, sous l'administration d'un haut commissaire impérial assisté d'un étatmajor français dont faisaient partie, avec MM. Giquel ^t d'Aiguebelle, officiers de notre marine, des ingénieurs, des professeurs, ayant eux-mêmes pour les seconder douze -contremaîtres et vingt-cinq chefs-ouvriers ou ouvriers de notre nationalité. Depuis 1874, l'arsenal avait continué à être dirigé par un commissaire impérial et un état-major indigène recruté parmi les Chinois qu'avait formés la mission Giquel ou qui étaient allés suivre en France les ■cours du génie maritime^ jusqu'à ce qu'en 1884, dans les difficultés qu'avait soulevées entre la France et la Chine l'affaire du Tonkin, le vice-amiral Courbet, remontant la
rivière Min, fût amené à détruire, sous le feu de son escadre, l'arsenal même qui avait été édifié par nos soins. Au lendemain de la guerre sino-japonaise, lorsque la Chine, désireuse de reconstituer ses forces, se préoccupait de nouveau de la question des arsenaux, un censeur, Tchen-pi, avait proposé d'en confier la restauration et le rétablissement à Tindustrie indigène privée. Des sociétés chinoises s'étaient formées dans ce but, et des agents allemands s'appuyaient sur elles pour essayer d'obtenir, sous ce couvert, une sorte de régie de quelques arsenaux. J'avais été moi-même avisé, dès le principe, par le consul général de la République à Shanghai, par notre viceconsul à Fou-tcheou, et aussi par le dernier des Français demeuré à l'arsenal comme professeur, M. Médard, des efforts faits dans ce sens par les associés sino-allemands. Si nous voulions éviter que l'arsenal, jadis créé par nous, passât entre des mains allemandes, il n'y avait pas de temps à perdre. J'agis donc sans retard auprès du prince K'ing, et, avec l'assentiment de M. Hanotaux, dont j'avais aussitôt provoqué les instructions, je priai le contreamiral de Beaumont de vouloir bien, par l'un des bâtiments de son escadre, faire visiter ce qui restait de Tarsenal, tandis que l'un de nos compatriotes, M. Dujardin- Beaumetz, envoyé en mission en Chine par notre Comité des Forges, s'arrêtait lui-même à Fou-tcheou, à ma demande, pour se rendre compte de ce qu'il y aurait à faire en vue d'une reconstitution éventuelle de l'arsenal sôus une direction française. A cette même date, le vice-roi du Fou-kien, Pien Pao-ts'iuan, à qui le gouvernement de Pékin avait demandé un rapport, et avec lequel notre vice-consul, le commandant du croiseur VAlger, enfin M. Dujardin-Beaumetz s'étaient successivement mis en