‹ Ma vie. I, 1813-1842Chapitre 118 sur 285 · RELATIONS AFFECTUEUSES AVEC MINNA · texte numérisé non relu

RELATIONS AFFECTUEUSES AVEC MINNA

le bruit à sa croisée qui s’ouvrait juste au-dessus de la mienne. Debout sur l’appui de ma fenêtre, je lui demandai la permission de lui dire bonsoir. Elle n’y vit pas d’inconvénient, mais il fallait que ce fût du dehors, car elle faisait toujours fermer sa porte à clef par l’hôtesse, afin que personne ne pût entrer chez elle. Et se penchant vers moi, elle me tendit amicalement sa main, que fe pus saisir.

Lorsque, peu de temps après, je fus pris d’un érysipèle, maladie dont j’avais fréquemment à souffrir, et que, le visage boursouflé et déformé, je me terrai dans ma triste chambre, Minna vint me voir souvent. Elle me soignait et prétendait qu’un visage enflé ne lui répugnait pas du tout. Une fois guéri, j’allai la voir et je me plaignis d’un bouton à la lèvre qui m’était resté de l’éruption. Je la priai de m’excuser, si je me présentais chez elle dans cet état. Cette fois encore, elle m’assura que cela n’avait point d’importance. Alors, je lui demandai si elle consentirait à me donner quand même un baiser, et aussitôt elle me prouva que cela non plus ne l’effarouchait point. Et dans tous ses actes elle conservait une affectueuse tranquillité qui avait quelque chose de maternel et ne permettait nullement de conclure à la légèreté ou à l’insensibilité.

Quelques semaines plus tard, la troupe dut quitter Lauchstaedt pour passer le reste de l’été à donner des représentations à Rudolstadt. J’aurais bien aimé faire ce voyage, alors assez compliqué, en compagnie de Minna, et ce désir se serait facilement réalisé si j’avais réussi à me faire payer mes gages, bien mérités pourtant, de chef

Page 1