‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 10 sur 285 · ADOLPHE WAGNER · texte numérisé non relu

ADOLPHE WAGNER

vieille fille comme elle, se faisait remarquer par sa haute taille et son extrême maigreur. La bizarrerie de son visage, très sympathique au demeurant, était aggravée par un menton étonnamment pointu. Mon oncle Adolphe avait une fois pour toutes établi son cabinet de travail dans un triste réduit sur la cour. C’est là que je le vis pour la première fois de ma vie, entouré d'un chaos de livres, vêtu d’un costume d’intérieur qui n’avait de caractéristique qu’un haut bonnet de feutre pointu, semblable à ceux des paillasses qu’on voyait à la foire d’Eisleben. Un grand besoin d’indépendance lui avait fait choisir ce singulier asile. Destiné à la carrière théologique, il l’avait bientôt abandonnée pour se vouer entièrement à l’étude de la philologie. D’autre part, sa grande aversion pour l’enseignement le porta, de bonne heure, à chercher sa modeste subsistance dans des travaux littéraires. Il paraît que ses talents d’homme du monde, sa belle voix de ténor, l’intérêt qu’il témoignait aux choses du théâtre, ainsi que la réputation qu’il s’était acquise dans les lettres, lui avaient valu de nombreux amis dans sa jeunesse et procuré, à Leipzig, un cercle étendu de connaissances.

Faisant un jour une excursion à Iéna, avec un ami de son âge, il alla voir Schiller, chez lequel il fut introduit grâce à une lettre dont l’avait chargé la direction du théâtre de Leipzig, qui désirait acquérir Wallenstein y achevé récemment. Mon oncle m’a décrit, plus tard, l’impression extraordinaire que produisit sur lui le grand poète à la taille noble et élancée, aux yeux

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