SYMPATHIE POUR MINNA
sur mon cœur comme du plomb. Je m'empressai de rouler mon modeste portemanteau ; je pris congé de ma mère et de ma sœur et bravement j'entrai dans ma carrière de chef d'orchestre.
Pour pouvoir habiter à demeure la petite chambre au-dessous de l'appartement de Minna, il me fallait donc faire bonne mine au mauvais jeu de l’entreprise théâtrale Bethmann. On ne tarda pas en effet à donner Don Juan, car le directeur, qui se piquait de politesse envers ses collègues, avait jugé cet opéra parfaitement choisi pour les débuts d'un jeune artiste de bonne famille et de bonne volonté. Bien qu’en dehors de mes propres compositions instrumentales, je n’eusse encore jamais dirigé d’orchestre et spécialement pas d’opéra, les répétitions et la représentation marchèrent assez bien. Seul, le récitatif de Donna Anna manqua quelquefois de précision. Mais ce défaut ne me valut aucune marque d’hostilité, et lorsque je me fus montré actif et infatigable dans Lumpaci Vagabundus, qu’il me fallut étudier d’un bout à l’autre, tout le monde témoigna pleine confiance à la nouvelle recrue. Si je restai sans amertume et même de bonne humeur dans cet emploi peu digne de mes qualités musicales, je le devais plus à mes rapports avec Minna Planer qu’à la décadence de mon goût dans ces années que je nommerai l’âge ingrat de ma. vie artistique. Minna tenait dans la féerie burlesque Lumpaci Vagabundus le rôle de Fée Amorosa. Et vraiment elle était comme une fée dans ce monde poussiéreux de frivolité et de vulgarité qu’était la troupe Bethmann. On se demandait comment elle était tombée dans ce tour-