ADIEUX A LAUBE
il comprenait l’importance de cette "mesure. La réaction contre le mouvement libéral des années qui suivirent 1830 se montrait ouvertement. Tout d’abord, les mesures prises contre Laube nous parurent inconcevables ; il n’avait été mêlé à aucune aventure politique et son activité littéraire ne s’était exercée que dans le domaine esthétique. La détestable ambiguïté que les autorités mettaient dans toutes leurs réponses aux questions qu’il leur adressait pour apprendre la cause de son expulsion remplit bientôt Laube d’inquiétude. D’autre part, Leipzig étant pour son travail littéraire un terrain précieux, il tenait à ne pas trop s’en éloigner.
Mon ami Apel possédait sur territoire prussien, à quelques heures de Leipzig, une belle propriété seigneuriale ; s’il pouvait y trouver l’hospitalité, Laube serait à l’abri de toute poursuite. Mon ami Théodore, qui avait la possibilité de fournir cet asile au persécuté sans risquer de froisser les autorités, s’empressa d’acquiescer au désir que nous lui en exprimâmes. Mais, le lendemain, ayant parlé à sa famille, il nous expliqua qu’il craignait pourtant de s’attirer des désagréments en recevant Laube. Celuici se contenta de sourire, avec une expression que, dans la suite, j’ai senti souvent aussi passer sur mes propres traits.
Il nous dit adieu, et quelque temps après nous apprîmes qu’à la suite d’une nouvelle enquête ouverte contre les anciens membres de la « Burschenschaft », on l’avait arrêté et incarcéré dans les prisons de Berlin, dites « Stadtvoigtei ».
Je venais de faire là deux expériences qui pesèrent